L’allaitement (pendant un an) rend plus intelligent: résultats dérangeants dans The Lancet

Bonjour

Quels sorts les différents courants du féminisme feront-ils au travail qui vient d’être publié dans The Lancet Global Health ? Ce travail qui démontre, avec un recul de grande amplitude, les différents bienfaits pouvant résulter de l’allaitement maternel. On pourra ici, au choix, évoquer le fait que la science démontre que l’allaitement rend plus intelligent – ou qu’elle établit une corrélation entre le niveau de QI et l’allaitement. Pour leur part les auteurs parlent d’une «association entre l’allaitement maternel et l’intelligence, le niveau de scolarité et le revenu à 30 ans », démonstration obtenue au terme d’une « étude prospective de cohorte de naissance menée au Brésil »

Trente ans plus tard

Ce travail a été mené par un groupe de huit chercheurs dirigés par le Dr Bernardo Lessa Horta, spécialiste d’épidémiologie (Universidade Federal de Pelotas, Brazil, Pelotas, Rio Grande do Sul). Il a été lancé en 1982 auprès de 6 000 nouveau-nés pour lesquels de multiples données ont été recueillies concernant notamment les résultats à des tests cognitifs et le mode d’alimentation. Trente ans plus tard (entre juin 1982 et février 2013) les chercheurs ont pu retrouver et procéder à une évaluation du QI de 3493 d’entre eux. Ils ont eu recours à  la technique du  « Wechsler Adult Intelligence Scale, 3ème version ». Le niveau de scolarité et le revenu des participants ont également été analysé.

« Les analyses brutes et corrigées on permis d’associer positivement les durées d’allaitement (allaitement total et allaitement prédominant) au niveau de scolarité et au revenu. Nous avons identifié des associations dose-réponse avec la durée de l’allaitement maternel pour le QI et le niveau de scolarité » résument-ils. Ils ajoutent qu’après avoir pris en compte les facteurs de confusion les participants à l’étude qui ont été allaités pendant 12 mois ou plus avaient un QI plus élevé (différence de 3,76 points). Ils avaient aussi mené des études plus longues (différence de 0,91 année) et avaient des revenus mensuels supérieurs (341 reals brésiliens) par rapport à celles et  ceux qui ont été allaités pendant moins de un mois.

Pas de caricature

« Trente ans plus tard l’allaitement maternel est associé à une amélioration des performances aux tests d’intelligence et pourrait avoir un effet important dans la vie réelle, en augmentant le niveau de scolarité et le revenu à l’âge adulte » concluent les auteurs. Cette recherche a été financée par le Wellcome Trust britannique, le Centre canadien international de recherche sur le développement ainsi que par le ministère brésilien de la Santé.

Les chercheurs brésiliens se gardent toutefois de caricaturer leurs propres résultats. Tout en ayant cherché, autant que faire se peut, à écarter les facteurs de confusion ils  soulignent que de nombreux paramètres, autres que l’allaitement maternel, peuvent avoir un impact sur l’intelligence et le niveau des performances cognitives et les revenus à l’âge de 30 ans. Il n’en reste pas moins que les caractéristiques de la population étudiée conforte les chercheurs quant à la solidité de leurs conclusions.  Un consensus semble se dégager pour conclure que la meilleure des solutions serait de parvenir à un allaitement maternel exclusif d’une durée de six mois.

Acides gras saturés

Pour sa part le Dr Bernardo Lessa Horta Dr Horta estime que les avantages de l’allaitement résident pour beaucoup dans le fait que le lait maternel est une bonne source de chaînes longues d’acides gras saturés,  essentiels pour le développement harmonieux des tissus cérébraux. Ce n’est toutefois là qu’une hypothèse que ces résultats poussent à avancer sans nullement la confirmer.

Bien des travaux restent à mener pour explorer les liens entre l’allaitement maternel et l’intelligence des allaités. Seront-ils menés ?

La situation française

En France le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande  l’allaitement maternel «de façon exclusive jusqu’à 6 mois,. Les autorités sanitaires  préconisent également de poursuivre l’allaitement maternel après 6 mois en accompagnement d’une alimentation diversifiée. L’étude Epifane (Epidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie), réalisée en 2012-2013 par l’Institut de veille sanitaire (InVS), permet depuis peut de disposer de données nationales sur ce qu’il en est de la réalité de la durée de l’allaitement maternel.

En octobre dernier  le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH)  publiait ces résultats. Le constat est brutal : en France moins d’un enfant sur quatre est aujourd’hui allaité jusqu’à l’âge de 6 mois. Qu’en conlure ?

A demain

Une réflexion sur “L’allaitement (pendant un an) rend plus intelligent: résultats dérangeants dans The Lancet

  1. Malgré la chasse aux facteurs de confusion, on ne peut jamais les éliminer totalement. Cette constatation statistique ne vaut pas causalité. Seule une étude d’intervention pourrait démontrer une relation de cause à effet (incitation versus non incitation à l’allaitement). En attendant, on peut toujours allaiter dans le doute, mais pas culpabiliser si on ne peut pas le faire.

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