Sir Terry Pratchett s’est éteint à l’âge de 66 ans. Alzheimer. Entouré des siens et de son chat.

Bonjour

Soit un vieil arbre dans une forêt. Une forêt sans écureuil ni blaireau. Une forêt sans Dieu. Question: si personne n’est là pour l’entendre, fait-il du bruit quand il tombe ? A quoi songeait le chat qui dormait sur son lit quand Sir Terry Pratchett est doucement parti sur l’autre face du disque ? A quoi songent, aujourd’hui, les dizaines de millions de celles et de ceux qui ont suivi Pratchett dans ses innombrables fulgurances créatrices ?

Devins

Pour l’heure ses lecteurs peuvent le découvrir sous d’autres facettes: dans les nécrologies qui lui sont consacrées. Celle de la BBC, pour commencer. Car Pratchett c’est d’abord la puissance, jouissive, affolante et maîtrisée de l’anglais (remarquablement traduit en français par Patrick Couton, aux éditions L’Atalante). La langue d’un univers clos en partance vers un monde infini. A cinq siècles de distance Terry Pratchett reproduisait les luminescences de François Rabelais. Deux devins, deux chapeaux, deux langues productrices d’univers en expansion. Deux hommes qui ont enrichi la planète en retravaillant leur langue maternelle.

Futurs journalistes

« Terry Pratchett, c’était avant tout une écriture, empreinte d’argot et de jeux de mots, mais aussi un propos politique, résume Quentin Girard dans Libération. Après des premiers tomes potaches (et assez courts), l’auteur a donné à sa planète, au fil d’histoires de plus en plus longues, une profondeur et une épaisseur digne des mondes de Dune de Herbert ou de ceux de Fondation d’Asimov. L’action se déroule toujours «au siècle de la Rousette», équivalent de notre Renaissance.» Rabelais, toujours.

Girard ajoute: « Les habitants du Disque-Monde vont connaître petit à petit des inventions et des bouleversements qui sont autant de paraboles de notre société actuelle.Les Zinzins d’Olive-Oued narre la création du cinéma ; Timbré, celle de la poste, tandis que Monnayé est un traité d’économie. La Vérité, sur la presse (sérieuse et poubelle) devrait être mis dans toutes les mains des futurs journalistes.» Précisons que Quentin Girard est un jeune journaliste.

“ Sense of humour ”

Sir Terry Pratchett est mort à un âge où, dans notre partie du monde, on ne meurt plus. Deux fois (seulement) l’âge du Christ en croix. Il est mort de la maladie d’Alzheimer. D’une forme rare, nous dit-on, de cette maladie qui nous menace. Peut-être n’était-ce là que la forme véritable, celle décrite il y a cent ans précisément par Alois Alzheimer. Non pas une démence banale, mais bien une démence précoce. La nécrologie de la BBC nous le montre se jouant de son mal. Le devin montre un tableau sur lequel il a écrit:

‘’IT’S POSSIBLE TO LIVE WELL WITH DEMENTIA AND WRITE BESTSELLERS « LIKE WOT I DO »’’ #dementiafriends

La BBC ajoute: “ Sir Terry approached his Alzheimer’s diagnosis with a pragmatic sense of humour ”

Vendredi 13

Sur son île anglicane, Sir Terry Pratchett penchait-il du côté de la fatalité ou de celui de la coïncidence ? Au moment où nous apprenions son départ la cinquième chaîne de la télévision publique française diffusait une émission consacrée aux livres. Et, ce soir là (la veille du vendredi 13 mars 2015) aux livres s’intéressant à la philosophie. A la philosophie et à la méditation. A la méditation, à Dieu et au cosmos.

Une autre chaîne publique mettait en valeur le jeune ministre français de l’Economie prénommé Emmanuel et dont une loi porte déjà le nom. Restons un instant sur la cinquième.

Irradiance

Qui voit-on ? Michel Onfray, philosophe las. Il semble avoir tout dit et attendre les coups pour, à nouveau, prendre plaisir à reparler. Dieu ? Jacques Arnould, jadis moine aujourd’hui en quête d’éthique cosmique. Et puis, irradiant dans cette Grande Librairie, Alexandre Jollien, citoyen suisse vivant actuellement à Séoul « pour se refaire une santé ». Ecrivain et philosophe atteint d’athétose et auteur d’un « Eloge de la faiblesse ».

Jollien, donc. Où l’on pressent, après avoir appris la mort de Pratchett, que la télévision publique française pourrait aider les hommes à mieux se comprendre. Laisser une place aux ministres, bien sûr, eux qui ont tant et tant à dire. Mais ne plus oublier les malades, ceux qui écrivent et ceux qui n’écrivent pas. Sans oublier leurs chats.

A demain

Une réflexion sur “Sir Terry Pratchett s’est éteint à l’âge de 66 ans. Alzheimer. Entouré des siens et de son chat.

  1. Merci d’avoir évoqué la mort de cet écrivain. Je suis fan et suis bien triste. Je vais tout relire depuis le début….

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