Prothèses mammaires et « nouveaux cancers» : le curieux rebondissement d’une affaire connue depuis six ans

Bonjour

17 mars 2015. 10h 30. Alerte : conférence de presse en urgence à 12 heures au ministère de la Santé. Marisol Touraine convie les journalistes spécialisés « à un point presse sur la surveillance des femmesporteuses d’implants mammaires en France ». Elle sera entourée de Agnès Buzyn, présidente de l’Institut National du Cancer (Inca), de Dominique Martin, Directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) et ce Françoise Weber, Directrice Générale (adjointe) de la Santé (DGS).

Forte progression

L’heure est-elle à ce point grave ? A 9 h 13 l’Agence France Presse a diffusé la dépêche suivante :

« Des cas de cancer liés à des implants mammaires décelés en France

Des cas de cancer particulier en France -dix-huit depuis 2011 avec une forte progression l’année dernière- sont liés à des implants mammaires, affirme Le Parisien/Aujourd’hui en France de ce mardi.

Selon le quotidien, dans un avis d’experts rendu le 4 mars, l’Institut national du cancer à mis au jour une nouvelle maladie, appelée le lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire (lymphome AGC-AIM).

« Nous sommes particulièrement vigilants sur le suivi de l’affaire des prothèses mammaires, car c’est la santé des femmes qui est en jeu », déclare au journal François Hébert, directeur général adjoint de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). D’après lui, « il y a eu un premier cas en 2011, deux en 2012, quatre en 2013 et onze en 2014. Une personne est décédée ».

« Dans un premier temps, il a été décidé que les femmes qui se font poser des implants mammaires doivent être obligatoirement averties de ce nouveau risque, même s’il est faible », a-t-il ajouté, précisant que « des lettres d’information et de mise en garde ont été envoyées aux professionnels de santé » et qu’une réunion d’experts étaient prévue fin mars. « S’il faut prendre des mesures, si on doit les interdire, nous le ferons », a affirmé M. Hébert.

400.000 Françaises portent actuellement des implants mammaires, dont 83% pour des motifs esthétiques et 17% pour une chirurgie de reconstruction.

17/03/2015 09:13:23 – Paris (AFP) – © 2015 AFP »

Depuis l’aube

Voici ce que l’on peut lire, depuis l’aube, dans Le Parisien/Aujourd’hui en France (Marc Payet) :

« Prothèses mammaires : l’affaire de trop ?

Des cas de cancer particuliers sont liés en France à des implants mammaires. La question de leur interdiction est posée. Les autorités de santé lancent l’alerte. 

Les prothèses mammaires sont-elles maudites ? On connaissait, depuis 2010, l’affaire PIP, liée à la fraude d’un entrepreneur varois, qui avait jeté une lumière crue sur les pratiques de certains professionnels de ce secteur, et provoqué le désarroi de près de 4 000 femmes, dont les implants rompaient. On pensait le secteur débarrassé de ces tracas. Mais voici que surgit une nouvelle affaire, moins rocambolesque, mais potentiellement plus explosive en termes de santé publique. La question, posée crûment, est celle-ci : les prothèses mammaires peuvent-elles provoquer des cancers ?

Jaillissement

Dans un premier temps, au moment du scandale PIP, le soupçon avait jailli… puis avait été éliminé. Pourtant, la question revient à l’ordre du jour. Non pas sur le cancer du sein, mais sur une tumeur bien particulière, le lymphome anaplasique à grandes cellules, associé à un implant mammaire. Les experts de l’Institut du cancer, qui viennent de se réunir sur le sujet, proposent même de classer ainsi auprès de l’Organisation mondiale de la santé cette nouvelle maladie. Et la planète santé se penche très sérieusement sur la question des deux côtés de l’Atlantique.

Même si le risque apparaît aujourd’hui quantitativement faible — 18 cas en France  depuis trois ans (en très forte progression depuis 2014), 173 dans le monde –, les autorités sanitaires sont soumises à un vrai casse-tête. Avec, en toile de fond, cette question lancinante : faut-il aller jusqu’à l’interdiction de ces prothèses, ou du moins d’une partie d’entre elles ?

Cruciale réunion

Une réunion cruciale se tiendra dans dix jours, à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et son directeur adjoint nous l’affirme : si les experts le demandent, alors elles pourront être interdites. L’ANSM devra aussi dire, d’ici là, comment il est possible qu’un fabricant de prothèses — Allergan — concentre 14 des 18 cas de lymphomes déclarés sur le territoire, alors que jusqu’ici les inspections de ce laboratoire, menées depuis l’affaire PIP, n’ont rien donné.

Totale transparence

Allergan, de son côté, met en avant « sa plus totale transparence sur le sujet ». D’ores et déjà, au ministère de la Santé, l’état de vigilance maximum est déclaré. Le professeur Benoît Vallet, directeur général de la Santé, nous précise : « Le signaux sont probants. Les cas augmentent. Nous avons eu un échange avec nos homologues américains de la FDA (Food and Drug Administration). Et nous avons décidé de mettre en place un plan d’action en plusieurs points. » Une missive a été adressée à tous les médecins, le 10 mars, leur demandant « de repérer les signes » qui doivent alerter chez leurs patientes. « Les professionnels de santé doivent être beaucoup plus vigilants face à ce risque. Les femmes porteuses d’implants doivent être examinées par un praticien tous les ans. »

Double peine

Des mots pas faciles à entendre pour celles qui en portent. Et elles sont nombreuses. Le scandale PIP n’a pas freiné les femmes qui font ce choix, très majoritairement pour des raisons esthétiques. Seules 17 % de ces quelque 400 000 porteuses de prothèses mammaires n’ont guère eu d’autre choix, puisqu’elles ont dû subir une reconstruction après un cancer du sein. Pour elles, en particulier, le sentiment de double peine est fort.

[Lymphome AGC-AIM : Dans un avis d’expert rendu le 4 mars, l’Institut national du cancer met au jour une nouvelle maladie. Elle s’appelle lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire. Les cancérologues constatent qu’il n’existe aucun cancer de ce type chez les personnes qui ne portent pas d’implants. A l’inverse, ils citent le chiffre de 173 cas au niveau mondial. Et le groupe d’experts considère qu’il s’agit d’une entité spécifique et qu’elle devrait être intégrée à la prochaine classification de l’Organisation Mondiale de la Santé lors de sa prochaine révision sous la terminologie LAGC-AIM]

On peut aussi lire, précisément sur le même sujet les informations détaillée, publiées le 16 décembre 2011 (bien lire 2011) par notre confrère Jean-Daniel Flaysakier sur son blog docteurjd.com – avec notamment le rappel de cette publication néerlandaise dans le Jama publication qui date de 2008.

Voilà pour les faits. Chacun a parlé. Que va bien pouvoir annoncer, aujourd’hui 17 mars 2015 à midi, la ministre de la Santé ?

A demain

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