Sevrage tabagique : faudrait-il préférer le Champix® à la cigarette électronique ?

Bonjour

Publication problématique du Journal of the American Medical Association (Jama). On la trouvera en intégralité ici.  Elle est signée de chercheurs de la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota), du département de psychiatrie  de l’Université du Vermont, de l’University College London et de l’Université du Nebraska.

Prestige

Ces chercheurs ont ici été dirigés par Peter W. Park, salarié de Pfizer Inc, New York. Etonnant ? Rien que de très naturel : ce travail a été intégralement financé par Pfizer. L’étude concerne  la varénicline qui est commercialisée sous la marque Champix® par Pfizer. Pfizer qui a entièrement été le maître d’œuvre de l’étude tandis que les auteurs font part d’un nombre assez élevés de liens, sinon de conflits, d’intérêts (1). Il n’en reste pas moins vrai que cette étude est publiée dans le Jama. Et qu’elle est et sera diffusée avec le prestige qui sied à ce titre.

Il s’agissait de déterminer l’efficacité et l’innocuité de la varénicline dans le sevrage tabagique. C’est là un essai randomisé, en double aveugle contre  placebo. Période de traitement de 24 semaines et 28 semaines de suivi. Travail mené entre juillet 2011 et juillet 2013 dans soixante-et-un  centres et dans dix pays (Australie, Canada, République tchèque, Egypte, Allemagne, Japon, Mexique, Taiwan, Royaume-Uni et États-Unis). Les 1510 participants étaient des fumeurs qui n’étaient pas disposés à arrêter de fumer à court terme mais qui étaient volontaires pour réduire leur consommation et qui projetaient un arrêt lors des trois prochains mois. Ils ont été recrutés par voie publicitaire.

Renoncement

La varénicline (1 mg) ou le placebo était prise deux fois par jour. L’objectif était une réduction de 50% ou plus du nombre de cigarettes fumées à quatre semaines, 75% (ou plus) à huit semaines, et un renoncement complet à douze semaines – abstinence contrôlée par biologie (monoxyde). Le groupe varénicline (n = 760) a montré des taux d’abstinence continue sensiblement plus élevés pendant les semaines 15 à 24 vs le groupe placebo (n = 750) : 32,1% pour le groupe varénicline vs 6,9% pour le groupe placebo. Les chiffres ont été respectivement de 37,8% et 12,5% dans les semaines 21 à 24. Et de 27,0% et 9,9% dans les semaines 21 à 52. Des « événements indésirables graves » sont survenus chez 3,7% des membres du groupe varénicline (2,2% dans le groupe placebo).

Il s’agissait de nausées, rêves anormaux, insomnie, constipation, vomissements, et prise de poids. Pendant le traitement (et jusqu’à 30 jours après la dernière dose) des idées ou des comportements suicidaires ont été enregistrés chez  6 des 751 participants (0,8%) du groupe varénicline et chez 10 de 742 participants (1,3%) du groupe placebo.

En savoir plus

Conclusions des auteurs : l’utilisation de la varénicline pendant 24 semaines augmente de manière significative (par rapport au placebo) les taux de renoncement au tabac que ce soit à la fin du traitement, mais aussi à un an.

Le Quotidien du Médecin (Clémentine Wallace) a voulu en savoir plus en interrogeant Pr Henri-Jean Aubin, psychiatre addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif.  « C’est là un profil de fumeur que l’on voit fréquemment : ils sont dans l’entre-deux et repoussent l’arrêt au lendemain. Et cette étude montre qu’on peut être actif avec ces fumeurs également, et donc avoir un plus grand nombre de gens qui s’engage dans le processus d’arrêt » a-t-il expliqué. ,

Intentions

Le Pr Aubin a aussi rappelé  qu’en France le Champix®  ne peut être prescrit qu’en deuxième intention, après la nicotine, chez des patients décidés à devenir abstinents dans la semaine suivant l’initiation du traitement. « Ça, c’est l’indication AMM… Après, dans la pratique, on sait que c’est plus difficile et on se doutait bien que si on les laisse sous traitement, qu’on persiste, ça finit par marcher », a confié le praticien. Ce dernier souligne qu’en matière de tabac la  « consommation contrôlée » n’est pas un objectif en soi et qu’il faut viser l’abstinence.

Dépressions

La publication du Jama bouleversera-t-elle les règles en vigueur dans l’Hexagone concernant le Champix® qui fait l’objet d’une « surveillance renforcée» ? On verra ici ce qu’en dit la Haute Autorité de Santé.  Ou encore ici.

