Alcoolisme : les généralistes sont accusés de «frilosité». Alcover® bientôt sur ordonnance ?

Bonjour

Attendez-vous à du nouveau côté lutte contre l’addiction à l’alcool. Des espoirs sans doute. Quelques larmes aussi. On avait presque oublié qu’elle existait : la « Société française d’alcoologie » entend se dépoussiérer. Il n’est ni trop tôt ni trop tard. Il lui faut désormais compter avec la montée en puissance du paradigme de la réduction des risques et l’arrivée sur le marché de nouvelles spécialités pharmaceutiques (qui lui correspondent et qu’elles nourrissent).

Recommandations

La Société française d’alcoologie (SFA), donc, qui, après d’autres, s’intéresse soudain aux médecins généralistes rebaptisés (quand on se souvient qu’ils existent)  pivots des parcours de soins. Savent-ils, ces fantassins, qu’ils sont « destinés à prendre une place croissante dans la prise en charge du mésusage d’alcool » ? Ils peuvent désormais prendre connaissance des nouvelles recommandations que la SFA vient de mettre à leur disposition. Les recommandations paraîtront le 23 mars dans le prochain numéro de la revue « Alcoologie et Addictologie », mais sont d’ores et déjà consultables sur le site de la SFA. (Travail réalisée avec le soutien institutionnel des laboratoires D&A Pharma, Ethypharm, Lundbeck et Merck Serono).

« C’est la première fois que nous produisons des recommandations spécifiquement dédiées aux médecins généralistes, expliquait il y a quelques jours au Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) le Pr Henri-Jean Aubin, chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul Brousse et président de la SFA. Nos anciennes recommandations devaient, de plus, être revues depuis les nouvelles indications du baclofène, et l’AMM du nalméfène. Plus globalement, le nouveau paradigme de la prise en charge centrée sur la réduction des risques les avait rendues obsolètes. »

Intervention

Pour la SFA tous les médecins généralistes devraient avoir bénéficié « d’une formation à l’intervention brève ». Si cette dernière doit se prolonger la prise en charge médicale et/ou une intervention psychosociale devront être envisagées. Le traitement médical est réservé aux patients ne souhaitant pas s’engager dans l’abstinence, mais peut aussi être initié afin de prévenir un syndrome de sevrage ou pour maintenir l’abstinence.

Pour tous les patients présentant un mésusage de l’alcool, la SFA préconise une prescription de vitamine B1 de 500 mg par jours pendant 1 à 3 semaines selon l’intensité de mésusage. Pour assurer un sevrage ambulatoire, un traitement de cinq jours de diazépam est proposé (avec diminution progressive des doses). Le nalméfène ? Indiqué pour aider à atteindre un objectif de réduction. Naltrexone et acamprosate ? Proposés pour le maintien de l’abstinence.

Prescription

C’est en cas d’échec du traitement que la SFA propose la prescription de baclofène (pour le maintien de l’abstinence ou la réduction de la consommation) ou du disulfirame (pour le maintien de l’abstinence).  Où l’on voit que la SFA respecte à la lettre la RTU du baclofène. Ce qui satisfera les responsables de l’Ansm et mécontentera de nombreux acteurs de terrain, malades et  militants estimant que  cette molécule devrait disposer d’un cahmp d’action autrement plus large que celui de l’échec des autres traitements disponibles.

« Nous avons également positionné le disulfirame en seconde intention car, dans la pratique, ce médicament n’est utilisé que par les patients qui ont échoué avec les autres traitements » a précisé le Pr Aubin au Quotidien du Médecin. Plusieurs arbres décisionnels sont également présents dans les recommandations, basés sur le score AUDIT-C d’évaluation de la consommation d’alcool, l’objectif défini avec le patient, et la présence ou non de comorbidités.

 Baclofène en question

Le Pr Aubin va plus loin : « on a le sentiment que les médecins généralistes sont encore frileux avec la question de l’addiction à l’alcool. Certains pensent qu’ils ne sont pas qualifiés pour le faire, alors que les outils à leur disposition sont beaucoup plus développés et simples qu’avant ». Le Quotidien révèle que selon des données (non encore publiées) de l’assurance-maladie, les médecins généralistes prescrivent le baclofène à des doses plus faibles que celles utilisées dans les services spécialisés. « Le médicament n’a d’ailleurs été que peu sollicité, puisque seulement 5 000 dossiers de RTU ont été à ce jour remplis » ajoute-t-il. Reste à savoir si les chiffres institutionnels correspondent à la réalité. Ce qui, en matière d’alcool et de dépendance, est rarement démontré.

On annonce d’autre part  la publication (imminente dit-on) des premiers résultats des études Alpadir et Bacloville – des résultats dont la publication permettra de mieux situer la place du baclofène dans l’arsenal thérapeutique de la prise en charge de l’alcoolisme. Seront-ils à la hauteur des espoirs nourris depuis des années ? Une nouvelle guerre de tranchée est-elle à redouter ?

Horizons

Le paysage français et européen va d’autre part s’enrichir de l’Alcover®, (soit du célèbre GHB) ; une molécule qui reste pour une large part à découvrir en thérapeutique même si elle est déjà utilisée (avec un certain succès assure-t-on) dans des centres d’addictions italiens, où elle prescrite depuis une quinzaine d’années (400. 000 patients au total). D&A Pharma (1) annonçait il y a quelques jours la « recevabilité » de son dossier de demande d’AMM) en Europe pour l’Alcover® dans le traitement de la dépendance alcoolique. Ce dossier  s’inscrit dans le cadre d’une procédure décentralisée auprès de douze agences nationales européennes (Autriche, France, Allemagne Grande-Bretagne, Espagne, Portugal, Irlande, Finlande, Danemark, Suède, Pologne et Pays-Bas). D&A Pharma a publié en octobre 2014 les résultats d’une étude Clinique de phase IIB/III, intitulée “SMO”.

Depuis Kessel et les AA des Amériques, raconter l’histoire de la lutte contre la dépendance à l’alcool est une longue affaire. Elle est loin d’être terminée.

A demain

(1) D&A Pharma « est une société pharmaceutique qui découvre, développe et commercialise des thérapies innovantes dans le domaine des addictions notamment à l’alcool, opiacés et la cocaïne ». Elle a acquis la licence exclusive d’Alcover® (qui est aujourd’hui commercialisé en Italie par Laboratorio CT et en Autriche par sa filiale, D&A Pharma Gmbh). Deux autres molécules dans les addictions aux opiacés et à la cocaïne sont également en cours de développement à des stades cliniques et précliniques. D&A Pharma a été fondée en 2006 par Sabine Cheyrou et Patrice Debrégeas, co-fondateur des Laboratoires Ethypharm. La société est basée à Paris et à Houdan (Yvelines). Elle emploie quarante personnes.

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