Utiliser la Ritaline® et le Modafinil® pour booster l’intellect des sujets en bonne santé ?

Bonjour

Voilà bien, clairement posée, une question éthique et médicale. Une question sociétale,  scientifique et de santé publique. Elle concerne les « neuro-stimulateurs» ou « améliorateurs de l’intellect ». Elle est soulevée  dans le The Lancet Psychiatry daté du 2 avril  et demandera, à court terme, une réponse politique.

La publication (Personal View) est titrée « Pharmacological cognitive enhancement: treatment of neuropsychiatric disorders and lifestyle use by healthy people » (Cinq pages serrées, soixante-sept références bibliographiques). Elle est signée de la Pr Barbara J Sahakian (Department of Psychiatry, Addenbrooke’s Hospital, Cambridge ;  MRC/Wellcome trust Behavioural and Clinical Neuroscience Institute, University of Cambridge) et du Dr Sharon Morein-Zamir (Department of Psychology, University of Cambridge, Cambridge).

 Tropisme cognitif

C’est une alerte plus qu’une condamnation de principe. Pragmatiques les deux auteures estiment que les autorités gouvernementales, l’industrie pharmaceutique, et les organisations médicales nationales devraient au plus vite travailler ensemble pour examiner « les avantages et les inconvénients » de l’utilisation à long terme de médicaments à tropisme cognitif par des personnes en bonne santé.

Les deux principales molécules citées sont, pour l’heure, le méthylphénidate et le modafinil.

1 Methylphénidate. Il est commercialisé en France sous les noms de marque Ritaline ®, Quasym ®, Medikinet ® et Concerta ®

1 flacon polyéthylène avec fermeture de sécurité enfant de 28 gélule(s)

Prix : 39,76 € hors honoraire de dispensation  Taux de remboursement : 65 %

Indications officielles : « Cette spécialité est utilisé dans le traitement du « Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité » (TDAH): chez les enfants et les adolescents de 6 à 18 ans ; seulement lorsque les traitements sans médicament, tels que conseils et thérapie comportementale, ne sont pas suffisants. »

2 Modafinil. Il est commercialisé sous le Modiodal®Modafinil-Mylan®,  Modafinil Biogaran® et Modafinil EG ®) Prix : 58,67 € le comprimé (hors honoraire de dispensation  Taux de remboursement : 65 %)

Indications officielles : « Le modafinil peut être pris par les adultes qui souffrent de narcolepsie pour les aider à rester éveillés. La narcolepsie est une affection qui provoque une somnolence excessive pendant la journée et une tendance à s’endormir soudainement dans des situations inappropriées (accès de sommeil). Le modafinil peut améliorer votre narcolepsie et diminuer la fréquence des accès de sommeil; cependant il existe également d’autres moyens permettant d’améliorer votre condition et votre médecin vous en parlera ».

Il est aujourd’hui acquis que ces médicaments (ou des spécialités équivalentes) sont utilisée par des personnes ne répondant pas à de telle indications. Ses consommations visent alors à améliorer la concentration, la mémoire, et d’autres aspects de la performance cognitive. Pour autant on ne sait rien (ou très peu) quant aux effets à long terme de cette utilisation non-médicale. « En fait nous n’en savons tout simplement pas assez sur la façon dont beaucoup de gens en bonne santé consomment de telles substances, comment elles le font et pour quelles raisons précises » explique le Pr Sahakian.

« Amplificateurs cognitifs »

Selon toute vraisemblance cette consommation a pour but  d’améliorer les performances cognitives pour acquérir un avantage concurrentiel à l’école, à l’université, ou au travail. Ou encore pour maintenir l’attention et les performances intellectuelles en cas de privation de sommeil ou de décalage horaire. Les recherches menées aux Etats-Unis chez des étudiants  estiment entre entre 5% et 35% la proportion des consommateurs. Les auteures estiment que ce phénomène pourrait être au moins aussi important dans certains milieux professionnels.

On peut voir là une amplification pharmaceutique des résultats cérébraux obtenus avec la caféine ou la nicotine. La plupart des « amplificateurs cognitifs », comme le modafinil et le donépézil (Aricept®  ou Donepezil®  prescrit chez des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer) ont été mis au point par l’industrie pharmaceutique pour  lutter contre les effets de troubles cognitifs. La question posée est aujourd’hui celle de leur utilisation à des fins inverses : améliorer les performances cognitives lorsque ces dernières ne son pas altérées. Cette utilisation non-médicale, ces « auto-prescriptions » pose des questions sécuritaires (effets secondaires, consommations abusives) et éthiques (similaires à celles du dopage). Elle pose également la problématique des voies de production et de commercialisation de ces substances.

Risques d’addiction

« Ces substances ont des effets très variés et les effets secondaires et ne sont pas prévisibles. Nous ne savons presque rien sur leurs effets à long terme chez les personnes en bonne santé » explique le Dr Morein-Zamir. Les auteures estiment que l’utilisation et le nombre de telles substances ira en croissant et qu’il s’agit là d’un phénomène qui doit dès maintenant être pris en compte par les autorités sanitaires afin de faire la part entre les avantages éventuels et les dangers potentiels.

Moins que de condamner a priori il s’agit de déterminer une réglementation et des recommandations quant à cette consommation. Il conviendrait également d’analyser les résultats pharmacologiques molécule par molécule compte tenu de la diversité des substances pouvant être utilisées. En tenant compte du potentiel d’addiction inhérent à ces produits.

Nouveaux psychédéliques

« Le marché des neuro-stimulants (des neuro-excitants ?) ne peut que susciter bien des intérêts dans un monde fondé sur une exigence de performances, nous a expliqué le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Ils sont et seront au XXIème siècle ce que furent les hallucinogènes et les produits psychédéliques aux années 1960 et19 70. On ne saurait les réduire à des produits cognitivo-dopants tant leur impact sur l’humeur, la relation à l’Autre, à la nutrition, à la sexualité et au sommeil sont importants. Leur usage se développe dans tous les pays qui poussent à l’hyper-performance au quotidien.»

« On  connaît – plus ou moins- les méfaits neuropsychiatriques et cardiovasculaires de leur abus, notamment pour la méthylphénidate et tous les dérivés amphétaminiques, ajoute le Dr Lowenstein. On sait peu de chose, voire rien du tout, quant aux risques d’un ‘’usage chronique auto-thérapeutique caché’’ qui semble aujourd’hui se développer. Des travaux épidémiologiques seraient ici hautement souhaitables. Nous devons absolument en savoir plus avant de conseiller. »

A demain

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