Acné : jugés incompétents les généralistes ne seront plus autorisés à traiter d’emblée.

Bonjour

Quoique « pivot » de notre  système de santé  le médecin généraliste voit ses ailes de prescripteur progressivement rabotées. Dernier rabot en date : le traitement médicamenteux de l’acné. Soit le Contracné®,  le Procuta® et le Curacné®.  L’affaire est racontée dans le détail sur Medscape France par le Dr Isabelle Catala. Dernier épisode du feuilleton, le communiqué de presse de la Société française de dermatologie. Daté du 26 janvier dernier il annonce que les conditions de prescription et délivrance (CPD) de l’isotrétinoïne vont être modifiées. Et ce pour, semble-t-il, de solides raisons de santé publique.

Aux seuls dermatologues

L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (Ansm) a décidé de restreindre la prescription initiale de l’isotrétinoïne par voie orale aux seuls dermatologues. En revanche, le renouvellement ne sera pas restreint aux dermatologues et pourra notamment, concerner les médecins généralistes. Cette décision a été prise par l’Ansm pour renforcer la prévention du risque tératogène de cette molécule au vu des données suivantes :

– Une enquête de l’Assurance maladie montre via l’étude des remboursements des tests de grossesse dans un échantillon de 1.367 femmes de 11 à 50 ans, ayant débuté un traitement par isotrétinoïne orale entre 2007 et 2013, que seulement 37 % des femmes ont eu un test dans les trois jours précédant l’instauration du traitement, 18 % n’ont eu aucun test de grossesse durant la totalité de la durée du traitement et 88 % n’en ont pas fait au cours des cinq semaines suivant l’arrêt du traitement.

– Les enquêtes de pharmacovigilance entre 1987 et 2013 retrouvent 748 grossesses déclarées, dont 430 interrompues et 11 ayant conduit à des naissances avec des malformations. L’instauration du carnet patiente en 2009 a permis seulement une diminution du nombre de grossesses (47 sur la période 2009-11).

Colères généralistes

« La raison avancée (le manque de rigueur supposé quant à la prévention du risque tératogène par les généralistes est un argument discutable et qui a mis certains d’entre eux en colère » précise Medscape qui a interrogé l’Ansm. Cette dernière a répondu : « l’objectif est d’identifier une cible d’initiateurs du traitement la plus restreinte qui pourra être plus facilement contactée et sensibilisée sur le bon usage du médicament ».

En effet, la prescription d’isotrétinoïne doit prendre en compte la prévention des risques tératogènes, estimés à 20 à 30 %. Chez les patientes en âge de procréer, cela implique une contraception efficace doit être utilisée depuis au moins un mois et un test de grossesse négatif réalisé dans les trois jours précédent la première prescription doit être présenté au médecin. Par la suite, la patiente doit poursuivre sa contraception et effectuer un test sérologique de grossesse tous les mois.

Généralistes incapables

Les médecins généralistes sont-ils incapables de comprendre et de suivre de telles recommandations ? L’enquête de l’Assurance Maladie le démontre-t-elle véritablement ?  Qu »lle est la responsabilité/culpabilité des généralistes dans les résultats des enquêtes de pharmacovigilance conduites entre 1987 et 2013 (748 grossesses déclarées, dont 430 interrompues et 11 ayant conduit à des naissances d’enfants malformées) ? Les dermaologues (de ville et hospitaliers) sont-ils véritablement satisfaits de ce monopole de primo-prescription qui leur est, de facto, conféré ?

« Les généralistes s’interrogent sur cette mesure qui semble affirmer qu’ils sont incapables, contrairement aux dermatologues, de prendre en compte le risque tératogène de l’isotrétinoïne », conclut Medscape. Généraliste nous nous poserions la même interrogation. Et serions-nous dermatologue que nous nous la poserions également. Dans l’attente du tiers payant généralisé le « pivot » du système de santé français doit, parfois, se sentir bien délaissé dans son cabinet.

A demain

4 réflexions sur “Acné : jugés incompétents les généralistes ne seront plus autorisés à traiter d’emblée.

  1. A quand la fin de la liberté de prescription des médecins.
    Quand la fin de cette anomalie qui coute cher pour tout le monde ?

    • Cher Pascal, le métier de médecin est d’écouter, de soulager, et, si nécessaire, de prescrire un traitement approprié. Vous voudriez interdire aux garagistes de réparer les voitures parcequ’elles polluent? A Airbus de vendre des avions à cause des accidents aériens? Soyons sérieux, écouter, soigner, prescrire, c’est le travail de professionnels formés (presque 10 ans d’études pour un généraliste). Laissons les travailler. Peut être que le prix des médicaments, directement décidé au ministère, est aussi un point de vue à prendre en compte dans le « coût » des prescription, et, curieusement, on en parle peu…..

      • ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit .
        Force est de constater que 7 millions de personnes sont sous statine alors que 1 millions en ont besoin (hypercholestérémie familiale et risque vasculaire accrue ) .

        60% des clients sortent avec un prescription médicamenteuse en France ce qui est un bien triste record..

  2. Généraliste, j’ai eu à plus d’une reprise l’occasion d’arrêter un traitement par isotrétinoïne orale instauré par un dermatologue chez un ado sombrant dans une dépression avec idées suicidaires. Mais bien sûr, les dermato cernent bien mieux ce risque chez les patients que nous, pauvres généralistes qui les avons vu grandir et les connaissons par coeur!!!

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