Grippe : fébrile, le gouvernement affirme « avoir répondu avec détermination et au bon moment »

Bonjour

Sont-ce les premiers frissons d’une polémique montante (1) ? Est-ce le souvenir de 2009, du A(H1N1) et des malheurs de Roselyne Bachelot ? Sont-ce les fiévreux cauchemars caniculaires de 2003 ? La hantise céphalalgique d’une sortie incontrôlée de Patrick Pelloux  qui évoque le sujet dans le sacro-saint dernier numéro de Charlie-Hebdo ? Toujours est-il que le gouvernement actuel est fébrile. En témoigne le communiqué d’auto-défense que viennent de publier les services du Premier ministre :

« L’épidémie est « particulièrement forte cette année, la plus importante de ces cinq dernières années. 2,5 millions de personnes ont été touchées cet hiver, c’est 500 000 cas nouveaux chaque semaine, » a noté le Premier ministre lors de sa visite ce vendredi 27 février aux urgences de la Pitié-Salpêtrière. « Donc chacun peut se rendre compte, c’est vrai pour la France et pour d’autres pays, ce que cela nécessite comme engagement et comme organisation. »

Décroissance et transparence

L’épidémie de grippe est désormais en période de décroissance. Elle a été traitée par les pouvoirs publics « avec détermination » et « au bon moment », a assuré le Premier ministre. Des instructions avaient été données pour faire face à la situation dès fin janvier, a ajouté la ministre de la Santé. Néanmoins, la situation « reste tendue dans certains établissements de province », a ajouté Marisol Touraine. C’est pourquoi le plan ORSAN est toujours en vigueur.

Concernant une augmentation de la mortalité liée à cette épidémie de grippe, le Premier ministre a assuré que les chiffres seraient transmis en toute transparence dès qu’ils seront connus. « Quand il y a ce type de pic, il y a effectivement une augmentation du nombre de décès, notamment des personnes âgées qui ont déjà d’autres pathologies et qui sont fragiles. » »

Canicule et surmortalité

Les journalistes  conviés à mettre en scène la visite gouvernementale ont noté la présence de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP aux côtés du Premier ministre. Faire la transparence sur les chiffres ? Quels chiffres ? Et quelle transparence ? Quelle mortalité ou quelles surmortalités ? La controverse avait déjà fait rage dans les semaines qui suivirent la canicule de l’été 2003. Avec ce non-dit qui concerne le caractère prématuré de la mort des personnes très âgées.

Les déclarations du Premier ministre sur l’engagement du gouvernement à faire cette impossible transparence sont-ils d’ores et déjà aux abois ? Il faut compter avec la publication par l’Institut national de veille sanitaire (InVS), mercredi 25 février, d’une  estimation de hausse de la mortalité hivernale« supérieure de 17 % à la mortalité attendue ». Comment dire qu’il faut relativiser ce chiffre sans être aussitôt accusé de vouloir maquiller la réalité ?

Surenchère catastrophique

Le Monde (François Béguin) a cherché à comprendre. « Etablie par rapport à une moyenne de la mortalité au printemps et à l’automne, cette surmortalité a été comprise entre 3 % et 14 % ces neuf derniers hivers. ‘’Il y a donc dans ce chiffre de 17 % un effet d’annonce très fort’’, relève un épidémiologiste sous couvert d’anonymat. ‘’Il y a eu ces derniers temps une surenchère de chiffres dont on a eu l’impression qu’ils étaient de plus en plus catastrophiques’’, abonde un de ses collègues, qui ne souhaite pas non plus être identifié. » Ainsi donc il y aurait, aujourd’hui en France , des épidémiologistes qui ne pourraient plus parler à visage découvert ?

 « On va monter au-delà de 17 % de surmortalité car l’épidémie n’est pas terminée », prévient quant à lui Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste et coordinateur de l’unité des maladies à prévention vaccinale à l’InVS. Il s’en expliquait hier dans Le Figaro (Pauline Fréour). Extraits :

« Il faut comprendre qu’on ne sait pas évaluer exactement le nombre de victimes liées à la grippe  et surtout pas en temps réel. La grippe présente en effet une particularité: elle tue le plus souvent indirectement. Les morts directes, c’est à dire les personnes qui décèdent des complications de l’infection, sont une minorité relativement faciles à comptabiliser: elles ont été enregistrées comme telles dans les services de réanimation qui les ont prises en charge, et la cause de leur décès apparaît clairement dans leur certificat de décès. Ce sont les 98 personnes officiellement recensées, pour l’instant, par l’InVS.

