Ententes occultes sur le prix des médicaments : les révélations de Gilles Johanet

Bonjour

Gilles Johanet, 64 ans, est une personnalité sans équivalent dans le monde français de la santé. Ce haut fonctionnaire (de tendance dite libérale) a (notamment) dirigé la puissante Caisse nationale de l’assurance-maladie de 1989 à 1993. Puis à nouveau de 1998 à 2002. Il a mis un pied dans l’enfer du monde des assurances (les AGF) pour y créer une complémentaire dite « Excellence ». Il a présidé le mystérieux et stratégique « Comité économique du médicament ». Il est aujourd’hui procureur général près la Cour des Comptes. C’est dire si ses mémoires sont attendues. Sans parler de sa biographie.

Absence de pilote

Il nous livre aujourd’hui un fragment de son savoir dans  « La vérité sur vos médicaments » Odile Jacob. 23, 90 euros. Son témoignage se trouve dans la troisième partie de cet ouvrage-évènement, celle consacrée aux « scandales de l’industrie pharmaceutique ». Témoignage passionnant d’un homme qui sait que le domaine de la santé n’est, en France pas piloté et qu’il n’est que peu évalué. Et que paradoxalement s’il est un sous-ensemble, dans ce monde, qui est a priori le plus évalué c’est bien celui, mondialisé, du médicament. Avec cette petite nuance qui est que le système de pharmacovigilance ne fonctionne pratiquement pas.

Liberté de prescrire

Gilles Johanet assène quelques vérités : « On répète toujours que les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments au monde, mais on ne dit jamais que les médecins français sont les plus gros prescripteurs. Le médecin français n’est pas responsable de sa prescription : il est libre de prescrire ce qu’il veut à n’importe quel prix sans en supporter les conséquences, ce qui est très différent de son confrère allemand ou anglais qui a des enveloppes à respecter. » Pour Gilles Johanet l’argument éthique mis en avant depuis trente ans (la « liberté de prescription) commence par manquer de crédibilité.

L’affaire Crestor® 

Le procureur près la Cour des Comptes cite le cas de la rosuvastatine (le célèbre Crestor ®  de la multinationale AstraZeneca – 31,66 euros les30 comprimés) : moins de 3% du marché florissant des statines en Allemagne, 30% en France. Pourquoi ? Parce que AstraZeneca fait son travail (vendre le plus possible) et que les pouvoirs publics français ne font pas le leur (maîtriser les dépenses). « Il faut le dire clairement : on ne veut pas que les médecins soient responsables de leur prescriptions » ajoute-t-il. « On » ? : « L’Etat et les gouvernements successifs ! ». Entendre « 5% des médecins ‘’déraillent’’ en prescrivant beaucoup trop et la Sécurité sociale n’a pas le droit de les déconventionner ». La même Sécurité sociale ne peut pas interdire à un dermatologue de visser sa plaque dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur « alors qu’il y a déjà plus de dermatologues que dans tout le Royaume-Uni ».

L’euro du pharmacien

Lire, dans ce livre, Gilles Johanet est un véritable plaisir : « On paie les pharmaciens pour qu’ils substituent les génériques aux médicaments princeps mais chaque fois que le générique fait gagner deux euros à la Sécurité sociale on en donne un au pharmacien. De même quand la Cour des comptes affirme qu’on pourrait gagner 500 millions d’euros en réajustant les tarifs de biologie à la baisse, un mois après la Cnam passe un accord avec les biologistes leur garantissant les tarifs sur trois ans. Cela veut dire que même si on fait un énorme effort pour rétablir l’équilibre de la Sécurité sociale, les biologistes en seront exonérés, alors que ce sont parmi les plus hauts revenus. »

Les dessous du Sovaldi ® 

Et puis il y a ce passage qui, en toute logique démocratique, devrait faire un certain bruit : « Le prix du médicament affiché n’est pas forcément le vrai prix. La rétro-commission versée à l’industriel en cas de dépassement des objectifs de vente pourrait parfaitement être rendu publique (…) La véritable rétro-commission c’est la rétro-commission versée à la première boîte d’un médicament donné, c’est-à-dire la remise occulte consentie à l’assurance-maladie, explique Gilles Johanet. Imaginons par exemple que le laboratoire demande 50 000 euros pour Sovaldi ® , mais qu’il précise immédiatement être prêt à accepter de faire une remise à la Sécurité sociale pouvant être de 15 000 euros. Le prix réel n’est donc plus de 50 000 mais de 35 000 euros. »

Occultisme

« La différence reste secrète. Pourquoi ? Pour que les pays étrangers continuent à payer 50 000 euros, ajoute-t-il. Et je peux vous dire, par exemple, que les Allemands nous envient ce système. Les autres pays n’ont pas recours aux rétro-commissions. Ce système constitue un avantage pour la France. Il est important de le préserver et de ne pas rendre trop rapidement public  le montant des remises. On sait que cela ne pourra pas durer, mais le jour où les montants seront dévoilés, ils devront disparaître. »

Aujourd’hui le prix (affiché) du Sovaldi ®  (de la firme américaine Gilead) est à 41 000 euros. Remise (occulte) non comprise.

A demain

4 réflexions sur “Ententes occultes sur le prix des médicaments : les révélations de Gilles Johanet

  1. C’est toujours amusant d’entendre les leçons de ceux qui ont cassé le système. Gilles Johannet est le principal responsable des déserts médicaux et de la pénurie de médecins, ce qui nous a donné un pouvoir exorbitant puisque nous sommes longs à former et difficiles à remplacer : http://www.atoute.org/n/L-origine-de-la-penurie-des.html

    Le problème de l’influence de l’industrie sur les médecins français serait facile à corriger : promulgueur une véritable loi anti-cadeaux et non une tartuferie comme d’habitude, et interdire la visite médicale. Personne n’en a eu le courage à droite comme à gauche. Même le « sunshine act » est une honte pour la France.

    Quant au Comité Economique du Medicament qu’il a dirigé, officine de « négociations » secrètes entre argent et pouvoir, j’espère qu’il en raconte les crapuleries quotidiennes, et qu’il explique par exemple comme SERVIER parvenait à obtenir des prix de remboursement incroyablement élevés pour ses produits.

  2. Il est faux de pretendre que seule la France ‘cache’ son prix nets a ses voisins, et je suis surprise que quelqu’un comme Johanet l’ignore (en realite, je pense, j’espere qu’il est de mauvaise foi et pas si ignorant du monde qui l’entoure).
    Le UK a des « commercial in confidence discount ». L’Allemagne n’a rendu ses ‘vrais’ prix publics que depuis quelques mois (ET ENCORE, les krankenkassen au niveau regional, ont egalement des contrats confidentiels avec les labos). Les regions en Italie comme en Espagne negocient egalement au-dela du prix public. Personne ne paye le prix officiel, les francais pas moins que les autres.
    (desolee pour les accents, j’ai un clavier QWERTY)

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