Argent et médicaments : la HAS et l’ANSM se saisissent du lièvre levé par Mediapart

Bonjour

Quarante-huit heures. Le 24 mars nous évoquions le lièvre médicamenteux levé par Mediapart – une nouvelle affaire dans le monde des « experts du médicament » :  « Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos » (Michaël Hajdenberg et Pascale Pascariello) Mediapart (sur abonnement) (1). Aujourd’hui 26 mars réaction conjointe (une première) de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de l’Agence nationale de la sécurité des médicament (Ansm). Objectif : expertise du lièvre.

Conseils secrets

Rappel : Mediapart  incriminait nommément certains responsables des commissions indépendantes chargées du médicament, la commission d’AMM ou la commission de la transparence. Le site évoquait notamment des opérations secrètes de « conseils » donnés « contre rétributions sonnantes et trébuchantes » effectuées par « les laboratoires pharmaceutiques qui présentaient leurs produits pour évaluation et avis ». Des échanges qui, s’ils devaient être confirmés, ne seraient pas sans cousinage avec le travail effectué par Aquilino Morelle pour le compte des laboratoires Lundbeck ou les travaux (jamais clairement établis) effectués par Jérôme Cahuzac (deux dossiers également travaillés par Mediapart).

Transparences

Le site avance aujourd’hui les noms de Gilles Bouvenot (président de la commission de la transparence de 2003 à 2014), Bernard Avouac (président de la commission de la transparence de 1989 à 1998), Jean-Pierre Reynier (vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1994 à 2002 et membre du conseil d’administration de l’agence européenne du médicament), Christian Jacquot (membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1996 à 2012) et Renée-Liliane Dreiser (ancienne experte auprès de la commission de la transparence).

 Le site évoque des activités rémunérées de consultants. Interrogées les personnes citées auraient soit minoré leurs responsabilités, soit apporté différentes versions contradictoires, soit refusé de répondre. Mediapart évoque pour ces activités de « conseil » des rémunérations en liquide allant de 1 500 à 60 000 voire jusqu’à 100 000 euros – ou encore des invitations à des congrès, des « déjeuners fins » ou des « spectacles d’opéra ».

Mystérieux informateur

Un point, ici, n’est pas sans intriguer : le détail de ces échanges aurait été révélé à Mediapart par un médecin, « ancien membre du petit groupe de conseil, lui-même titulaire à la commission de la transparence pendant les années 2000 » qui aurait accepté de se mettre à table «  à condition que son anonymat soit préservé ».  Question : les conséquences de cette publication conduiront-elles (comme on peut raisonnablement le supposer) à une levée de l’anonymat de ce précieux informateur ?

« Traditionnellement muette l’institution, cette fois, parlera-t-elle ? » demandions-nous ici  le 24 mars. Deux jours plus tard nous avons la réponse. Une réponse double qui plus est.

La Haute Autorité de Santé. Elle  a décidé de déclencher un « audit interne des procédures d’évaluation des produits cités dans l’article publié en début de semaine par Mediapart, qui rapporte des allégations graves concernant l’évaluation des médicaments ». (Voir ici le communiqué de la HAS). La HAS porte d’autre part ces informations à la connaissance du Procureur de la République (compétent pour mener les investigations nécessaires à l’établissement de la vérité sur l’ensemble des faits relatés). On notera que certains des faits relatés sont antérieurs à la création de la HAS (en 2005). « S’ils étaient avérés, ces faits iraient à l’encontre des obligations réglementaires en vigueur incombant aux experts et membres des commissions en matière de gestion de liens d’intérêts » souligne la HAS. Elle ajoute que Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes a été personnellement informée des démarches engagées.

L’Agence nationale de sécurité du médicament  a également décidé de porter à la connaissance du Procureur de la République les faits qui sont dénoncés dans l’article de Mediapart (au titre de l’article 40 du Code de la procédure pénale et sans préjudice d’actions futures). (Voir ici le communiqué de l’Ansm)

Par ailleurs, le directeur général de l’Ansm a mis en place une mission d’enquête administrative interne afin de dresser un état des lieux sur le rôle des personnes visées dans l’article au sein des instances consultatives de l’Agence jusqu’en 2011. En tant qu’établissement public de l’État, l’ANSM mettra tout en œuvre pour contribuer activement à faire la lumière sur les faits dénoncés.

Parcelles de vérité

« Qui aurait, sur ces terres étranges situées aux confins de l’industrie pharmaceutique, de l’assurance maladie, et du monde politique, intérêt à dire ses parcelles de vérité ? Qui oserait éclairer en totalité les coulisses de la pharmacopée ? Existe-t-il une éthique de l’industrie pharmaceutique ? » écrivions-nous  le 24 mars. Quarante-huit heures après la publication des informations de Mediapart il n’est pas interdit de penser que des éléments de réponses pourront être, un jour, apportés.

A demain

(1) On peut aussi lire ici un extrait de l’enquête de Mediapart  (sitehttp://peuplesobservateurs2014.com/).

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