Viols ? Agressions sexuelles ? Quatre-vingt douze plaintes. Mis en examen, le gynécologue nie

Bonjour

L’affaire vient d’être révélée par Le Parisien (Frédéric Naizot). Et elle soulève, une nouvelle fois, toutes les interrogations inhérentes à ce genre d’affaire : un gynécologue est accusé par un grand nombre de ses (anciennes) patientes. Le médecin nie. Les plaintes s’additionnent. Il continue à nier, tente de s’expliquer. La police (la gendarmerie) enquête, en silence. L’Ordre des médecins se tait. Puis, bien avant le procès,l’affaire devient publique. Chaque citoyen informé devient un juré en puissance.

Nous en sommes là aujourd’hui. A Domont (Val d’Oise) et Le Parisien expose, de manière remarquablement équilibrée, les faits. Les voici, résumés:

Cabinet tagué

Le gynécologue est soupçonné d’avoir agressé sexuellement de nombreuses patientes. Il a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles.

« A ce jour, quatre-vingt douze victimes ont déposé plainte. Les gendarmes épluchent désormais son ordinateur qui pourrait révéler d’autres victimes potentielles, écrit Le Parisien.  Le cabinet médical situé à côté de la gare de Domont est aujourd’hui fermé et commence à être taggé (sic). Cela faisait environ vingt ans que le gynécologue s’y était installé, après avoir exercé plusieurs années à quelques centaines de mètres de là. Agé de 64 ans, il ne peut plus exercer depuis que l’affaire a démarré, après plusieurs dépôts de plaintes, il y a environ un an. Des patientes ont toutes confié avoir été victimes des mêmes gestes déplacés durant les examens, relevant pour elles du viol ou de l’agression sexuelle. »

C’est en juillet 2014 (« alors que les plaintes sont prises très au sérieux par les gendarmes ») que ce médecin est interpellé à son cabinet par les hommes de la brigade de recherche de Montmorency. Et c’est à l’issue de sa garde à vue, le praticien qu’il sera mis en examen pour viols et agressions sexuelles, « commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction ».

Dix mille dossiers

« Il échappe à la détention, mais il est placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer la médecine. Il est aussi interdit de séjour dans le Val-d’Oise précise Le Parisien. C’est une enquête immense à laquelle les gendarmes doivent aujourd’hui s’atteler. Environ dix mille  dossiers médicaux sont renfermés dans le disque dur de l’ordinateur du médecin, saisi lors des perquisitions. Dans cette foule de patientes ayant franchi le seuil de son cabinet au cours de plus de vingt ans d’exercice figurent peut-être d’autres victimes. »

On peut raisonnablement se demander jusqu’où peut aller une telle dynamique. Plus d’une centaine de patientes ont été entendues à ce jour. Quatre-vingt douze ont effectivement porté plainte à l’issue de leur audition, pour viol ou agression sexuelle. Mais encore ? « Une vingtaine d’autres se réserveraient la possibilité de le faire. Une vingtaine d’autres, interrogées par les enquêteurs, n’auraient pas eu le sentiment d’avoir été agressées lors des examens médicaux, a confié au quotidien Me Blandine Heurton, l’avocate d’une des patientes, entendue ce mercredi [1er avril] par la juge d’instruction.  L’idée de la magistrate, c’est de ne pas passer à côté d’éventuelles victimes. »

Médecin très doux et très lent

Et le praticien ? Il a été entendu sur le fond de l’affaire en janvier par le juge. Et il conteste formellement les accusations dont il est la cible. « Il explique qu’il est un médecin très doux, très lent, indique Me Jean Chevais, son avocat. « Il prend son temps pour ausculter ses patientes. Il fait un examen vraiment complet. Des personnes ont pu assimiler certains gestes à une agression sexuelle. Certaines femmes ont ainsi estimé qu’il effectuait des va-et-vient lorsqu’il les auscultait. Lorsqu’il posait sa main sur leur ventre, certaines prenaient ce geste pour une caresse. Ce n’était pas le cas. C’est une mauvaise interprétation. »

Il ajoute que certaines femmes pensent qu’il y a des gestes qui s’apparentent plus à des pénétrations digitales à caractère sexuel que strictement gynécologique. Il précise que près de  5 000 femmes ont été interrogées par les enquêteurs, et seules 92 ont souhaité porter plainte. Il dénonce encore une enquête un peu à charge, contre un médecin jamais condamné  en 30 ans d’exercice.

