Grand intoxiqué aux somnifères il est condamné à dormir douze mois en prison

Bonjour

C’est une magistrate qui aime faire des phrases. Présidente du tribunal correctionnel de Tours (Indre-et-Loire) Christine Blancher jugeait, mardi 3 mars 2015 un malade. Amathey (le prénom n’a pas été changé) est un cas pathologique hors de l’ordinaire : victime d’une assuétude massive aux somnifères. Aux lisières de la société française sa dépendance l’a conduit, lui aussi, à commettre des larcins. Cette fois il s’agissait de téléphones portables. Comparution immédiate. Les magistrats ont de la mémoire : c’était la treizième fois qu’Amathey était devant eux.

La présidente : « Vous vous complaisez dans la délinquance astucieuse depuis 2005 ».

Amathey : « J’ai tout gâché ».

Quatre boîtes par jour

La Nouvelle République du Centre Ouest (Olivier Brosset) précise la raison unique des larcins récurrents d’Amathey : l’obsession de dormir. Quitte à voler, quitte à falsifier des ordonnances pour se procurer, coûte que coûte, des quantités considérables de somnifères. Des somnifères qui lui seront délivrés sans trop de difficultés par les pharmacies d’officine tourangelles et ligériennes.

C’est une consommation au-delà du pathologique, une consommation stupéfiante, une haute maladie du sommeil pharmaceutique, une auto-sédation qui vaudrait publication. Les forces de police établiront qu’Amathey était arrivé à quatre boîtes par jour. Une consommation de 209 boîtes, acquises dans soixante-trois officines, dira la perquisition.

Ordonnances vierges

Amathey avait d’autres rêves. Il se voyait Chamois Niortais (Ensemble atteindre les sommets). Une arrivée du Togo située vers l’an 2000. L’adolescent avait une ouverture au célèbre centre de formation des Deux-Sèvres. Ouverture aléatoire. La découverte que le football professionnel français n’était pas fait pour lui. En 2003 il tombe, malade. Plus de football. 2005, une autre pathologie, incurable dira-t-on au tribunal correctionnel de Tours.

Cette fois il a volé, le 24 février, des téléphones portables dans une grande surface tourangelle. Et, dans la foulée, il s’est procuré frauduleusement des ordonnances vierges pour s’approvisionner en somnifères. Un trafic qui dure par ailleurs depuis mars 2014. Cette délinquance astucieuse dans laquelle Amathey se complaît (1) n’est plus tenable. Amathey en convient volontiers.

Dérive médicamenteuse

Cécile Ancelin est substitut du procureur de la République de Tours. Elle fait observer à la présidente  que toute la panoplie des peines alternatives a été utilisée. Pas d’autre choix que de requérir le retour en détention (douze mois requis dont trois avec sursis mise à l’épreuve) de cet homme. « Un homme à la personnalité atypique, intoxiqué aux médicaments, en pleine dérive » écrira Olivier Brosset.

C’est Me Constance Croisé  qui défend le prévenu. Il rappelle de quand date la descente aux enfers : de la découverte, en 2005, de se maladie incurable. Pour parler de cette addiction aux somnifères Me Croisé parlera de suicide lent. Il dira aussi que son client mourra de solitude. Et l’avocat de conclure : « Sa place est dans un centre médicalisé. »

Médicaliser la délinquance récurrente ? La présidente ne l’entend pas de cette oreille. Après délibéré, le tribunal condamne Amathey Mensah à douze mois d’emprisonnement et décerne un mandat de dépôt. Comment dort-on en prison ? Il y a quelques jours on apprenait la condamnation de l’Etat après un suicide à la maison d’arrêt de Tours. Le suicidé avait 17 ans. Suicide par pendaison.

A demain

(1) Aimer une chose, c’est se complaire dans sa possession, sa grâce, son accroissement, craindre sa privation, ses déchéances….[Vauvenargues, De l’espr. hum. 24] (Extrait du Littré à l’entrée déchéance.) Littré ne se trompe jamais.

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