Ebola : Bill Gates signe un texte prophétique dans The New England Journal of Medicine

Bonjour

C’est un événement sanitaire et éditorial : le magnat humaniste Bill Gates (bientôt 60 ans) signe (sans son épouse Melinda) son premier papier dans le prestigieux New England Journal of Medicine. Long papier prohétique. Rubrique « Perspective ». Titre : « The Next Epidemic — Lessons from Ebola » Bill Gates Ref: March 18, 2015DOI: 10.1056/NEJMp1502918. Mot-clef: Ebola (1)

Ce texte est disponible dans son intégralité  ici. C’est une tribune  aux accents prophétiques et de facture programmatique. L’auteur y démontre sa maîtrise du sujet et ses compétences progressivement acquise à la tête de sa fondation Bill & Melinda qui porte son nom.

Hécatombes

« La seule bonne nouvelle, peut-être, de la tragique épidémie d’Ebola en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria,  est qu’elle peut servir de réveil: nous devons nous préparer pour les futures épidémies de maladies qui peuvent se propager plus efficacement que le virus Ebola, écrit-il. Il y a de forts risques qu’une maladie épidémique beaucoup plus infectieuse survienne dans les vingt prochaines années; nous avons vu de grandes épidémies au cours du 20ème siècle, y compris l’épidémie de grippe espagnole de 1918 à 1919 et la pandémie du virus de l’immunodéficience humaine. »

Selon Bill Gates parmi toutes les raisons qui pourraient causer une hécatombe les causes les plus probables sont celles d’origine naturelle plus ou moins associées au  bioterrorisme. Il rappelle que le virus d’Ebola n’est pas le plus contagieux de tous les virus pathogènes pour l’homme. Celui de la rougeole et ceux de la grippe, tous les aéroportés, ceux qui sont contagieux avant que d’être symptomatiques constituent autant de bombes infectieuses potentielles, bombes amplifiées par les rayons d’action des avions moyens et longs courriers. Sans parler des oiseaux migrateurs et des systèmes mondialisés de climatisation.

Post-menace soviétique

C’est Bill Gates qui le dit : les virus génétiques sont plus redoutables que leurs cousins informatiques.

Depuis la menace soviétique l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dispose d’unités mobiles spécialisée prête à se déployer rapidement. Des pays de l’OTAN participent à des exercices conjoints : ils travaillent sur ​​la logistique, la distribution du carburant et de la nourriture, le choix des langues qui seront parlées, les  fréquences radio qui seront utilisés. Mais rien contre les menaces épidémiques, alors même que la soviétique n’est plus.

Bouc-émissaire

« La dernière simulation grave d’une épidémie aux États-Unis, l’exercice Dark Winter, a eu lieu en 2001, rappelle Bill Gates. Et peu de pays ont respecté leurs engagements pris au titre du Règlement sanitaire international adopté par les Nations Unies après l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003 –engagements destinées à améliorer la capacité du monde à prévenir et contenir les épidémies. »

Pour Gates aucun doute : lors d’une prochaine épidémie, ces retards pourraient entraîner une catastrophe mondiale.

Pas de bouc émissaire : l’impuissance actuelle n’est pas le fait d’une seule institution – il reflète un échec global.  L’Organisation mondiale de la santé ? Elle a bien un réseau d’alerte et d’intervention mais il manque gravement  de personnels et de fonds. Un vrai système qui pourrait nous permettre non seulement de gérer une épidémie d’origine naturelle, mais aussi une attaque infectieuse bioterroriste ? « Bien que je ne ai pas vu une estimation rigoureuse du coût de la construction d’un tel système, les projections de la Banque mondiale donnent une idée du coût de l’inaction: une épidémie mondiale de grippe, par exemple, pourrait réduire la richesse mondiale d’un montant estimé à 3 trillions de dollars » souligne Gates.

