Affaire « Pascale Clark » : l’avenir du journalisme est-il dans l’intermittence du spectacle ?

Bonjour

Une tempête dans un verre d’encre ? Fritures sur les ondes autour de la « carte de presse ». Des journalistes qui l’ont parlent de ceux qui ne l’ont plus. Et qui entendent le faire savoir. Vont-ils bientôt déchirer la leur en public ? Un exercice délicat : cette carte est en plastique.

« Plusieurs journalistes stars privés de carte de presse, écrit Le Figaro (sur abonnement). Le précieux sésame, distribué à 36.317 professionnels des médias cette année, est sous le feu des critiques depuis plusieurs jours. Lundi 9 mars. Pascale Clark, à la tête de l’émission «A’live» sur France Inter, protestait contre le refus du renouvellement de sa carte de presse, qui lui a été notifiée par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP).

Motifs: «A’live» n’est pas une émission journalistique, Pascale Clark y exerce une mission de présentatrice et la journaliste n’est pas salariée de Radio France mais intermittente du spectacle. En soutien, Patrick Cohen décidait de découper en direct sa propre carte, provoquant les ricanements des réseaux sociaux. (…) »

Jean-Marc Morandini

« Pascale Clark n’est pas isolée. Christophe Hondelatte et Jean-Marc Morandini dénoncent le système d’attribution » ajoute Chloé Woitier, à l’attention des abonnés du Figaro. Pascale Clark, donc, une personnalité controversée. Mais aussi Patrick Cohen. Et Christophe Hondelatte. Sans oublier Jean- Marc Morandini ou Laurence Ferrari : autant d’anciens titulaires de la fameuse carte de presse  renouvelée ou pas par la CCIJP . Autant de journalistes aux carrières multiples que d’autres journalistes (titulaires de la carte) traitent de stars.

Les affaires Clark et Cohen sont parfaitement résumées sur le site de L’Obs  (Nebia Bendjebbour) :

« Pascale Clark présente « A’Live » tous les soirs de 21 heures à 23 heures sur France Inter, une émission où elle mêle interviews et musique en live. Mais hier soir, lundi  9 mars,  la journaliste était en colère et l’a fait savoir en direct en diffusant des disques au lieu de présenter son émission habituelle.

La Commission de la Carte d’identité des journalistes professionnels (C.C.I.J.P), qui en 2014 a délivré 36.317 cartes, a estimé que son émission n’avait pas de « caractère d’émission d’information ». Pascale Clark était titulaire d’une carte de presse depuis 30 ans. 

Christophe Hondelatte

A l’antenne, elle explique : « ‘Ce soir, je vais vous parler de ma vie de journaliste professionnelle. 30 ans de carte de presse. Numéro 53.216. Partout je l’ai obtenue. CVS, 95.2, Europe 2, France Info, Europe 1, Oui FM, Canal+, RTL, France Inter. Mais ça c’était avant. »

Elle a reçu, par lettre recommandée samedi dernier, la décision de la commission de la carte de presse et elle la conteste : « L’info est la matière première que nous malaxons, soir après soir. Après les tueries de Charlie et de l’Hyper Cacher, nous n’avons traité que de ça deux semaines durant. C’est énervant ces réflexes de journaliste… Plus fort que vous. C’est vrai. Depuis toujours sur Inter. C’est vrai, mais c’est pas choisi. Ce statut à mon corps défendant devient double peine ».

Laurence Ferrari

L’émission, qui aurait dû être consacrée au Secours Populaire, a été remplacée par des disques. La journaliste est devenue pendant deux heures DJ Clark : « Alors comme je ne suis pas journaliste, je m’en voudrais d’usurper tel titre ou telle carte. Ce soir, et peut-être d’autres suivront, voici DJ Clark. DJ, il paraît qu’on peut exercer sans carte professionnelle ».

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur son compte Twitter, Bernard Pivot réagit : « Les journalistes qui ont retiré sa carte de journaliste à Pascale Clark sont souffrants. On devrait leur retirer leur carte Vitale« . Bruno Jeudy de  Paris Match enchaîne : « Je confirme que ‘A’Live‘ est une émission de musique et d’INFO. N’en déplaise à la Com de la carte qui la lui refuse !« .  Augustin Trapenard de Canal + et d’Inter enfonce le clou : « Il faut ne jamais avoir écouté ‘A’Live‘ pour ne pas y déceler l’information, l’actualité et le beau journalisme ».

Patrick Cohen

Par solidarité, ce matin, Patrick Cohen a découpé en direct sa carte de presse : « Pascale est rémunérée en qualité de productrice sous le statut d’intermittente du spectacle – c’est vrai mais ce n’est pas nouveau – et puis surtout ‘A’Live’ ne présente pas le caractère d’une émission d’information ».

