Pierre Trey, journaliste au Monde, de 1963 à 1990

Bonjour

Dans les vieilles et antiques colonnes, c’est Bruno Frappat qui, aujourd’hui, l’enterre. L’ancien directeur de la rédaction du Monde revient pour un dernier hommage écrit à un artisan du papier : Pierre Trey. Ce dernier y a signé son premier papier le 4 juillet 1963. Titre : « Les mesures prises n’ont pu faire tomber la fièvre ». Il y est question de la FNSEA, du prix du blé, du prix du raisin, du prix du pain, du prix du vin. Pierre Trey en écrira des centaines. Puis il en relira, corrigera, améliorera, titrera des milliers d’autres. Dont les nôtres, entre 1980 et 1990.

Closerie et Royal Lieu

Pierre Trey vient de mourir. Il avait 82 ans. C’est lui qui, en janvier 1980, nous avait reçu dans le sanctuaire du 5,7 rue des Italiens. Lui qui, à sa façon, nous avait fait entrer. Avec Claudine Escoffier et Jacques Fauvet. Lui avec qui nous avions trinqué. Lui qui nous avait présenté à tous les services, sur tous les étages. Un rite initiatique. Lui encore qui avait refusé le coup de fil de Jean-Edern Hallier : depuis La Closerie il entendait que l’on arrête, en urgence, les rotatives. Du bureau de Pierre Trey, derrière le M gothique de la façade, on distinguait les noires lumières bleues du Royal Lieu. Certains en rêvaient.

Morasses et poignée

C’était le temps des rituels. La conférence de l’aube. Le partage des colonnes. Les pleurs des auteurs récusés (‘’on prendra ton papier demain …’’). La tension qui montait, le marbre en fusion, les premiers pastis du Livre, les corrections de Fauvet en rouge, le bulletin de l’étranger en gestation, les morasses, l’odeur du papier, la gloire infinie de la Une, le vieil immeuble qui tremblait quand, sous terre, les rotativistes lançaient leurs machines, Marceau et ses collègues garçons d’étage qui, avec une injustice soignées, distribuaient la chaude et précieuse poignée.

Pierre Trey tenait son fume-cigarette avec distinction, à la manière du Professeur Choron. Sa tristesse enjouée, son élégance anglaise. Pierre Trey à qui rien n’échappait de notre confrérie, ni les vrais grandeurs ni les petites mesquineries.

Travail acharné

Aujourd’hui Bruno Frappat écrit de lui qu’il était un « humble soutier du journalisme ». « Il n’aurait sans doute pas considéré la formule comme discourtoise ni inexacte, ajoute-t-il. Sans doute même y aurait-il vu un hommage à un travail acharné au service des autres, une discrète obstination à améliorer leurs  »  papiers   » par sa relecture vigilante, intelligente et sans concession. Au service surtout d’un journal qu’il respectait passionnément et dans lequel le regretté François-Henri de Virieu l’avait aidé à entrer. »

« Mais avant de relire, de l’aube au couchant, comme chef de service (Informations générales, puis Société, de 1972 à 1990), des articles écrits par de plus glorieux que lui, il fut un remarquable  » rubricard  « , poursuit l’ancien directeur de la rédaction du Monde.  D’abord à la rubrique Agriculture (il venait de l’agence Agra Presse, où il avait occupé le poste de secrétaire général) puis, dès la fin des années 1960, à la rubrique Région parisienne et à celle de l’environnement.»

Enarques et normaliens

Frappat, toujours lui : « Pierre Trey, sur son « CV », mentionnait, au titre de ses études, un simple « baccalauréat première partie », ce « premier bac » que l’on passait alors en fin de première et qui disparut par la suite. Il n’alla pas jusqu’à la terminale et, de cette faiblesse apparente, il pouvait d’une certaine manière s’enorgueillir, quelques années plus tard, d’être ironiquement devenu chef de service dans un journal d’agrégés, de docteurs, d’énarques ou d’anciens des grandes écoles… ». De fait Pierre Trey était un exemple qui a disparu. Il était le témoin d’une époque qui avait déjà presque disparu: la preuve vivante que l’on pouvait encore devenir un très bon journaliste sans avoir fait (ce n’est qu’un  exemple) Sciences Po.

Que l’on ne lise pas, dans ces quelques lignes, la démonstration larmoyante que c’était mieux avant. Simplement le souvenir que cet avant a existé. Et qu’il n’est sans doute pas inutile de le raconter – puisque rien, alors,  n’était  plus beau que la vérité, sinon un fait divers joliment raconté.

A demain

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