Satellites, Wifi et cellulaires

Suit une longue esquisse critique de ce que devraient être des systèmes sanitaires et de surveillance à la hauteur des menaces. Ebola fournit de ce point de vue (comme Peter Piot l’a expliqué de manière récurrente dans les médias internationaux) une démonstration à la fois tragique et exemplaire : un virus bien connu diffusant dans des pays dont les systèmes sanitaires émergents n’avaient pas résisté à des années de conflits armés et de guerres civiles.

Les outils modernes sont pourtant là. « Les experts devront également fournir des modèles informatiques pour prédire ce qui pourrait arriver et quelles devraient être la priorité des interventions. Avec un accès à la photographie par satellite et les données de téléphone cellulaire, ils pourraient comprendre les mouvements des populations et des individus dans les régions touchées, estime Gates. Mais Internet comme les capacités du téléphone portable doivent être améliorées. Nous devrions être en mesure d’utiliser des systèmes de téléphone cellulaire pour contacter le public et interroger les gens sur ce qu’ils voient et ce qu’ils vivent. Les principaux centres devraient avoir la capacité de bandes passantes Internet via satellites, et les capacités Wi-Fi devraient être ajoutées dans des domaines clés (…) »

Plasmaphérèse

Et Gates de multiplier les exemples d’une modernité bondissante dans les champs du diagnostic et de la thérapeutique. Où l’on retrouve les nouveaux préceptes défendu par Peter Piot ou  Antoine Flahault. Il faut ici lire ce qu’écrit Gates sur la plasmaphérèse dans la lutte contre Ebola. Ainsi que sur les vaccins, sur les nouveaux moyens de communication, la participation au bien commun des nouveaux médias, des blogueurs. Et sur la nécessité de séparer le bon grain de l’ivraie.

« Malgré les efforts déployés par les États-Unis et quelques autres pays, il y a encore de grands trous dans la capacité du monde à répondre à une épidémie, conclut l’Américain Gates. D’autres pays sont susceptibles d’intensifier leur action s’ils voient un plan global et comprennent le rôle qui pourrait être le leur. » Son propos vaut aussi pour la lutte contre le réchauffement de planète.

 Zeus et Athéna

« À travers les Nations-Unies, une institution mondiale pourrait être habilitée et financée pour coordonner le système » écrit-il. Un nouveau Onusida en somme, mais un Onusida au carré. Ce pourrait être une belle leçon tirée de l’épidémie d’Ebola – épidémie qui n’est pas, loin s’en faut, finie. Où l’on voit que tout bien pesé et à un siècle de distance Bill Gates répond à Charles Nicolle :

« Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant toute armée du cerveau de Zeus.

Comment les reconnaîtrons-nous, ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence avant qu’elles n’aient revêtu leurs costumes de symptômes? Il faut bien se résigner à l’ignorance des premiers cas évidents. Ils seront méconnus, confondus avec des maladies déjà existantes et ce n’est qu’après une longue période de tâtonnements que l’on dégagera le nouveau type pathologique du tableau des affections déjà classées. »

A demain

(1) Interrogée le 18 mars par l’AFP dans le cadre de la conférence mondiale sur «le tabac ou la santé» qui se tient Abou Dhabi Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a accepté d’évoquer la lutte contre l’épidémie de fièvre Ebola (plus de 10.000 décès depuis un an, selon son organisation).

Mme Chan s’est félicitée de l’absence de nouveaux cas recensés depuis  dix jours au Libéria et des «progrès phénoménaux» réalisés par la Sierra Leone. «Une poussée» à en revanche été constatée en Guinée, le troisième des pays les plus touchés par Ebola, mais «nous travaillons en étroite collaboration avec l’équipe du président Alpha Condé pour atteindre zéro» infection, a assuré Mme Chan.

On notera que les autorités sanitaires françaises qui coopèrent avec la Guinée ne s’expriment plus, actuellement, sur le sujet. Un effet de mode ?

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