Cigarette électronique : l’ex-Seita lance celle qui permettra de rester esclave du tabac

Bonjour

C’est le vieux jeu du chat et de la souris. Avec un vrai chat, méchant car affamé : l’ex-Seita. Et des petites souris consommatrices de tabac mais qui voudraient lui échapper. Soit Imperial Tobacco-Seita qui lance JAI® (prononcez  Jâaille..) – une exclusivité strictement réservée aux buralistes français.

Et c’est un vieux sage qui connaît la fin de l’histoire, un sage pneumologue qui connaît la fin de l’histoire qui aura eu le mot juste. Le Pr Bertrand Dautzenberg  vient de déclarer sur Europe 1 : « ce produit a été conçu pour rester fumeur ».

Arômes de Grasse

Le ballet du chat vient de commencer, les souris ne le savent pas encore. Elles découvriront bientôt cette cigarette électronique, petite et noire, de la taille des cigarettes classiques. Voir ici le site de l’objet. Les boîtes de deux recharges se vendront au prix de dix euros, vapoteuse jetable prête à l’emploi sans le chargement de trois heures. Les souris qui le voudront sauront que le malin  « joue la carte de la qualité et revendique l’estampille de la Food and Drug Administration américaine pour les composants fabriqués à Shenzhen, en Chine, ainsi que celle de la MHRA, l’agence de régulation des produits de santé britannique, pour l’assemblage et le remplissage à Liverpool ». Les arômes ? Ils seraient élaborés  près de Grasse et, assure-t-on, validés par les agences sanitaires françaises compétentes.

Forte notoriété

Quelques souris éclairées liront peut être Les Echos (Marie-Josée Cougard). Elles y apprendront  qu’en France, cinq cents marques de cigarettes électroniques s’affrontent pour séduire le consommateur. « Or aucune n’est connue » confie Heidi Theys, directeur du développement de Fontem Ventures, la filiale du britannique Imperial Tobacco (Gauloises®, Ducados®, Davidoff®). En lançant JAI® le groupe a l’ambition de créer la première marque à forte notoriété et d’accélérer les ventes pour compenser le recul du tabac.

Se donner les moyens

« Fontem Ventures se donne les moyens pour y parvenir, nous dit Mme Cougard. Qu’il s’agisse de la publicité sur les médias sociaux ou chez les buralistes, qui en auront l’exclusivité, ou de la création d’une équipe de 140 commerciaux. JAI® sera disponible en mars dans sept mille points de vente, le double avant l’été, ce qui devrait permettre au britannique d’accéder à 80 % des fumeurs. »

JAI® sera proposée au prix de 19 euros pour une boîte contenant deux recharges, deux batteries, un chargeur USB et un étui de voyage. Il n’y a pas, à ce stade, d’autres clients pour la cigarette électronique que les fumeurs de tabac. Les cigarettes électroniques n’en ­contiennent pas, exception faite de la Ploom® de Japan Tobacco (1).

Buralistes souricières

« Les fumeurs se mettent en général à la vapoteuse dans l’idée de se sevrer du tabac, peut-on lire dans Les Echos. Dans la majorité des cas, ils diminuent considérablement leur consommation de cigarettes classiques mais peu les abandonnent complètement. Très agacés par la multiplication des boutiques spécialisées dans la vente d’e-cigarettes (1.200 en France), les buralistes étaient très demandeurs de la création d’une marque dont ils auraient l’exclusivité. Avec JAI®, c’est chose faite. Ils espèrent ainsi augmenter leur part de ce marché, aujourd’hui limitée à 25 %. De 350 millions d’euros en 2014, les ventes devraient passer à 400 millions en 2015, selon Euromonitor. »

En Europe, la France est le ­premier marché devant l’Italie. Fontem Ventures testera JAI® dans ces deux pays avant de s’aventurer ailleurs. La filiale d’Imperial vise un public jeune, de 25 à 35 ans et plutôt masculin.  Et voici comment le chat parlera :

« Découvrez le vapotage JAI :

« Le vapotage JAI est une nouvelle philosophie; une catégorie de plaisir sensoriel intense. Un état d’esprit différent qui incarne les goûts les plus purs et les plus agréables de la vie – et les fait durer plus longtemps.Quand la vie est JAI, elle est plus riche, plus saine, plus intense, et bien plus encore…

Goût extra, plaisir prolongé

Vivre l’expérience JAI c’est vivre de façon plus profonde, plus intense. Le vapotage JAI est une façon unique et satisfaisante de profiter de goûts extras, et d’en profiter bien plus longtemps que la plupart des autres vaporisateurs disponibles (jusqu’à 300 bouffées par cartouches *).

* Dans des conditions d’essais de laboratoire – peut varier selon l’utilisation.

