Ebola : l’affaire du favipiravir ou quand le politique bafoue les règles scientifiques

Bonjour

Comment a-t-on pu en arriver là ? Et quelles seront les conséquences de cette situation radicalement atypique. Cela commence le 4 février par un communiqué du Palais de l’Elysée comme on peut le voir ici.  Vient ensuite, le lendemain, un communiqué de presse bi-ministériel diffusé le 5 février. Il est signé de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, et Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les deux ministres disent « se réjouir des résultats encourageants de l’essai conduit en Guinée par l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) pour tester l’efficacité d’un médicament antiviral japonais, le favipiravir (1) contre le virus Ebola ».

Crédibilité

Le propos est aussitôt relativisé : ces résultats sont « préliminaires ». « Quelques dizaines de patients seulement » indique-t-on de bonne source. Suffisamment préliminaires pour ne pas avoir été publiés dans la presse scientifique et médicale spécialisée. Une publication qui constitue la règle éthique fondamentale à observer dans ce domaine avant toute forme de communication auprès du grand public. Il en va de la crédibilité même de la démarche scientifique.

« Bien qu’ils soient préliminaires, ces résultats sont porteurs d’un véritable espoir pour tous les malades qui se battent contre cette maladie, ajoutent les deux ministres. L’essai démontre en effet que l’administration de ce médicament fait diminuer la charge virale chez les patients traités, réduit la mortalité chez ceux qui présentent une faible charge virale et accélère leur guérison. » Mme Touraine et Fioraso précisent que « les résultats de cet essai ont été présentés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui coordonne, au niveau international, la réponse thérapeutique à l’épidémie d’Ebola ». Une présentation qui ne vaut pas communication.

Impliquer

Comme le veut la communication politique, les deux ministres « tiennent à féliciter les équipes de recherche qui ont conduit cet essai pour la qualité de leur travail, mené dans des conditions souvent très difficiles, et les perspectives ouvertes dans la lutte contre Ebola ». Et Marisol Touraine de « saluer encore une fois l’implication sans faille des nombreux professionnels de santé français, médecins, aides-soignants, infirmiers…, engagés en Afrique de l’Ouest pour combattre la terrible épidémie d’Ebola qui sévit depuis un an dans cette région et a déjà causé la mort de plus de 8 900 personnes ».

Communiquer

Parallèlement à la communication politique France Info (Solenne Le Hen) développe depuis peu le sujet comme on peut le voir ici :

« Enfin une bonne nouvelle sur le front de la lutte contre l’épidémie d’Ebola qui a déjà tué plus de 9000 personnes. Alors qu’il n’y avait jusqu’à présent aucun remède, l’Inserm révèle qu’un médicament a permis de réduire « significativement » la mortalité. L’Inserm, l’institut de recherche français, vient de dévoiler les premiers résultats d’un essai clinique mené en Guinée depuis fin décembre. Le médicament qui a permis de réduire « significativement » la mortalité, c’est un antiviral fabriqué au Japon, le favipiravir. Il était jusqu’ici utilisé contre la grippe. Les chercheurs ont augmenté la dose.

Drastique

En le testant d’abord sur quelques malades d’Ebola accueillis en Europe. Et depuis décembre sur quatre-vingt patients en Guinée. Résultat, la mortalité a baissé de façon significative selon les chercheurs, surtout quand il est pris très tôt après l’apparition des symptômes. Plus de cent personnes ont reçu ce médicament puis on a suivi ce qui se passait. Un des moyens de juger a été dratisque, c’était le nombre de décès qu’on pouvait éviter’’ a expliqué Yves Lévy, PDG (sic) de l’Inserm. »

Extension

Pour mieux comprendre la mécanique de la communication et les réserves présentes et à venir de la communauté scientifique internationale il faut lire l’article très documenté du New York Times (Sheri Fink). Les chercheurs de l’étude que nous avons contacté nous ont pour leur part précisé ne pas pouvoir donner d’informations car soumis aux règles habituelles de la confidentialité.Le service de presse de l’Inserm n’annonce aucune publication sur ce thème. Certaines indiscrétions laissent penser que ces résultats préliminaires doivent être présentés à la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes qui se tiendra à Seattle, fin  février .

Le taux de mortalité des malades aurait été abaissé à 15  % (contre 30  % sans le favipiravir) Certains veulent voir là « un signal encourageant de l’efficacité du traitement ». Reste que ces chiffres ne veulent, à eux seuls, rien dire.  France Info indique pour sa part que les autorités sanitaires de Guinée pourraient annoncer dès ce 6 février une extension de l’essai clinique.

L’affaire favipiravir était médicalement et scientifiquement intéressante. Politique, elle commence à devenir passionnante. Et à très haut risque.

A demain

(1) Nous avons, sur ce blog, consacré plusieurs articles aux différents aspects, médicaux, scientifiques, économiques et éthiques du favipiravir, antiviral commercialisé comme antigrippal par une société pharmaceutique japonaise filiale du groupe FujiFilm. On trouvera ces articles ici.

4 réflexions sur “Ebola : l’affaire du favipiravir ou quand le politique bafoue les règles scientifiques

  1. Je ne comprends pas très bien vos atermoiements. Plutôt que de mettre en avant le boulot important de la task force Ebola. Vous ne trouvez rien de mieux que de cracher sur des gens qui font un boulot admirable dans des conditions difficiles. La mortalité est effroyable de cette maladie. Trouver une molécule, communiquer dessus n’ arien de choquant surtout que les auteurs sont d’une grande prudence. Les résultats seront présentés à la fin du moi. Je ne crois pas qu’il y ait rupture de l’embargo. Il n’y a pas de données fournies, juste des ça semble marcher chez des patients au début. C’est rassurant. Ce sera le tamiflu de l’Ebola, mais c’est mieux que rien. Il est facile de critiquer tranquille derrière sont clavier, quand on a jamais fait de la recherche clinique. L’excitation d’une lueur. Vraiment minable.

    • Bonjour
      Pourquoi une telle agressivité ? Je souligne, simplement, le non-respect par des membres de la communauté scientifique et médicale des règles élaborées par cette même communauté quant à la publication de ses propres travaux. C’est un fait objectif. Il ne peut manquer d’interroger tant sur ses causes que sur ses conséquences. Les interrogations sont assez souvent préférables aux agressions.
      J.-Y. N.

  2. J’ai vu la présentation, yves Levy est d’une grande prudence et n’a aucun triomphalisme. Cous feriez mieux de faire quelques articles sur le scandale que représente l’absence de soutien à la santé des pays émergents plutôt que de critiquer des gens qui font plutôt bien leur boulot.
    L’embargo est un truc des revues pour tenir la communication. On peut se demander si c’est bien normal.

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