Toucher ou aller et venir ?

Poser la main sur le ventre sans pour autant caresser ? Toucher ou aller et venir  ? La douceur et la lenteur d’un gynécologue ? Nous sommes ici, chacun le mesure bien, aux frontières de plusieurs mondes. Rien ne change sous le soleil : les mots, le diable, les détails. C’est aussi la reconnaissance de la conscience professionnelle ou le bûcher de la cour d’assises. La retraite heureuse au coin du feu ou l’hiver pénitentiaire.

L’avocat précise que deux patientes avaient, par le passé, saisi  le Conseil de l’Ordre des médecins. « Je l’ai alors assisté et il avait été blanchi. » C’est écrit : le passé ordinal va ressurgir. Hier muet, l’Ordre devra parler. Et la justice passer.

A demain

3 réflexions sur “Viols ? Agressions sexuelles ? Quatre-vingt douze plaintes. Mis en examen, le gynécologue nie

  1. Il est très rare qu’une femme se trompe à ce sujet. Quand l’observateur devient mateur, quand la palpation devient pelotage, les femmes le sentent immédiatement. Quand elles sont plusieurs à ressentir la même chose, il n’y a plus aucun doute possible.

  2. Tiens, encore une affaire… Les femmes qui se trompent, c’est l’argument classique de la défense dans ces affaires. C’est ridicule. D’autant que ces femmes ont payé cher leur avocat. D’ailleurs, les faits sont sûrement plus grave que ce que décrit l’avocat de la défense.
    J’ai été victime il y a quelques années, dans des circonstances un peu différentes, et j’ai vécu une procédure judiciaire longue, éprouvante, humiliante et coûteuse (quelques milliers d’euros tout de même). Mon blog est consacré à ce parcours judiciaire.
    Le vrai problème, à mon humble avis, c’est que l’univers de l’obstétrique est très, très archaïque et misogyne. C’est vraiment un monde à part, différent de toutes les autres spécialités médicales (le peu que j’en connais). Pourquoi ? Parce que la majorité des gens considèrent la grossesse comme une maladie, et la « future et jeune maman » comme un objet prétendument asexué et désérotisé qui appartient à la collectivité. C’est là le coeur du problème. On peut toujours faire des procédures contre tous ces cas isolés, ça ne changera jamais rien. C’est toute la façon de penser la maternité qui doit changer. Et là, malheureusement, la culture ambiante et les média ne nous aident pas beaucoup !

  3. Les femmes qui se trompent… Toujours le même argument ! D’ailleurs les faits ont certainement été beaucoup plus graves que ceux que décrit l’avocat de la défense. N’oublions pas qu’en déposant une plainte, ces femmes s’engagent dans une procédure longue et humiliante, qui peut leur coûter des milliers d’euros si elles se font aider par un avocat.
    J’ai moi-même été victime il y a quelques années, dans des circonstances un peu différentes. Mon blog est consacré à ce parcours judiciaire.
    Le vrai problème, c’est que le monde de l’obstétrique est extrêmement archaïque, paternaliste et misogyne. Ce degré de machisme n’existe dans aucune autre spécialité médicale. Pourquoi ? Parce que la majorité des gens sont prêts à l’accepter : la « future est jeune maman » n’est pas une femme, mais un objet prétendument asexué qui appartient à la collectivité. On peut toujours faire des procédure contre tous ces nombreux cas isolés, ça ne résoudra pas le problème. La seule solution, c’est qu’on pense la maternité autrement. Malheureusement la mentalité ambiante et les média ne vont pas dans ce sens.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s