Euthanasie : le démagogique politique est pleinement compatible avec le numérique

Bonjour

Ce sera fini demain 16 février à  midi. Tout cela pour si peu. De bien grands mots pour un si piètre résultat. Souvenons-nous. Début février Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale annonçait l’ouverture de la première « consultation nationale numérique » via le site internet de l’Assemblée nationale. Une affaire pour amuser la galerie écrivions-nous alors.  Les portes numériques vont se refermer et la galerie n’a même pas souri.

Débat du glaciaire

On peut encore aller voir ce qu’il en est en cliquant ici. Soit moins de dix mille contributions. Les chiffres traduisent-ils à eux seuls une « avancée démocratique » ? Comme toujours on s’écharpera sur ce point. Reste le contenu de ces contributions et, plus encore leur devenir. Sur le premier point il suffit de lire pour saisir que ces commentaires ne renouvellent en rien les termes d’un débat ouvert depuis près de trois décennies. Et comment pourrait-il y avoir renouvellement alors que ce débat est comme fossilisé ? Paysage glaciaire avec, d’’une part, l’incurie de la politique publique des soins palliatifs et, de l’autre, l’usage militant fait des affaires médiatisées par ceux qui réclament le droit au suicide médicalement assisté ?

Pour ce qui est de l’usage qui sera fait de ces dix mille contributions, mieux vaut ne pas se faire d’illusion sur les perspectives démocratiques du numérique du Palais Bourbon. Comment les députés pourraient-ils intégrer dans leur machinerie parlementaire (à compter du 10 mars) cet ensemble disparate et souvent militant ? Comment articuler tout ceci avec la proposition de loi ficelée au millimètre, des députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP). Ficelée, qui plus est, avec la bénédiction du Palais de l’Elysée. Où l’on apprend une nouvelle fois ici que le numérique peut se confondre avec le démagogique.

Désaccords

« Les contributions font à peu près toutes état de désaccords avec la proposition de loi qui prévoit la mise en place d’une sédation  » profonde et continue «  pour les malades en phase terminale et de directives anticipées contraignantes, vient de résumer Le Monde daté 15-16 février (François Béguin). Les déçus estiment que cela  » n’apporte rien de nouveau « , les inquiets assurent qu’il faut  » appeler un chat un chat : la sédation profonde est un acte de mort, c’est l’euthanasie, c’est tout « . Mais des contributeurs, on ne sait rien. Ni nom, ni âge, ni profession, ni lieu d’habitation. »

Mieux encore il faut déjà compter avec les commentaires sur les commentaires… Ainsi Jean Leonetti attribue-t-il l’essentiel des textes déposés aux militants des associations pro-vie et pro-euthanasie, mobilisés via les réseaux sociaux. Et le député UMP de critiquer l’initiative socialiste de Claude Bartolone. Cité par Le Monde il déclare que cette démarche est «  trop tardive, trop courte, et en partie inadaptée ». « Si cela avait été mis en place au début de notre mission, cela aurait pu être fait de façon plus approfondie, avec plus de pédagogie », relève-t-il. « Un débat citoyen, ce n’est pas uniquement mettre un texte en ligne et attendre les réactions » ajoute son collègue socialiste Alain Claeys.

Rudimentaire

Même Claude Bartolone reconnaît (toujours selon Le Monde)  le caractère « rudimentaire » du dispositif. Il explique avoir choisi le texte sur la fin de vie pour mener cette expérimentation dans la mesure où « c’est un sujet sur lequel on peut avoir un regard citoyen acéré et pour lequel il n’y a pas la barrière technique ». On peut aisément soutenir l’exact contraire. C’est d’ailleurs l’opinion du Pr Didier Sicard, président d’honneur du Comité national d’éthique, qui avait mené en  2012 une mission de réflexion sur la fin de vie à la demande de François Hollande : « Ça me paraît le sommet de la démagogie de penser que les Français vont pouvoir ainsi répondre à ce genre de questions aussi complexes » commente-t-il. Une telle consultation est pour lui un « leurre » où les « réponses formatées » s’apparentent à des « réflexions du café du commerce ».

Doléances

Jusqu’aux responsables des bataillons militants qui formulent elles aussi quelques réserves. « C’est le déversoir de tous les mots d’ordre » (Daniel Carré – Association pour le droit à mourir dans la dignité). « Cette initiative ne doit pas masquer l’absence de réels états généraux de la fin de vie. Ouvrir une chambre des pleurs et des protestations sans les entendre ensuite, prévient-il, cela ne peut qu’amplifier la colère » (Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance Vita et du collectif pro-vie Soulager mais pas tuer).

« Chambre des pleurs et des protestations » ? On pourrait aussi parler de la numérisation de propos qui n’ont que l’apparence de cahiers de doléances – un concept qui doit encore résonner aux tympans de l’Assemblée nationale.

A demain

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