Fresque obscène : le doyen accuse les internes d’avoir perdu le sens de la morale sociétale

Bonjour

Non la fresque  n’est pas ripolinée. Sous l’effacement, les pavés. Le rebondissement de l’affaire de Clermont-Ferrand est à lire dans Libération (Cécile Bourgneuf).  On y trouve, sous la forme d’un entretien, une sorte de confession –celle du Pr Jean Chazal, doyen de la faculté de médecine de l’université d’Auvergne.

C’est un entretien important  qui ne restera pas sans suite. Il est d’ores et déjà repris sur le site de La Montagne.  Le Pr Jean Chazal, outre ses fonctions de doyen, est le chef du service de neurochirurgie du CHU. Ses propos sont sans précédent, émanant d’un doyen de médecine parlant ainsi de ses étudiants, de ses internes, de ses confrères.

Il dit avoir peur de la tournure que prennent les événements. Il dit sa tristesse  pour sa faculté, pour son CHU, pour sa ville peut-être. Sans doute faudra-t-il sous peu reprendre la chronologie de cette affaire sans précédent. Et, derrière la chronologie et les responsabilités des un(e)s et des autres, comprendre comment une telle affaire peut émerger dans la France de 2015.

Faut-il voir là, à un autre degré, le genre d’incompréhension  générées par certains comportements récents en milieu scolaire ? Faut-il au contraire imaginer que nous somme, avec cette fresque arverne,  collectivement victimes d’une loupe médiatique – une loupe qui déforme la réalité des facultés de médecine en exacerbant, un instant, de multiples  sensibilités ?

On trouvera ci-dessous l’entretien, tristement éclairant,  accordé par le Pr Chazal à Libération.

A demain

Libération : Comment avez-vous réagi en voyant cette fresque ?

Pr Jean Chazal : Je la connaissais. Elle existe depuis quinze ans. Pour moi, le dessin originel ne représente pas un viol, mais une orgie, une partouze. Je le tolérais parce que cela restait dans un domaine privé. Mais les bulles qui y ont été ajoutées sont intolérables. Là, la signification est claire : ces bulles évoquent la loi santé. Selon les internes, la femme représentée au centre n’est pas la ministre de la Santé, Marisol Touraine, mais une interne que l’on avertit de s’informer sur la loi. Dans les deux cas, c’est infamant pour les femmes. Les internes sont des agents du service public et, à ce titre, ils ne peuvent pas tout se permettre. On ne peut pas utiliser des scènes porno pour montrer son désaccord avec une loi. Et mettre la photo de la fresque sur un réseau social public est un délit, une faute professionnelle. On a dépassé les limites.

Comment réagissent les internes depuis la suppression de la fresque ce lundi ?

– Certains me disent que c’est inacceptable. Des affiches ont fleuri dans le CHU «Je suis la fresque». On me dit que c’est une atteinte à la liberté d’expression et que je suis un hypocrite parce que j’ai défilé après l’attentat à Charlie Hebdo. Mais cela n’a rien à voir ! Ils n’ont rien compris. Il y a une perte des repères culturels. Nos étudiants, bien que très cultivés, ont perdu le sens de la morale sociétale. Ils mettent tout sur le même plan, le cul comme les résultats aux examens. J’ai peur de la tournure que prend cet événement. Les internes vont-ils manifester ?

Avez-vous le soutien de vos collègues ?

–  Non, je suis attaqué et mis en cause par mes pairs. Je suis harcelé de coups de fils, de SMS, de mails de médecins, de responsables d’établissement qui soutiennent les internes«Il ne faut pas céder à la pression du ministère»«Le cul, c’est une tradition dans les hôpitaux»: voilà ce que j’entends. En tant que doyen, on me reproche de ne pas soutenir les traditions paillardes et d’être du côté d’une ministre de gauche. Mais je veux juste défendre les règles de la démocratie ! Je n’ai pas à défendre les médecins envers et contre tout. Cela me choque que mes confrères réagissent comme ça.

Une interne a porté plainte pour viol dans l’internat en mars dernier…

– Même si cela n’a absolument rien à voir avec cette affaire, j’ai rappelé à certains cette plainte pour viol. Une jeune interne a raconté avoir été violée par un autre interne dans sa chambre lors d’une soirée dans l’internat. Certains m’avaient à ce moment-là dit «Oh elle était bourrée», «T’es sûr qu’elle n’était pas consentante ?» : j’ai entendu ça de la part d’étudiants et de médecins dignes de ce nom. Ce sont des réactions isolées, mais que je n’aurais jamais dû entendre. Le viol est un crime. Si les salles de garde sont des défouloirs pour des médecins qui côtoient la mort chaque jour, ça n’autorise pas à tout et à n’importe quoi. J’ai l’impression qu’on s’enfonce avec ces réactions. Je suis triste, je ne veux pas que ma faculté soit marquée au fer rouge.

2 réflexions sur “Fresque obscène : le doyen accuse les internes d’avoir perdu le sens de la morale sociétale

    • Lui envoyer des cartes postales, à l’ancienne, est toujours possible et à l’avantage d’avoir un poids matériel quand il y en a beaucoup, si personne ne se décide à organiser une vraie pétition de soutien.

      il serait aussi temps de demander par une pétition nationale que l’ordre des médecins soit modernisé et réformé, par exemple sur le modèle britannique.

      Les instances disciplinaires médicales sont aussi obsolètes et délétères pour la santé publique que les salles de garde.

      c’est indispensable pour que les médecins français disposent d’un véritable contrôle déontologique en matière d’abus sexuel -et autres- susceptible d’éviter à beaucoup de patients des abus sexuels par des médecins et à des médecins de finir en prison tel le Dr André Hazout.

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