Suicide de Jean Germain : « l’honneur » et «la chasse systématique aux hommes politiques»

Bonjour

7 avril 2015. Ce fut comme un coup de poignard au corps politique national. Le suicide de Jean Germain sénateur socialiste d’Indre-et-Loire et ancien maire de Tours a bouleversé l’agenda médiatique. Le président de la République, le Premier ministre, le président du Sénat, d’autres encore ont dit, ou fait comprendre, leur émotion – parfois même leur chagrin. Les ondes, les réseaux sociaux, les radios, les étranges lucarnes ont mis tout cela en scène. La façade de la mairie de Tours a pris la place de celle la veille attribuée au Palais de Justice.

On ne s’arrêta pas là. Les médias, c’est la règle, évoquèrent quelques suicides précédents  plus ou moins associés au sale parfum des affaires. On a revu Pierre Bérégovoy – entendu les mots plus que violents de François Mitterrand à l’égard de la presse. On a entre-aperçu  le visage de Robert Boulin « mort dans cinquante centimètres d’eau ». Et puis, en noir et blanc, les vieilles archives de Roger Salengro.

« Leur conscience les poursuivra »

Demain d’autres médias chercheront à comprendre. C’est la règle du genre. Surtout quand, précisément, nul ne peut ni ne pourra comprendre. On parlera de l’arme utilisée, de l’armurier, du garage, du quartier résidentiel de Tours, des derniers SMS passés avec ses amis, de ses dernières emplettes aux Halles de Tours, de ses dernières confidences dans ce Jardin de la France. On entendra tout et on ne saisira rien. C’est la loi du suicide.

Alors on relira les derniers mots, manuscrits, de celui qui a quitté la vie :

« Des indications me laissent penser que, alors que les faits n’ont pas eu lieu, le ministère public va requérir à mon encontre pour des raisons plutôt politiques. C’est insupportable. Autant, je peux reconnaître des erreurs, des manques de discernement. Autant, il m’est impossible d’accepter sans broncher cette forfaiture, rendue possible par les mensonges de Madame Han et de Monsieur Lemarchand. Leur conscience les poursuivra.

Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m’aiment. Mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement quotidiennement. Il est des êtres, j’en suis sûr, pour lesquels l’injustice et le déshonneur sont insupportables. Soyez sûrs que je n’ai jamais détourné un centime, que je ne me suis pas enrichi, que j’ai toujours œuvré pour ce que je pensais être le bonheur des Tourangeaux. Je laisse ce courrier à mes proches qui, je l’espère, pourront comme ça comprendre ».

La légion des honnêtes

On pourra aussi lire l’éditorial, précieux, de Libération. Il est signé de Laurent Joffrin. Le voici :

« Jean Germain a toujours réfuté toute accusation d’enrichissement personnel, tout au plus concédait-il un manque de rigueur ou de discernement dans l’attribution du marché dit des «mariages chinois». Pourtant, il a jugé insupportable sa traduction devant la justice, poussant sa conception de l’honneur et de la réputation jusqu’à se donner la mort.

 Chacun doit s’incliner devant la tragédie d’un homme éprouvé par le combat politique et qui a cédé devant des attaques à ses yeux injustes. Chacun doit aussi réfléchir sur ses derniers mots, et notamment sur cette expression : «La chasse systématique aux hommes politiques.» Ces affaires étaient bien loin de faire les gros titres de la presse nationale. Libération en avait rendu compte de manière équilibrée et plutôt sobre.

Humanité brisée

C’est plus l’attitude générale de l’opinion et des médias envers les hommes politiques qui est en cause. A force de suggérer que les élus sont tous plus ou moins corrompus, qu’il n’y a dans ce monde-là que cynisme et recherche de l’intérêt personnel, on finit par décourager les responsables honnêtes, qui sont légion. A force d’accréditer l’idée d’une connivence générale des élites, journalistes compris, alors que c’est la presse qui révèle les affaires, en l’occurrence de manière involontairement cruelle, on finit par donner une image fausse de la démocratie française. L’humanité blessée et brisée de Jean Germain vient nous le rappeler utilement. »

C’est là un éditorial qui tonne étonnamment juste. Son titre, un mot, lui va comme un gant: « Honneur ».

A demain

Une réflexion sur “Suicide de Jean Germain : « l’honneur » et «la chasse systématique aux hommes politiques»

  1. Un suspense terrible en ce Mardi 7 avril 2015 au Palais de Justice de Tours ;

    Viendrait-il ?
    L’arène transpirait, l’assistance haletait, les juges attendaient, les venimeux venimaient portable à l’oreille et sourire en coin ; on en tient un ; et une pointure locale en plus !

    Tout le banc et l’arrière banc médiatique du micro et de la plume était là pour le scoop ; l’Élu ferait face à ses juges ; on allait remettre droit le prof de droit ; les flashes crépiteraient, la photo ferait sensation , et puis on rajouterait pour faire vrai et joli la preuve irréfutable de sa culpabilité, l’image où il pose souriant, arborant l’écharpe tricolore au milieu des heureux mariés chinois.

    A Bourgueil, en ce mardi comme depuis des siècles, c’est le marché. On parle de tout et de rien, surtout pas du bulletin qu’on a mis dans l’urne aux départementales qui a vu les ceps de vigne produire une piquette imbuvable ! Personne ne sait.

    Mais là, clap de fin. Jean Germain ne viendrait pas, ne viendrait plus.
    Comment faire la une et présenter un scoop qui soit vendeur alors ?

    Tous les tresseurs de couronnes d’épines tresseront des couronnes de lauriers ; tous les buveurs d’eau se saouleront au Bourgueil ; tous les lanceurs de flèches se feront joueurs de boule de fort ; tous les tagueurs du dimanche se feront peintres du martyre de St Sébastien ; tout le fiel se fera miel ; tous les faiseurs d’estafilades se feront ravaudeurs de plaies ; tous les aboyeurs feront coucouche panier ; et coulent les larmes des crocodiles dans la Loire du Pont Wilson au pont de Port-Boulet.

    Son vainqueur municipal, pensez donc était même son ami, c’est tout dire si l’homme était de consensus.

    Les seules demandes de l’homme Jean germain à ses concitoyens furent ses appels à apporter leurs suffrages lors des scrutins.
    Pour le reste personne ne lui connaît de riad à Marrakech, de villa au cap Nègre, de loft à Passy ou de résidence à St Barth.
    Pourtant avec cette affaire des mariés chinois on tenait un camion de peaux de bananes ; dommage que les hommes honnêtes ne veulent pas jouer à qui perd… perd !

    Mercredi 8 avril – La Nouvelle République, : « LE CHOC » la Photo couleur pleine page en couverture pour la bonne conscience et …..pour mémoire
    « une affaire qui a coûté très cher » sur les «  mariages chinois » en page 4,
    ainsi le café du commerce comprendra qu’après tout il l’a un peu mérité, non!
    Et puis de toute façon le canton de Bourgueil-Langeais a voté massivement FN au premier tour. Ça a du le déprimer un peu aussi , non ?
    Bourgueil, vers midi ; le marché commence à bruisser de rumeur, la nouvelle s’est confirmée à la radio ; Jean, l’enfant du pays s’est retiré du jeu, sans ostentation mais définitivement, discrètement comme on sait l’être dans cette Touraine angevine.

    Pour manger avec le diable, il faut une grande fourchette (proverbe africain)

    So long ! J.G.

    Alcofribas Le Ligèro-Bourgueillois

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s