Un design classique, cool et compact

Dans un mariage parfait entre la forme et la fonction, avec une finition optimale, votre vaporisateur JAI est un chef-d’œuvre de conception – un appareil à la fois petit et élégant qui rentrera facilement dans n’importe quelle poche. Il devient une partie intégrante de votre quotidien – toujours à portée de main. »

 Et voici ce que nous dit, depuis La Pitié-Salpêtrière, celui qui préside la Commission de normalisation AFNOR « Cigarette électronique » et l’Office français de Prévention du Tabagisme. Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, « ce produit a été conçu pour rester fumeur ».

Bertrand Dautzenberg :

« On est dans l’esthétique du tabac. Tout ce qui éloigne la cigarette électronique du tabac est une bonne chose. Là, on présente un produit qui a la taille d’une cigarette, qui rentre dans un paquet de cigarettes et qui est fait pour être utilisé comme une cigarette. Ce n’est donc pas un moyen de sortir du tabac mais bien de persister dans la dépendance à la nicotine …

Quelqu’un qui passe à la cigarette électronique, quand il a le choix, il prend généralement du 16 mg/ml, puis du 12 mg/ml au bout d’un mois, puis il diminue. Là, il est coincé dans sa forte concentration. Il est coincé dans son tabagisme. C’est donc clairement fait pour ne pas quitter le tabac. C’est un produit conçu pour rester fumeur. Ils  savent très bien qu’il faut que les gens restent dépendants, s’ils veulent garder à très long terme leur marché ».

Gâteau et patte de velours

En écho, le chat : « L’objectif est d’atteindre en France 10 % de part du marché de la cigarette électronique » a annoncé à l’AFP Heidi Theys (directrice Développement de Fontem Ventures). Il a précisé que le budget de lancement est de 5 millions d’euros.

Le chat, patte de velours, ouvre son cartable. On y voit une vapoteuse jetable (prix de vente conseillé 8,50 euros) un coffret vapoteuse rechargeable -étui, deux batteries, deux recharges, un chargeur USB- (prix de vente conseillé 19 euros). Les recharges se répartissent en trois coffrets correspondant à autant de saveurs : Intense, Rich, Fresh. Deux recharges par coffret (prix de vente conseillé 10 euros). Sans oublier le détail qui tue : l’extrémité lumineuse.

Les livraisons du chat aux buralistes seront assurées par Logista. Le chat, affamé, à l’AFP : « La France compte deux millions de vapoteurs. Le marché de la cigarette électronique, toujours en croissance, y pèse 300 millions d’euros ». Avec JAI®  Imperial Tobacco entend croquer 10% du gâteau. Et manger sur les deux tableaux.

A demain.

(1) Sur cette cigarette électronique, voir notre post d’avril 2014 : «  Ploom®, nouvelle cigarette et vieilles entourloupes de Big Tobacco & C° »

4 réflexions sur “Cigarette électronique : l’ex-Seita lance celle qui permettra de rester esclave du tabac

  1. Allez, avouons le tout de suite, je suis buraliste. Pire ! dans mon magasin je vous tue avec le tabac – c’est marqué en gros sur les paquets -, je gâte les dents de vos enfants avec ma confiserie, je vous ruine grâce aux merveilles de la Française des Jeux. Je ne sais pas combien de temps encore on va me laisser en liberté. J’adore lire les tribunes telles que la vôtre car on apprend toujours quelque chose de la part de celui qui est contre vous. On apprécie l’argumentation, on « souris » de ses erreurs.
    Les buralistes n’ont jamais demandé la création de Jai, c’est un produit imaginé par les services marketing d’impérial Tobacco. Nous n’avons pas besoin d’une marque exclusive puisque Nhoss a choisi le réseau des buralistes depuis plusieurs années déjà. Les temps sont durs et nous vivons dans un pays où les charges n’épargnent pas les faibles au bout de 2 ans: les boutiques spécialisées et marques de toutes sortent disparaissent. Le ton que j’emploie peut vous sembler sordide mais pensez-vous que les grandes surfaces ont eues quelques remords quand elles ont laminées le petit commerce ou les petites stations services ?
    Pourquoi voir le mal dans ce qui est un mieux ?, les jeunes ne sont pas attirés par la cigarette électronique – trop ringard – c’est réellement un produit de sevrage pour celui qui le souhaite. Préférez-vous les patchs bidons, vous souvenez-vous du Ziban ?
    Rêvons un peu, imaginons que les vilains buralistes disparaissent demain, ce serait bien mieux, les marchands de cigarettes seraient plus jeunes et le trop classique polo Lacoste serait avantageusement remplacé par une belle capuche.
    Sincères amitiés

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