 Seniors affaiblis

Mais il est beaucoup plus difficile d’évaluer le nombre de victimes réelles mais indirectes, ces personnes fragiles, ces seniors qui sont officiellement guéris de l’infection mais qui, affaiblis par la maladie, vont succomber par la suite à une surinfection bactérienne ou à une décompensation de leur pathologie cardiaque par exemple. Dans ce cas, la grippe ne figure pas dans le certificat de décès car même un médecin ne peut pas toujours évaluer quelle est la part de responsabilité de la grippe dans le décès d’une personne souvent âgée ou fragile. Pourtant, on sait que le virus est très souvent impliqué, parce qu’il a été le catalyseur de la cascade d’événements qui ont conduit à la mort du patient (…)

Pour évaluer le nombre de morts nous avons recours à des travaux de modélisation. L’an dernier, nous avions ainsi évalué que la grippe avait été responsable de près de 9 000 morts en France. Il est normal d’enregistrer chaque année en hiver une surmortalité par rapport aux périodes neutres que sont le printemps et l’automne. On sait que ce surcroît de décès en très grande partie lié à la grippe. Cette année, cette surmortalité est forte: elle atteint 17 %, un chiffre supérieur à ce qui a été enregistré ces neuf dernières années, où l’on tournait de +3 % à +14 %. Mais nous ne pouvons pas encore dire combien le virus aura fait de victimes à la fin de l’épidémie, ni quelle est la part exacte de responsabilité de la grippe dans cette surmortalité (…)

Savoir de suite

Pour disposer de statistiques définitives il  faudrait déjà attendre que l’épidémie soit terminée. Pour l’instant, les systèmes de surveillance en temps réel reçoivent chaque jour des données et sont amenées à modifier leurs résultats sans arrêt. C’est pourquoi nous essayons de ne pas communiquer de façon précipitée, sinon tout le monde s’y perdrait. »

 Certains veulent pourtant savoir de suite. Des urgentistes ont parlé d’une sursaturation de leurs services équivalente à celle de la canicule de 2003 –comparaison bien hasardeuse puisque cet été là l’alerte fut donnée par les sapeurs-pompiers directement connectés avec les funérariums. « Interrogée sur un éventuel surcroît d’activité lié à une hausse de la mortalité, Florence Fresse, déléguée de la Fédération française de pompes funèbres, assure qu’aucun adhérent ne lui a fait part d’une ‘’situation anormale’’, peut-on lire dans Le Monde. ‘’On avait commencé l’année dernière avec 15 000 décès de moins sur les trois premiers mois’’, rappelle-t-elle. »

Rattrapage

La surmortalité pointée par l’InVS ne serait-elle pas tout simplement une sorte de phénomène statistique de « rattrapage » ? La question avait été évoquée au lendemain de la canicule. « L’hypothèse n’est pas absurde », répond Daniel Lévy-Bruhl. Le gouvernement attend ses chiffres et fera la pleine et entière transparence. On voit mal, désormais, les gouvernements suivants cacher le moindre chiffre grippal.  On savait que la grippe était un vrai sujet de santé publique. C’est désormais une question qui ne pourra plus ne pas être éminemment politique. Avec tous les risques que cela comporte.

A demain

(1) Sur les dimensions politiques, virologiques et historiques de la grippe on peut écouter l’émission de France Culture « Du Grain à Moudre » de Hervé Gardette (25 février). Nous y étions convié en compagnie de Brigitte Autran,  professeur d’immunologie à l’université Pierre et Marie Curie, responsable du département d’immunologie à la Pitié Salpêtrière et Anne Rasmussen, maître de conférence en histoire à Strasbourg, département d’histoire des sciences de la vie et de la vie et de la santé

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