Palais de l’Elysée : François Hollande parle de «la mort qui habite la fonction présidentielle»

Bonjour

La Mort et le Pouvoir. Jadis un Président se taisait.Du moins jusqu’au moment où, libéré de ses fonctions, il pouvait coucher ses souvenirs et ses angoisses – sur papier-bible et pour l’Histoire. C’était jadis, et Marguerite Yourcenar.

Est-ce la loi sur la sédation profonde et terminale qu’il a voulue et que les députés viennent de voter ?  Est-ce la lecture de la – remarquable –  biographie de François Mitterrand par Michel Winock  (1) ? Michel Winock qui, après d’autres, évoquait il y a quelques jours sur France Culture les liens entre la formidable résistance au cancer de la prostate et l’exercice acharné du pouvoir suprême – sans parler des forces de l’Esprit. Sont-ce les mânes de l’Elysée ou l’approche des très grandes marées ? Ou, plus tristement,une nouvelle et banale opération de communication ?

 Dès l’aube

Radio France et en grève, mais l’AFP le dit dès l’aube de ce 19 mars : François Hollande « se livre longuement dans une interview-confession au nouveau magazine Society (2) à paraître vendredi 20 mars ». Et, déjà, RMC-BFMTV. Le président de la République française évoque « la mort qui habite la fonction présidentielle ».

Il parle aussi de tout et de rien, de Vladimir Poutine, de ses espoirs de reprise économique. Il parle de la mort et du Front National, et des élections départementales. Ce Front National qui progresse depuis 1981 en France, et qui a « continué de progresser » depuis qu’il est au Palais de l’Elysée. « L’extrême droite est une zone d’ombre au niveau international, qui nous ramène à une réalité interne difficile » confie François Hollande.

Classe ouvrière

La mort dans, et entre les lignes. Celle de la gauche, évoquée de manière récurrente (comme une hypothèse) par son Premier ministre ? La gauche a-t-elle abandonné la classe ouvrière au parti de Marine Le Pen ?  François Hollande reconnaît qu’elle est effectivement « la catégorie qui a le plus souffert des mutations économiques et des suppressions d’emplois ». « Il est donc commode pour les populistes de laisser croire que c’est à cause des étrangers, de la mondialisation et de l’Europe que les difficultés sont venues et que la France pourrait se murer, se barricader ou se replier pour échapper aux grands vents de l’Histoire » dit-il.

Le Palais de l’Elysée ? L’exercice de la fonction suprême ? « Voilà ce qui vous change, la mort habite la fonction présidentielle ». « Le président est le chef de la famille française. Il doit partager les douleurs » mais aussi « maîtriser ses émotions au nom de la raison d’État » poursuit le chef des armées. François Hollande s’allonge et parle. Il se souvient du premier soldat français « mort en héros » au Mali, de l’angoisse des familles d’otages, de Hervé Gourdel décapité en Algérie ou de l’agent français tué par ses ravisseurs en Somalie. « Cette nuit-là, je n’ai pas dormi, je suis resté en relation constante avec nos services » confie-t-il aux lecteurs de Society.

Au fond des yeux

Il n’oublie pas Charlie Hebdo. Et revient aussi longuement sur l’attentat du 7 janvier. Sur la « voix déchirée par les sanglots » du médecin urgentiste Patrick Pelloux lui disant: « Ils sont morts, ils sont tous morts, viens vite. » Charlie Hebdo qui, dans son dernier numéro moque (gentiment) le chef de l’Etat et son premier ministre (couverture de Riss). Charlie Hebdo qui vante (Patrick Pelloux) la sédation profonde, le dormir avant que de mourir. Et qui revient précieusement (Philippe Lançon) sur l’éternelle question de la mort au fond des yeux.

Retour à l’Elysée. Les moqueries ou les railleries à son égard ? François Hollande : « Je ne suis ni insensible aux bassesses, ni indifférent aux outrances mais je ne montre rien, car le chef de l’État doit mettre ses sentiments personnels de côté. » Rien n’interdit aussi de voir, ici, une forme d’humour présidentiel.

A demain

 (1) « Francois Mitterrand » de Michel Winock. Collection NRF Biographies, Gallimard

(2) On peut voir ici, grâce à Libération, la Une assez étrange, du numéro 2 de Society. Society se présente comme un « quinzomadaire en liberté ». Il est édité par So Press. « La société So Press, éditrice du magazine So Foot, a annoncé avoir trouvé le nom de son futur quinzomadaire, pouvait-on lire fin 2014 dans Le Figaro. Baptisé Society, ce nouveau titre évoquera des thèmes tels que l’économie, les faits divers, les sciences et la politique.  Suite au lancement de Society, le groupe So Press a décidé de doubler la taille de ses effectifs avec l’arrivée d’une vingtaine de personnes au sein de la rédaction. Un emprunt de 700.000 euros a été effectué auprès de la Banque publique d’investissement ainsi qu’une levée de fonds auprès d’actionnaires privés.  Le groupe fondé par Franck Annese compte actuellement cinq magazines (So FilmPédaleDoolittle etc.) ainsi qu’une société de production et un label de musique. Society paraîtra deux fois par mois le vendredi au prix de 3,90 euros. Les dirigeants envisagent 60.000 ventes en kiosque. Le groupe So Press a acquis une forte notoriété à travers la réussite de son titre So Foot. »

3 réflexions sur “Palais de l’Elysée : François Hollande parle de «la mort qui habite la fonction présidentielle»

  1. Apparemment, quand on est président de la République en France, on a une phase technique qui déraille ( l’économie ne se redresse jamais ) et ensuite une phase métaphysique…. Hollande est dedans, bien dedans

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