Paracétamol® : ne pas en consommer d’énormes quantités pendant des dizaines d’années

Bonjour

Trop c’est trop. Nul ne saura sans doute jamais pourquoi le sujet vient de faire flores. Qui, rhumatologues exceptés, connaissait Annals of the Rheumatic Diseases ? Et qui, aujourd’hui, a vraiment lu et décrypté ‘’Paracetamol: not as safe as we thought? A systematic literature review of observational studies’’, papier signé d’un groupe de quatorze auteurs britanniques ? Groupe dirigé par Philip G Conaghan (Leeds Institute of Rheumatic and Musculoskeletal Medicine, University of Leeds and NIHR Leeds Musculoskeletal Biomedical Research Unit).

Entourloupe

Trop n’est jamais trop. A commencer par la passion soudaine, médiatique, dévorante pour le paracétamol. Pas le Doliprane®  (21 présentations) – Efferalgan® (6 présentations) – Daffalgan® (16 présentations) et leur longue entourloupe générico-économique. Non, le paracétamol basique, l’acétaminophène anglo-saxon ou asiatique.   Paracétamol né d’une contraction de paraacétyl-amino-phénol. Paracétamol qui émerge lentement des cornues chimiques allemandes de la fin du XIXème siècle avant de connaître un triomphe planétaire dans la lutte des petites douleurs au point de faire de l’ombre à l’antique Fée aspirine rangée au rayon plaquettaire.

93 présentations

Paracétamol® (93 présentations dans la pharmacopée française contemporaine) : la molécule la plus vendue dans les pharmacies d’officine. Personne n’en parlait plus, il était dans le paysage, un comprimé de voyage. Et puis la publication britannique datée du 2 mars 2015 et, soudain l’emballement télévisuel, radiophonique, presse écrite. On n’ose imaginer les tweets. Tout cela pour dire quoi ?

Au hasard prenons Le Figaro (Pauline Fréour) : « N’abusons pas du paracétamol. Ce médicament généralement bien toléré présente des risques lorsqu’il est pris à haute dose et à long terme. » Où est, ici, la spécificité du paracétamol ? Quel est le médicament qui, consommé à haute dose et au long cours, ne présenterait aucun risque. Même un placebo pourrait présenter des dangers.

Communauté médicale

 De quoi parle-t-on ? Les auteurs britanniques ont réuni 1.888 études déjà publiées évoquant  les effets toxiques du paracétamol. Ils n’en ont retenu que huit. Pourquoi ? Les plus sérieuses ? Si oui cela jette un certain doute sur la quasi-totalité des publications scientifiques… Conclusions :  les auteurs estiment que le risque réel associé à la prescription de paracétamol est supérieur à ce qui est perçu par la communauté médicale. Connaissent-ils véritablement la perception de ce risque par cette communauté ? Existe-t-il même une telle communauté ? Et qu’en est-il de l’immense communauté des consommateurs ?

« Selon cette étude, les personnes prenant quotidiennement une dose acceptable mais élevée de paracétamol (3 g par jour) ont un risque de décès prématuré accru jusqu’à + 60 %. Elles présentent aussi une probabilité plus élevée de connaître un accident cardio-vasculaire (+ 19 %), une hémorragie intestinale (+11 à 49 %) ou des atteintes rénales » résume Le Figaro. Et le quotidien a voulu en savoir plus : il est allé interroger  le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue à l’université de Bordeaux. «Les risques du paracétamol ont longtemps été sous-estimés, a confirmé le Pr Bégaud. Au vu de statistiques ambiguës, nous suspections déjà une toxicité rénale et hépatique de cette molécule à doses normales.»

Lien de causalité ?

Le Figaro est allé plus au sud. Il a interrogé le Pr Jean-Louis Montastruc, pharmacologue à Toulouse et membre de l’Académie nationale de médecine. Ce dernier est plus réservé sur la validité des résultats britanniques «Cette étude est la seule à établir ce lien de cause à effet, qui n’a jamais, par exemple, été notifié par des médecins au cours de leur pratique. Or, en pharmacovigilance, nous nous appuyons toujours sur un faisceau de preuves.» Pour le Pr Montastruc le paracétamol reste l’antalgique de référence, car il est très bien toléré. Ce que les volumes des ventes laissaient depuis longtemps supposer

« La quantité maximale de paracétamol autorisée est de 4 g par jour pour un adulte, souligne toutefois Le Figaro à l’attention de ses lecteurs. Au-delà, le surdosage expose à des lésions hépatiques graves potentiellement mortelles, bien documentées. Il faut néanmoins ajuster le raisonnement au profil du consommateur: une dose quotidienne normale de 3 g de paracétamol peut s’avérer toxique à long terme chez une personne âgée qui s’alimente peu, quand elle n’aura pas d’effets indésirables chez un sujet bien portant. S’il n’est pas question d’alarmer les usagers ponctuels de paracétamol, qui en prennent l’espace de quelques jours pour soigner une fièvre, une migraine ou une poussée de dents, la question est plus complexe pour les consommateurs de long terme – des personnes souffrant d’arthrose pour la plupart. »

On peut aussi lire la notice. Il n’est pas interdit non plus de demander son avis à son pharmacien, voire à son médecin.

A demain

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