Talons aiguilles : entre sexologie et orthopédie. Le cas de la grande Madonna

Bonjour

S’il fallait une actualité à la séduction mêlée de souffrance, nous nous saisirions de Madonna. La grande Madonna, 56 ans victime d’une chute spectaculaire (voir Slate.fr -les talons sont rouges) sur la scène des Brit Awards, mercredi 25 février. Une chute vertigineuse  alors qu’elle interprétait Living for Love. Une chute, dit-elle, due à l’immense cape  qu’elle portait pour son show. En réalité une chute qui pourrait devoir beaucoup à ses talons d’échassière monsialisée.

Résumons. Deux études scientifiques précisent les termes du dilemme auquel sont soumises de nombreuses femmes. C’est un remake fondé sur les preuves de souffrir pour être belle – prendre des risques pour séduire.

Voici l’affaire

La première étude vient d’être publiée dans le Journal of Orthopaedic Research. Elle a été menée par des chercheurs du département de chirurgie orthopédique du Stanford University Medical Center, en Californie. Les auteurs rappellent que l’arthrose du genou est une des principales causes d’invalidité, et qu’elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Ils rappellent aussi que le port de chaussures à talons hauts a souvent été évoqué comme un facteur qui expliquerait cette différence entre les deux sexes.

Muscles du mollet

En 2010, des chercheurs britanniques et autrichiens avaient déjà travaillé sur cette question et avaient publié leurs observations dans The Journal of Experimental Biology. Ils avaient alors conclu que les femmes qui portaient régulièrement des talons hauts présentent une réduction moyenne de 13% de la longueur des fibres musculaires des mollets. Un tel raccourcissement peut-être dépisté à partir d’un simple test: couchées sur le ventre, l’angle du talon des porteuses de talons hauts est nettement plus prononcé que chez les autres femmes, du fait de leurs mollets plus courts. Autre test: ces muscles sont plus volumineux et plus tendus que la normale et les porteuses de talons hauts souffrent lorsqu’elles utilisent des chaussures plates.

Commentant ces résultats, le Pr Charles Faucher, spécialiste de médecine podiatrique  (Université du Québec à Trois-Rivières), estimait que les problèmes commencent avec des talons qui dépassent 4 cm, endommageant à terme les articulations et contribuant ainsi à l’apparition d’arthrose des genoux et des chevilles. «Pour se prémunir des risques associés au port prolongé des talons hauts, il faut chausser différents souliers et étirer régulièrement ses mollets», concluait alors le Pr Faucher.

20% de poids en plus

Les chercheurs californiens ont voulu à leur tour savoir de quoi il retournait: ils ont étudié les changements imposés à la cinétique du genou par la marche à talons hauts de grande ampleur. Ils ont aussi testé l’hypothèse selon laquelle la démarche imposée par ces talons correspondait à l’équivalent d’une augmentation de 20% du poids corporel. Ce travail a été mené auprès de quatorze femmes en bonne santé qui se sont portées volontaires pour être étudiées en utilisant soit des chaussures de sport plates, soit des chaussures à talons de 3,8 cm, soit des chaussures à talons de 8,3 cm. La démarche de ces femmes a également été étudiée lorsqu’elles portaient un gilet spécial d’un poids équivalent à 20% du leur. Grossir en voulant se hausser du pied, en somme.

Les chercheurs expliquent que nombre des changements observés avec l’augmentation de la hauteur du talon et du poids étaient semblables à ceux observés avec le vieillissement et la progression de l’arthrose. Ceci suggèrerait clairement que l’utilisation de hauts talons peut contribuer à un risque accru d’arthrose des genoux.

La rigueur impose toutefois de préciser que les auteurs n’ont pas suivi les participantes dans le temps, jusqu’à l’apparition de l’arthrose redoutée.

Potentiel de séduction (attractiveness)

Ce travail peut être rapproché d’une autre étude, française, qui cherchait à chiffrer le potentiel de séduction (sur les hommes) des talons hauts (portés par des femmes). Ce travail, publié dans les Archives of sexual behavior, a été mené par Nicolas Guéguen, professeur en sciences du comportement à l’Université de Bretagne-Sud (Vannes, département du Morbihan).

Il s’agissait, en pratique, d’expériences réalisées en Bretagne et révélant les différences de comportement chez les hommes en fonction de la hauteur des talons d’une femme (0,5 ou 9 centimètres), résumées par le mensuel Science et Avenir. Dans une première expérience, une femme de 19 ans devait demander à trente hommes croisés dans la rue, âgés de 25 à 50 ans environ, s’ils étaient d’accord de répondre à quelques questions sur l’égalité hommes-femmes. Le nombre d’hommes acceptant de répondre variait notablement: ils étaient 83% à accepter de répondre quand la femme portait des talons de 9 cm, 63% quand elle portait des talons de 5 cm, et 50% quand elle portait des semelles plates.

Gant « tombé du sac »

Autre question expérimentale: les hommes sont-ils plus disposés à aider une jeune femme qui porte des hauts talons qu’une femme sans talons? «Pour répondre à cette question, le chercheur a demandé à une jeune femme de faire tomber un gant de son sac à main au moment où elle croisait un passant, résume Science et Avenir. Résultat: 93% des hommes réagissaient dans les 10 secondes pour signaler la perte à une femme à hauts talons, contre 61% avec des talons plats. Quant aux femmes croisées dans la rue, elles sont 50% à signaler la perte dans les dix secondes, quelle que soit la hauteur de talons.»

D’autres expériences confirment une donnée généralement connue et facilement observable. Le chercheur Nicolas Guéguen a voulu vérifier si les femmes portant des talons hauts étaient plus facilement abordées dans un bar que celles n’en portant pas. 36 femmes, âgées entre 20 et 28 ans, se sont rendues dans un bar de la ville de Vannes (le week-end entre 20 h et minuit). Elles étaient vêtues de la même façon et avaient pour seule consigne de croiser leurs jambes de façon à ce que celles-ci soient visibles. Des talons de 9 cm correspondaient à un contact en moins de 8 minutes après l’entrée dans le bar. Il fallait en revanche attendre 12 minutes avec des talons de 5 centimètres et 14 minutes sans talons.

Célibat ou pas

Dernière question: observe-t-on une différence de l’«effet des talons hauts» sur les hommes célibataires et sur  ceux qui ne le sont pas? «Nous n’avons pas pu vérifier ce paramètre dans cette étude, car les participants ont été choisis au hasard dans la rue, a expliqué à Sciences et Avenir Nicolas Guéguen. Statistiquement, on peut déduire que le taux d’hétérosexuels célibataires et en couple est le même, tout comme celui des hommes homosexuels et hétérosexuels, mais évidemment une étude ultérieure devrait être menée pour le vérifier.»

Est-ce déjà le cas ? Y a-t-il ou pas un avenir aux talons plats ? Une croix sur les espadrilles? Qui nous dira ce que pense Madonna de tout cela ?

A demain

Une version de ce texte a initialement été publiée sur le site planetesante.ch

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