Insectes : sommes-nous vraiment fin prêts à en croquer de très très grandes quantités ?

Bonjour

D’entrée, une précision  : nous ne parlons pas, ici, de l’entomophagie traditionnelle, cette  consommation d’insectes très répandue dans certaines parties du monde (Afrique, Asie, Amérique latine), où elle peut faire partie de la culture alimentaire traditionnelle. Notre propos concerne plus précisément l’entomophagie que l’on pourrait presque centrer sur les bourgeois bohèmes, cette catégorie qui refuse de vivre à la périphérie et qui prend assez souvent goût, après avoir profané le sacré, à sacraliser le profane.

Un soir d’été en Touraine, sous les tilleuls, quelques sauterelles revisitées « poivre noir de MalabarEzpeletako biperra  en biodynamie » associées aux dentelles rabelaisiennes du  Clos des Capucins de Fiona Beeston. Pour commencer.

Nourrir la planète

On plaisante bien sûr. Pour autant on n’oublie pas que ce propos sanitaire alimentaire est aussi et surtout éminemment politique. On sait en effet que, pour relever le défi de nourrir la planète en 2030, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est prononcée en faveur du développement de l’élevage d’insectes à grand échelle.

Il faut, ici et aujourd’hui, écouter le message (1) que vient de nous adresser l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) :

« Dans la perspective d’un possible développement de ces produits en Europe ou en France, l’Anses a réalisé un état des lieux des connaissances scientifiques sur les risques liés à la consommation d’insectes. Dans l’avis qu’elle publie ce jour, elle fait l’inventaire des dangers potentiels véhiculés par les insectes et des besoins de recherche sur cette question. …

Prudences

….A l’issue de ce travail, elle recommande notamment d’établir au niveau communautaire des listes des différentes espèces pouvant être consommées et de définir un encadrement spécifique des conditions d’élevage et de production des insectes et de leurs produits, permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires. Par ailleurs, les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) possédant des allergènes communs, l’Anses recommande la prudence aux consommateurs présentant des prédispositions aux allergies. »

Deux milliards de personnes

Pour l’heure la FAO estime que les insectes complètent les régimes alimentaires d’environ deux milliards de personnes dans le monde. En Europe l’Anses observe que le grignotage de ces mêmes insectes « semble bénéficier d’un engouement croissant ». Elle indique aussi que « plusieurs projets industriels et programmes de recherche accompagnent ce secteur naissant, malgré une réglementation en vigueur (actuellement en pleine évolution) qui soulève de nombreuses interrogations. »

C’est dire tout l’intérêt que l’on doit, dès aujourd’hui – bobos ou pas, porter aux travaux et aux recommandations de l’Anses (1) – travaux concernant les risques sanitaires éventuels liés à la consommation d’insectes et produits d’insectes. Qu’il s’agisse de l’alimentation humaine, bien sûr. Mais également de l’alimentation animale.

Sommes-nous prêts à manger des animaux qui ont mangé (plus ou moins contraints) des insectes élevés à grande échelle et à cette fin ? Et que disent, sur ce point, les nouveaux gourous de l’antiviande ?

A demain

(1) L’Anses précise : « Comme tous les aliments, les insectes peuvent véhiculer certains dangers qui doivent être maîtrisés par la fixation de normes spécifiques afin de réduire les risques potentiels liés à la consommation de ces produits.

Venins, dards, rostres

Ces dangers sont principalement liés : à des substances chimiques (venins, facteurs antinutritionnels, médicaments vétérinaires utilisés dans les élevages d’insectes, pesticides ou polluants organiques présents dans l’environnement ou l’alimentation des insectes, etc.) ;  à des agents physiques (parties dures de l’insecte comme le dard, le rostre, etc.) ; à des allergènes communs à l’ensemble des arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) ; à des parasites, des virus, des bactéries et leurs toxines ou encore des champignons ; aux conditions d’élevage et de production, pour lesquelles il conviendrait de définir un encadrement spécifique permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires. »

 Conservation inadaptée

« Par ailleurs, de manière générale, comme pour les autres aliments d’origine animale ou végétale, les insectes comestibles peuvent devenir, suite à une conservation non adaptée, impropres à la consommation humaine.

Le travail d’expertise de l’Agence souligne le besoin de recherches complémentaires pour mener une évaluation complète des risques sanitaires liés à la consommation des insectes. Par ailleurs, le développement de telles filières de production d’insectes, depuis l’élevage jusqu’à l’abattage, doit amener à se poser la question du bien-être animal, celui-ci ayant été jusqu’à présent très peu exploré chez la plupart des invertébrés. »

Acariens, crustacés, mollusques,

« En attendant la mise en place de normes spécifiques et d’un encadrement adapté, l’Anses recommande la prudence aux consommateurs présentant des prédispositions aux allergies. En effet, les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) possèdent des allergènes communs.

Au-delà des enjeux d’expertise spécifiquement associés aux questions d’évaluation des risques sanitaires et des bénéfices nutritionnels relatifs à la consommation des insectes, l’Anses souligne les forts enjeux de connaissances portant sur l’acceptabilité sociétale de ces nouvelles consommations ou encore sur les enjeux de développement et d’impact environnementaux qui y sont associés. »

Le travail complet de l’Anses est disponible ici : https://www.anses.fr/fr/documents/BIORISK2014sa0153.pdf

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