« Il est proposé à toute personne détenue un bilan de santé relatif à sa consommation de produits stupéfiants, d’alcool et de tabac »

Bonjour

Ne jamais désespérer. Il n’y a pas, et c’est heureux, que le paquet neutre ou l’anorexie. L’Assemblée nationale a, dans la nuit du 7 au 8 avril, voté  la possibilité d’établir des « bilans de santé » des détenus dès leur arrivée en prison. Bilan de santé axé, autant que faire se pourra, sur la consommation de drogues ou d’alcool, via un amendement socialiste au projet de loi de santé.

«Au début de son incarcération, il est proposé à toute personne détenue un bilan de santé relatif à sa consommation de produits stupéfiants, de médicaments psychotropes, d’alcool et de tabac», peut-on lire dans l’amendement adopté en première lecture – un amendement complétant la loi pénitentiaire de 2009.

Ne pas rendre malade

Les auteurs de l’amendement (ré)affirment les principes selon lesquels il s’agit de «ne pas rendre malade une personne entrant en prison en bonne santé» et de «faire de la prison un lieu où les soins, le dépistage et la prévention prennent tout leur sens ». Ils justifient leur initiative par la situation dans les maisons d’arrêt :

«Aujourd’hui, la personne qui entre en maison d’arrêt est un homme dans 95 % des cas. Il est jeune et doit exécuter une peine de quelques mois. Il est considéré en +bonne santé+ dans 77 % des cas, selon des enquêtes déjà anciennes (…) Mais la précarité et les addictions majorent les risques et augmentent la vulnérabilité. Le taux de suicide en prison est cinq à six fois supérieur à celui de la population générale du même âge. Certaines maisons d’arrêt surpeuplées ont des effets négatifs sur les conditions de vie des détenus et donc sur leur santé. La surconsommation de tabac, de psychotropes, l’usage de stupéfiants, les pratiques sexuelles à risque y sont connues».

Privation de liberté

Un autre amendement (également adopté à l’initiative de députés socialistes) prévoit qu’à titre expérimental (et jusqu’au 1er janvier 2018,) l’État peut autoriser une évaluation de l’état dentaire de la personne détenue au début de son incarcération – et ce « dans un nombre limité d’établissements pénitentiaires ».

« Le mauvais état de la dentition de plus d’un entrant sur deux en détention est un véritable enjeu de santé et un marqueur social, qui a fait l’objet d’une recommandation du contrôleur général des lieux de privation de liberté dans son rapport 2012, précise l’exposé des motifs. Une étude de la direction générale de la santé révèle que cet examen n’est réalisé qu’une fois sur deux à l’arrivée du détenu ».

Denture marqueur social

L’Etat faisant acte d’autorité pour évaluer (et améliorer) l’état dentaire des citoyens ? S’il est vrai que l’état de la denture est un marqueur social, on pourrait imaginer que la mesure visant les prisonniers soit élargie bien au-delà des murs des prisons.

Pour le reste, comment ne pas saluer une initiative qui entend « faire de la prison un lieu où les soins, le dépistage et la prévention prennent tout leur sens » … qui rappelle que rien ne justifie que la prison rende malade…. C’est là, au-delà des racines du socialisme originel, un vrai projet humaniste, aux frontières de l’utopie.

Sept fois plus

Il y a quelques jours un travail de l’Ined concluait que l’on se suicide sept fois plus à l’intérieur des prisons qu’à l’extérieur. Ce travail, résumé:

« Dans les prisons françaises, près d’un décès sur deux est un suicide. Le taux de suicide en prison a beaucoup augmenté depuis le milieu du 19e siècle. Avec 18,5 suicides enregistrés pour 10 000 personnes écrouées sur la période 2005-2010, il est aujourd’hui sept fois plus élevé qu’en liberté (dans la population générale, le taux atteint 2,7 pour 10 000 en 2010 chez les hommes de 15 à 59 ans »

Un phénomène qui n’épargne pas les gardiens. Jusqu’à quand ?

A demain

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