Cigarette électronique et grossesses : « Prescrire » laisse les femmes sur leur faim

Bonjour

Tabac et grossesse : le sujet n’a jamais été à ce point d’actualité en France. Une actualité sanitaire et politique. D’abord parce que les femmes enceintes françaises n’ont jamais autant fumé qu’aujourd’hui. Ensuite parce que leur nombre est en progression. Enfin parce que le gouvernement entend inverser la tendance avec une méthode qui  laisse songeur. Une mesure qui devrait compléter le « Programme national de réduction du tabagisme » – un PNRT qui, annoncé le 4 février 2014 devrait commencer à voir le jour si les amendements gouvernementaux sont adopté lors de l’examen du projet de loi Santé qui devrait commencer en avril.

Pictogrammes à l’horizon

Les chiffres du tabagisme pendant la grossesse ? Ils viennent d’être rendus publics par Marisol Touraine, ministre de la Santé. La consommation de tabac chez les femmes de 20 à 25 ans est de 32,5% et elle est de 28,7% chez les femmes de 26 à 34 ans. Elles sont 17,8% qui, enceintes, fument toujours au troisième trimestre de leur grossesse. Il s’agit ici des proportions les plus élevées d’Europe. On espère que les pictogrammes auront l’effet escompté.

La méthode ? Un pictogramme « femmes enceintes » qui apparaîtra systématiquement sur tous les paquets de cigarettes dans un délai de six mois. Un pictogramme du même type que celui présent sur tous les contenants de boissons alcooliques et que personne ne voit (pictogramme voulu par Xavier Bertrand en 2006) . Un pictogramme qui semble dérisoire quand on sait la puissance de l’addiction au tabac associée à ce bouleversement somatique et psychique qu’est la grossesse.

Enquête de Titan

C’est dans ce contexte sanitaire et politique qu’apparaît le dernier numéro (mars 2015) de Prescrire. Il consacre l’un de ses dossiers « Stratégies » au choix qui doit être fait par les femmes enceintes qui entendent arrêter le tabac. Une fois de plus ce mensuel trentenaire livre un travail remarquable, une enquête de Titan, une mine bibliographique, une somme aux frontières de l’exhaustivité basée sur les preuves (1). Comment faire mieux ? Mais, au final, que conclure ? Pire : quoi dire ?

Résumé du dossier :

D’abord le constat : « La consommation de tabac pendant la grossesse est préjudiciable au déroulement de la grossesse et à la santé de l’enfant à venir. Plusieurs types d’aide sont possibles. Mais certains médicaments sont à éviter. Au début de la grossesse, 25 % à 40 % des femmes qui fument cessent volontairement. Au troisième trimestre de la grossesse, la proportion de femmes fumeuses semble encore décroître.

Chez les femmes qui arrêtent le tabac avant quinze semaines de grossesse, les risques d’accouchement prématuré et d’enfant de faible poids de naissance diminuent et deviennent voisins de ceux des femmes non fumeuses. Fumer pendant la grossesse augmente le risque d’avortement spontané, de mort fœtale, de mort à la naissance, de grande prématurité et de faible poids à la naissance. »

Psychothérapies

Ensuite les moyens : « Diverses aides renforcent la motivation à arrêter : du conseil simple, mais répété, à la psychothérapie comportementale. D’autres méthodes telles que l’acupuncture ou l’hypnose ont une efficacité incertaine au-delà de l’effet placebo. Quand la dépendance est manifeste et que les mesures non médicamenteuses ne sont pas suffisantes pour arriver à un sevrage, le recours à des substituts nicotiniques constitue un choix raisonnable, au regard des risques liés à la persistance d’un tabagisme actif. La varénicline et la bupropione ont une balance bénéfices-risques défavorable chez les femmes enceintes et non enceintes. »

Et la cigarette électronique ?

Prescrire vous répond : « On ne sait pas si les cigarettes électroniques exposent à plus ou à moins de risque que les cigarettes classiques pour la grossesse et l’enfant à naître. » Cette absence de savoir est longuement exposée page 208 et 209. Conclusion :

« En raison du manque de garantie de la composition des cigarettes électroniques, des effets indésirables de substances contenues dans ces cigarettes et du faible recul d’utilisation, il est prudent de conseiller aux femmes enceintes de ne pas utiliser de cigarettes électroniques. On ne sait pas si certaines de ces cigarettes exposent à moins de risque que les cigarettes classiques pour l’enfant à naître.

Du fait de la méconnaissance fréquente de la grossesse au début, quand une femme a utilisé une cigarette électronique, il n’y a pas de données signalant un risque particulier, mais il y a beaucoup d’inconnues pour l’enfant à naître. »

Esclavage fiscalisé

 C’est tout. Et c’est bien peu. Aucun appel à une mobilisation médicale, scientifique et citoyenne pour en savoir plus. Prescrire ne fait pas de la quête de savoir sur ce sujet majeur un combat digne d’être mené. Prescrire se borne à dire les faits. C’est essentiel et on ne pourra pas lui reprocher de ne pas l’avoir fait. Le combat contre l’esclavage fiscalisé du tabac devra donc être mené par d’autres.

On observera que l’autre dossier « Stratégies » de Prescrire vient compléter le premier. Il est intitulé : « Annoncer une mauvaise nouvelle ; quelques principes à adapter selon les circonstances et la personne ».

A demain

(1)  « Femmes enceintes : choisir un moyen de sevrage du tabac » Rev Prescrire 2015 ; 35 (377) : 204-210. (pdf, réservé aux abonnés) ©Prescrire 1er mars 2015

Une réflexion sur “Cigarette électronique et grossesses : « Prescrire » laisse les femmes sur leur faim

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s