« La varénicline est supérieure au placebo pour l’arrêt de la consommation de tabac à 6 mois et au bupropion pour l’arrêt de la consommation de tabac à 12 semaines. Cependant, la varénicline n’a pas montré de supériorité par rapport aux TNS et notamment aux patchs nicotiniques, ni à une combinaison de TNS.  

Effets indésirables : L’utilisation de la varénicline est associée à des effets indésirables graves, notamment des symptômes neuropsychiatriques : dépression et comportements suicidaires/auto-agressifs, changements comportementaux, hostilité, agitation. Elle pourrait également être associée à des effets indésirables cardio-vasculaires, mais les résultats sont controversés et cette association nécessite d’être confirmée. Les autres effets indésirables identifiés associés à l’utilisation de la varénicline sont : troubles du sommeil (insomnie, rêves anormaux), troubles gastro-intestinaux (nausée, constipation, flatulences) et maux de tête. »

Dénigrement

En France le Champix®  n’est plus remboursé. Il n’est pas possible à un journaliste de connaître l’effet de cette mesure sur le volume des ventes (ce sont des données qui lui sont inaccessibles, sauf à user de moyens détournés et en prenant le risque d’être rapidement démenti par le Conseil de l’Ordre des pharmaciens).

Le Pr Aubin ne cache pas qu’il déplore les conditions actuelles quant à ‘encadrement de cette molécule. « La France est le seul pays, à ma connaissance, à la prescrire en deuxième intention, déclare-t-il au Quotidien du Médecin. Les autres la prescrivent en première intention. Il y a eu chez nous une campagne de dénigrement de son efficacité par rapport aux autres options thérapeutiques, et on a grossi les risques, qui ne sont pas établis ».

Inserm

Où l’on en vient, une nouvelle fois à regretter que face au fléau tabagique les institutions publiques en charge de la recherche médicale et scientifique (l’Inserm par exemple) ne prennent pas la décision de financer et de mener des études indépendantes visant à comparer le plus objectivement possible l’efficacité et l’innocuité des quelques méthodes disponibles. Champix®  vs Cigarette électronique par exemple. Sans demander le « soutien » de Pfizer.

A demain

(1) Conflict of Interest Disclosures: The authors have completed and submitted the ICMJE Form for Disclosure of Potential Conflicts of Interest. Dr Ebbert reports receiving grants from JHP Pharmaceuticals, Orexigen, Pfizer, and the National Institutes of Health; and receiving personal fees from GlaxoSmithKline during the conduct of the study. Dr Hughes reports receiving personal fees from Alere/Free and Clear, Cicatelli, DLA Piper, Dorrffermeyer, Embera, Equinox, GlaxoSmithKline, Healthwise, Nicoventures, Pfizer, Pro Ed, Publicis, Selecta, and nonfinancial support from Swedish Match. Dr West reports receiving grants, personal fees, and nonfinancial support from Pfizer, GlaxoSmithKline, and Johnson & Johnson. His salary is funded by a Centre grant from Cancer Research UK. Dr Rennard reports being an advisory board member for A2B Bio, Almirall, Dalichi Sankyo, Novartis, Nycomed, and Pfizer; consulting for Almirall, APT Pharma/Britnall, AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Chiesi, CSL Behring, Decision Resource, Dunn Group, Easton Associates, Gerson, GlaxoSmithKline, MedImmune, Novartis, Pearl, Roche, Takeda, and Theravance; receiving lecture fees from CME Incite, Forest, Novis, PriMed, and Takeda; receiving grants from AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, GlaxoSmithKline, Johnson & Johnson, Novartis, and Otsuka. Drs Russ, McRae, Yu, Dutro, Park, and Ms Treadow are employees and stockholders of Pfizer.

2 réflexions sur “Sevrage tabagique : faudrait-il préférer le Champix® à la cigarette électronique ?

  1. Ce qui est étonnant, c’est que je n’ai quasiment jamais rencontré d’ex-fumeur ayant arrêté avec la varénicline (contrairement aux TNS, à la ecig où aux approches comportementales). Ce médicament est pourtant commercialisé depuis longtemps. je suis aussi très supris par le petit nombre de dépressions constatées sous traitement, alors que dans mon expérience, cela motivait un arrêt de traitement dans 10% des cas, ce qui m’a conduit à abandonner sa prescription. N’y aurait-il pas eu un recrutement spécifique dans l’étude, excluant les patients à risque de dépression (ATCD personnels ou familiaux) ?

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