Maternités condamnées : et la promesse formulée par François Hollande en octobre 2012 ?

Bonjour

Il faut se méfier des petites villes : elles ont la mémoire longue. On se souvient de la mort réclamée (par la Cour des comptes) des treize plus petites maternités françaises. Condamnations contestées avec la dernière énergie par les intéressées. Aujourd’hui la défense s’organise  L’Association des petites villes de France (APVF) vient de critiquer les écrits des magistrats de la Cour. Les maires déplorent l’approche comptable de la CDC et craignent que cette mesure n’aggrave les inégalités territoriales en termes d’accès aux soins.

Couperet

On se souvient que la Cour recommandait aux pouvoirs publics de faire en sorte que les petites maternités fassent l’objet d’un contrôle accru. Et que le couperet devait tomber sans délai dans le cas où elles ne pourraient respecter les normes de sécurité.  L’APVF fait aujourd’hui la leçon aux magistrats de la rue Cambon. Extrait du communiqué adressé à la presse :

« L’APVF ne remet pas en cause, bien au contraire, la nécessité de renforcer la sécurité de ces structures mais s’oppose à des recommandations qui pourraient aggraver les inégalités territoriales en termes d’accès aux soins. Si le temps médian de 17 minutes de trajet entre le domicile et la maternité la plus proche paraît satisfaisant, ce délai peut augmenter à près de quarante-cinq minutes dans certains territoires.

Efforts

L’APVF rappelle également les efforts déjà consentis par les petites villes. La disparition de 271 maternités entre 1996 et 2014, soit un tiers des structures, s’est principalement concentrée sur les maternités effectuant moins de 1 000 accouchements par an. Aujourd’hui, seules treize  structures continuent d’exercer une activité en-dessous du seuil de 300 accouchements par an.

L’APVF appelle à un renforcement des conditions de sécurité dans l’ensemble des maternités et à une meilleure prise en compte des inégalités territoriales. La qualité de l’accès aux soins est un élément déterminant du soutien à une démographie française dynamique. Elle rappelle que les petites structures doivent rester une composante essentielle de l’offre de soins sur le territoire. »

Moins de 30 minutes

Ce n’est pas tout. Et les maires des petites villes de France de rappeler un engagement qu’ils avaient pris soin de ne pas oublier. Celui pris en 2012 par le président de la République selon lequel « aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence. » « Cet objectif n’a pas encore été atteint et la fermeture de structures de proximité risque de nous en éloigner » menacent-ils.

De quoi s’agit-il ? Nous étions en 2012, donc – et nous avions traité de ce sujet sur Slate.fr. Une femme âgée d’environ trente-cinq ans avait, le vendredi 19 octobre, perdu son nouveau-né en le mettant au monde dans son véhicule automobile conduit par son compagnon. Le couple circulait sur l’autoroute A-20 vers une maternité de Brive (Corrèze).

Figeac

La femme venait de consulter, à Figeac (Lot), son gynécologue-obstétricien qui lui avait conseillé  une admission dans une maternité pouvant prendre en charge une grossesse délicate et un accouchement potentiellement à risque. Enceinte de sept mois, elle résidait non loin de Figeac – où la maternité avait été fermée en 2009. Appelés et arrivés en urgence les pompiers n’ont pu que constater la mort du nouveau né. Il était un peu plus de midi.

Ces faits avaient vite trouvé un large écho et pris une dimension nationale. C’était d’abord Martin Malvy, président socialiste du Conseil régional de Midi-Pyrénées qui demandait l’ouverture d’une enquête sur  «les circonstances dans lesquelles le drame s’est produit»  à l’Agence régionale de santé de Midi-Pyrénées. « Incontestablement l’éloignement de la maternité est un sujet d’inquiétude, déclarait-il alors. La maternité de Figeac a été fermée il y a quatre ans maintenant. A l’époque bien entendu, nous avons soulevé le problème qui est le problème de proximité, le problème de distance. »

Moratoire

Clôturant le 20 octobre à Nice le congrès de la Mutualité française François Hollande s’était emparé de ce fait divers. Le président de la République avait à son tour demandé une enquête administrative « afin de tout connaître des circonstances de ce drame ». « Ce drame nous appelle une nouvelle fois encore à ne rien accepter en matière de désert médical, a-t-il déclaré. Aucun Français ne doit se situer à plus de 30 minutes de soins d’urgence. » Dans le même temps la coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité demandait un moratoire sur la fermeture des maternités.

Dr Pelloux

Interrogé sur Europe1 le Dr Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France  saisissait alors  l’opportunité de  ce « nouveau drame » pour fustiger violemment la politique sanitaire française. « C’est un drame comme il arrive très souvent depuis des années, avait-il accusé. Au début des années 2000, il y avait 700 maternités en France, et il n’en reste que 535. 535 pour 65 millions d’habitants et pour un pays qui a la plus forte fécondité en Europe. »

Le Dr Pelloux n’avait alors fourni aucun chiffre. Il avait par ailleurs tenu à soutenir son confrère gynécologue qui avait encouragé la femme à se rendre à l’hôpital de Brive. « On travaille avec les moyens qu’on a. Il ne pouvait pas faire autrement, il n’y a plus rien », a-t-il commenté tout en justifiant pourquoi une assistance du Samu n’était pas évidente. « Quels étaient les critères de gravité ? Une menace d’accouchement. Ce n’est pas un signe de gravité, donc on n’envoie pas forcément une unité mobile hospitalière » a-t-il jugé. L’enquête administrative devra dire ce qu’il en est précisément

 Cahors

Cette affaire et l’engagement réitéré du président de la République survenaient alors que plusieurs services hospitaliers de maternité et de périnatalité sont confrontés à des difficultés de fonctionnement. Une cartographie actualisée était fournie par le quotidien La Montagne. Dans le Lot (170.000 habitants) on ne comptait qu’une maternité à Cahors, depuis la fermeture en 2009 de celle de Figeac et de celle de Gourdon quelques années plus tôt. Comme c’est presque toujours le cas dans ce type de situation de nombreux médecins et agents hospitaliers avaient manifesté contre la fermeture de la maternité de Figeac, attirant l’attention des pouvoirs publics contre les risques de désertification médicale. Les professionnels de la grossesse et de l’accouchement dénoncent généralement ici l’insuffisance de formation de gynécologues-obstétriciens, de sages-femmes et d’infirmières ainsi que la constitution de grosses maternités anonymes, véritables « usines à bébés ».

En octobre 2012 le président de la République avait demandé  à Marisol Touraine,  ministre de la Santé de diligenter une enquête.Les maires des petites villes se souviennent de ses propos,  l’un de ses engagements de campagne : « aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence». Ni la ministre de la Santé ni le Dr Pelloux, proche du président, n’ont encore commenté les conclusions du dernier rapport de la Cour des comptes.

A demain

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