A 17 ans il se pend dans la maison d’arrêt. L’État vient d’être condamné. Tout reste à écrire.

Bonjour

Décembre  2010.  Un  jeune homme de 17 ans,  placé depuis peu en détention provisoire, se suicidait à la maison d’arrêt de Tours (Indre-et-Loire). Philippe Varin, alors procureur de la République : « Tout confirme l’hypothèse du suicide. L’autopsie réalisée confirme la mort par strangulation (…) Il s’est pendu à la grille de sa cellule avec les draps de son lit dont il a fait des bandelettes ». L’incarcération venait d’être décidée par un juge : ce jeune homme s’était échappé du centre d’éducation fermé où il avait été initialement placé. C’est à la suite d’une  récente interpellation que le juge avait décidé de le renvoyer dans le centre d’éducation fermé. Mais, pendant le voyage, il avait « faussé compagnie aux éducateurs » et a été rapidement retrouvé. Puis placé en maison d’arrêt.

Expliquer

Le jeune homme était de nationalité française. Ses obsèques furent célébrées en Algérie, où vit son père. Il avait laissé un mot à l’intention de sa mère « pour expliquer son geste »  avait ajouté le procureur de la République.

Quatre ans plus tard l’affaire refait surface. Grâce à La Nouvelle République du Centre Ouest (V.L.G.) on en sait un peu plus.

Contrôler

Il y a, semble-t-il, au départ une affaire d’agression sexuelle avant que la plaignante ne revienne sur son témoignage. Des faits que le jeune homme a toujours contestés. Il avait tout d’abord été incarcéré à la maison d’arrêt à Tours le 2 mars 2010. Neuf mois avant de s’y tuer. En juin, il était placé sous contrôle judiciaire dans un centre éducatif fermé dans le sud de la France.  Le 16 décembre il est reconduit à Tours, sur décision de justice « compte tenu du mauvais déroulement de son contrôle judiciaire ».  C’est le lendemain qu’il sera retrouvé mort. Le risque suicidaire avait pourtant été mentionné sur la notice individuelle du prévenu mineur par le juge d’instruction. Cette notice avait suivi et était arrivée à la maison d’arrêt de Tours – où le jeune homme avait été examiné dès son arrivée.

Juger

« Aucun risque n’est alors mis en avant. Mais le comportement du jeune homme change au cours de la journée. Jusqu’au drame » rapporte aujourd’hui La Nouvelle République.  En décembre 2013, la famille saisit le tribunal administratif d’Orléans. Ce dernier vient de rendre son jugement en date du  jeudi 19 février. Il condamne l’État à « verser des sommes d’argent au titre du préjudice moral aux membres de la famille et aux représentants légaux du jeune homme ».

Combien « d’argent » ? On ne le dit pas.  Pourquoi « de l’argent » ? Pour  « des dysfonctionnements qui ont conduit à un défaut de surveillance adaptée, constitutif d’une faute de l’administration pénitentiaire de nature à engager la responsabilité de l’État ».

Renvoyer

« C’est une grande satisfaction », vient de faire savoir Me Christophe Moysan qui défendait les intérêts de l’enfant. Le volet pénal du dossier (pour homicide involontaire), lui, est toujours en cours. « L’enquête est terminée. Le dossier est renvoyé devant le procureur qui doit prendre ses réquisitions. La famille attend avec impatience l’analyse du juge d’instruction », conclut l’avocat. Comment peut-on se suicider dans une maison d’arrêt en général, dans celle de Tours en particulier ? L’administration pénitentiaire ne semble pas encore en mesure de  répondre.

Dans l’attente on peut lire le blog de Me Moysan :

26 mars 2011 :

« Tu n’avais pas 18 ans et tu t’es donné la mort la veille de Noël dans une sombre cellule de la maison d’arrêt de Tours. »Mort violente en détention » comme on dit en langage administratif….Mais surtout une claque monumentale à l institution judiciaire ….et surtout à ton avocat que j’étais …que je suis encore. Car je veux tout savoir….pourquoi tu hurlais qu’ « on » voulait te gâcher la vie ….tu criais si fort que personne ne pouvait  t’écouter, te comprendre ; Ton accusatrice était revenue partiellement sur sa version et tu pouvais légitimement penser rester libre. Mais les règles du jeu judiciaire t’imposaient encore quelques jours de détentions. J’ai essayé sur tous les tons de te l’expliquer et les félicitations du procureur me laissaient croire à l’issue du débat contradictoire sur cette détention que j y étais parvenue. Mais ton geste atteste de ton incompréhension, de mon échec .Comment ai-je pu y croire ?

Je serais toujours ton avocat car je ne conçois pas qu’ainsi observé, cerné, gardé, surveillé , espionné …tu aies pu trouver des draps et le temps de te pendre …..sans témoin ni secours pendant de nombreuses heures…Il était 20h….l’heure sûrement la plus terrible en détention….mais aussi le moment ou la prison se vide de ses surveillants ….

J’attends ton dossier Je veux des explications et je ne lâcherais rien… même si toi tu as décidé de lâcher la main de tous ceux qui t’aimaient… »

A demain

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