Il poursuit : « Des interviews, des chroniques, des reportages d’actualité avec des invités d’actualité, avec parfois des extraits repris dans cette matinale. Vous appelez ça comment mesdames et messieurs de la commission de la carte ? Des variétés ? Voilà 30 ans qu’on fait le même métier avec Pascale Clark, journaliste. Ce qui n’est pas un statut. C’est un métier ». « Une carte de presse coupée en deux, et qui part à la poubelle, c’est une bonne chose de faite ». »

 Nicolas Canteloup

 Où l’on voit que dans le champ du journalisme comme dans celui de la médecine, la confraternité ne se réduit pas, comme on voudrait parfois nous le faire croire, à une haine vigilante. Mais où l’on voit, aussi, que les frontières s’effacent qui séparaient, hier, le journalisme de la communication, l’information du divertissement, la presse de la foire. Au point que l’on en viendrait parfois, cauchemar, à se demander si l’imitateur Nicolas Canteloup (TF1, Europe1) est titulaire de la carte.

La mise en abyme se poursuit aujourd’hui avec la tribune publiée dans Libération (18 mars) signée de Didier Tourancheau, ancien secrétaire général de la Commission de la carte de presse et ancien DRH de … Libération.

Extraits :

« [Pascale Clark] D’abord, sur une journaliste, viscéralement journaliste. Pour autant, elle a pactisé avec un système, qui lui a demandé de ne plus l’être administrativement pour devenir une intermittente du spectacle qu’elle n’a jamais été. Et ensuite, sur son défenseur qui parle de lui-même en feignant de parler d’elle : comme il l’a expliqué ensuite sur LCI, Patrick Cohen semble lui aussi interrogé par la Commission de la carte.

Serge Gainsbourg

« Ainsi donc, on prend une posture à la Gainsbourg, non pas pour brûler un billet de 500 francs, mais pour jeter à la poubelle une carte dont on a que faire. Le résultat est tout aussi désagréable : il faut avoir les moyens de brûler 500 balles devant la caméra comme il faut avoir les moyens de déchirer sa carte de journaliste devant tous ceux qui tentent de grappiller un feuillet ou une minute pour espérer l’obtenir.

Patrick Cohen sait-il, qu’aucun des correspondants à l’étranger de telle ou telle chaîne d’information en continu n’est journaliste salarié ? Qu’ils sont, quand ils perdent la moitié d’une jambe ou tout leur matériel de tournage, comme des imbéciles heureux dépendant uniquement de la bonne volonté et de la conscience professionnelle – et aucunement contractuelle – de la chaîne qui les a envoyés dans cet enfer ? (…) »

Les nantis

« Mais qui est cette Commission de la carte qui «s’arroge tous les droits» ? Et bien, elle est peut-être, chers Pascale Clark et Patrick Cohen, le joyau de la profession de journalistes. Les journalistes sont la seule profession qui, tous les trois ans, mesure par mode de scrutin universel direct, l’influence exacte des syndicats dans le métier. Elle est paritaire et les patrons des médias, dont j’ai eu l’honneur de faire partie, en constituent 50%. On y bosse, beaucoup. On y est bien loin des états d’âme des nantis, de ceux qui ont réussi dans le métier. (…)

Face à la paupérisation du métier, la Commission est conduite, depuis des années, à décider avec consternation la baisse permanente du salaire minimum annuel qui permet à un journaliste d’être considéré comme un professionnel. La Commission de la carte aura 80 ans cette année. Elle a été fondée pour affirmer que les journalistes professionnels sont l’un des piliers de la République. Avec leurs droits, avec leurs devoirs, ainsi qu’avec leur exposition naturelle à la critique. Prétendre aujourd’hui que «je fais œuvre de journalisme quel que soit mon statut ou mon employeur» est une attaque directe contre la profession de journaliste, et son rôle dans la démocratie.

Conseil de l’Ordre

Ainsi, nos amis Pascale Clark et Patrick Cohen nous obligent à écrire que leur défense individuelle les conduit à une double trahison dont ils n’avaient sûrement pas conscience. Accepter qu’ils soient considérés comme intermittents du spectacle, c’est précisément affaiblir la cause des authentiques intermittents qui se bagarrent pour la survie de leur statut. (…) »

Une tempête dans un verre d’encre ? Certes mais une tempête identitaire et qui n’est pas, quoiqu’on pense du spectacle offert, sans lien avec la démocratie. Il n’existait pas, jusqu’à présent, de Conseil de l’Ordre des journalistes. Nous pouvions tous nous en réjouir. Au vu de cette micro-tempête certains ne manqueront pas de songer à un fonder un.

A demain

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