Ethique, génétique et argent : les prophéties à court terme du professeur Israël Nisand

Bonjour

Israël Nisand, 64 ans est une personnalité atypique, parfois controversée dans le monde hospitalo-universitaire français. Sa spécialité (la gynécologie-obstétrique) fait qu’il s’est intéressé de près aux questions de contraception et de bioéthique. Et son lieu d’exercice (le CHU de Strasbourg) lui ont donné une liberté de parole et d’action que ne semblent pu avoir les grands hospitalo-universitaires de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Pour un peu ont pourrait qualifier le Pr Nisand de mandarin.

Patrick Pelloux

Atypique le Pr Nisand est l’un des organisateurs d’une manifestation qui lui ressemble quelque peu. Il s’agit du « Forum européen de bioéthique » dont la cinquième édition se tiendra du 2 au 7 février à Strasbourg. Thème d’actualité : « L’Argent et la Santé ». Où l’on retrouve plusieurs fortes personnalités (parfois controversées) de l’espace médical et éhique français – on citera ici les Drs Patrick Pelloux, Dominique Belpomme, Jean-Louis Mandel, Laurent Alexandre, Christian Hervé et Axel Kahn. Sans oublier Ruwen Ogien et Jacques Testart. Les débats peuvent être suivis via Internet.

Miracles

La rencontre-débat « La cour des miracles ! » (avec le Dr Patrick Pelloux) se tiendra salle de l’Aubette le 4 février entre 10h et 12H. Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

A la veille de ses rencontres le Pr Nisand publie une tribune sur le site de Rue89 Strasbourg. Il prophétise à court terme, y explique comment la génétique ne servira bientôt plus à guérir, mais à prédire un cancer ou la réaction à certains médicaments. Il faut voir là selon lui une avancée qui changera fondamentalement les équilibres financiers de la santé. Mais ce n’est que l’un des aspects de sa vision à court terme de notre avenir. Une vision à la Gattaca (1997). On trouvera son texte ci-dessous (1). C’est une vision de la réalité à venir qui pourrait être discutée, contestée, par les collègues hospitalo-universitaire du Pr Nisand. Il est profondément regrettable qu’elle ne le soit pas. Où que ces discours ne soient pas audibles.

A demain

(1) « Dominique Foldscheid, professeur de philosophie, s’exprimant sur la médecine prédictive il y a une vingtaine d’années l’avait taxée de véritable « Hiroshima psychologique ». Connaître les trois cents mutations géniques dont on est porteur sans avoir le premier début d’un traitement ou d’une prévention, la belle affaire…

Au bon vieux temps des cartomanciennes, elles pouvaient encore, par chance, se tromper. Mais désormais, la dure loi des probabilités s’apparentera plutôt à un véritable couperet. L’entreprise Myriad qui a lancé au début des années 90 les tests de prédisposition au cancer du sein et de l’ovaire (BRCA1 & BRCA2) étoffe actuellement son portefeuille. Ces tests ont été popularisés par Angelina Jolie qui, atteinte d’une mutation de l’un ces gènes qui l’expose plus qu’une autre au cancer du sein, a décidé de se faire retiré préventivement les deux seins.

Avant le mariage

Myriad a vendu pour 613 millions de dollars de tests génétiques en 2013, soit un doublement de ses ventes en quatre  ans. Dans la mallette de cette start-up, il y a toute une panoplie de tests de prédisposition pour le cancer et les maladies cardiovasculaires, mais aussi des médicaments sensés prévenir ces affections en cas de test positif. Au hit-parade des profits à venir, les tests de détection des hétérozygotes à utiliser avant le mariage pour voir la potentialité de maladie future sur les enfants à naître.

Le génome des embryons sera lisible sous peu dès le premier trimestre de la grossesse. Mais jusqu’où peut-on aller dans la prédiction concernant un enfant à naître ? Il sera prochainement possible de connaître tout le génome d’un fœtus sur une simple prise de sang faite à sa mère en début de grossesse. On connaîtra alors, à la fin du troisième  mois de grossesse la prédisposition à certains cancers, à l’autisme, au diabète, à l’Alzheimer. Le droit des parents à ne pas savoir existe bien sûr. Mais qui le demandera quand ce type de « check up prénatal » aux conséquences redoutables sera disponible et chaudement recommandé par l’industrie… pour avoir un enfant en bonne santé ?

Pandore

Tout cela est dans la boîte de Pandore. Et inutile de dire qu’il ne faut pas l’ouvrir ; elle est déjà ouverte. Et il sera très difficile, voire impossible, de démontrer que l’intérêt de ces tests outrepasse les risques de dérapage. De plus en plus de tests permettront de connaître les prédispositions d’une personne à diverses maladies comme les cancers, de caractériser les mutations d’une tumeur ou encore de prédire la réaction d’un patient à tel ou tel médicament.

Actuellement, dans un cas sur deux les médicaments qui sont prescrits pour le cancer n’ont aucun effet ou même des effets indésirables tels qu’ils outrepassent les bénéfices escomptés. La pharmacogénétique, qui explore l’influence des gènes sur l’efficacité des traitements, va bouleverser dans un proche avenir les thérapeutiques du cancer. Le sur mesure du médicament va l’emporter sur l’actuel prêt à porter.

Epilepsie

Le marché des tests « grand public » va exploser dans les deux prochaines années au prétexte que les gens ont le droit de savoir ce que recèlent leurs gènes. Or, aujourd’hui personne n’est capable de dire les conséquences cliniques d’un gène défectueux : la plupart des maladies mettent en jeu plusieurs gènes.  De plus, l’environnement révèle, ou non, une maladie génétique. La réponse de l’analyse génique sera donc probabiliste. Sur les cinquante mille gènes de notre génome, deux cent cinquante ont été reconnus comme responsables de retards intellectuels et quarante sont liés à l’épilepsie.

Il y a aujourd’hui mille cinq cents maladies qui peuvent être diagnostiquées par un test génétique. Il y a cent vingt-cinq gènes identifiés comme ayant un rôle dans le développement d’une quarantaine de cancers et il y a huit cents molécules anticancéreuses en développement visant souvent des mutations spécifiques. Il y aura donc une demande croissante pour des tests diagnostics spécialisés. La médecine va donc devenir de plus en plus sur-mesure, fondée sur le profil génétique du patient. La génétique va remplacer le stéthoscope dans le cabinet du médecin.

Paradis

Avoir la connaissance signifiait jusqu’à présent que l’on comprenait le passé ; cela va bientôt vouloir dire qu’on est capable de prévoir l’avenir. Quand nous pourrons connaître, grâce à la médecine prédictive, tous les défauts potentiels de nos corps fragiles, croquant le fruit de l’arbre de la connaissance, nous aurons fait un pas de plus hors du paradis. »

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