SNCF et infarctus du myocarde : les nouveaux mystères des gares de Paris

Bonjour

L’épidémiologie est une discipline qui sait être facétieuse. Prenez le dernier numéro du célèbre journal Circulation. Vous y trouverez un papier assez étonnant concernant la SNCF et signé, comme il se doit, d’une équipe française. Dix-neuf auteurs (médecins, cardiologues, urgentistes, sapeurs-pompiers et urbanistes) dirigés par Eloi Marijon et Xavier Jouven (Université Paris Descartes; Paris Cardiovascular Research Center, Inserm U970 ; Hôpital Européen Georges Pompidou). Une publication disponible ici. Un travail repris dans Le Figaro (Soline Roy)

Gare de l’Est

Que nous disent les auteurs ? Ils ont, tout simplement, découvert que les cinq gares de la Ville-lumière sont des endroits privilégiés pour les accidents cardio-vasculaires, les infarctus du myocarde en particulier. Etrange et troublant paradoxe entre les nœuds des circulations ferroviaires et la circulation sanguine des passagers.

« Est-ce parce que les passagers en retard courent après leur train? Qu’ils sont stressés par les retards dans les transports en commun? Toujours est-il que les gares parisiennes, qui ne couvrent que 1 % de la surface de la ville, concentrent 20 % du nombre total d’arrêts cardiaques survenant dans la capitale » résume Le Figaro. C’est poser, en substance, la question de la responsabilité publique de ces accidents généralement considérés comme une fatalité.

Saint-Lazare

Les chiffres publiés ne sont nullement anecdotiques. Ils sont le fruit de l’analyse des accidents cardiaques survenus entre 2000 et 2010 sur la voie publique à Paris (soit 30 % du total des accidents cardiaques). Les cardiologues hospitalo-universitaires ont ici fait cause commune avec la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et  l’Atelier parisien de l’urbanisme. Le groupe ainsi formé a pu géolocaliser les 1255 arrêts cardiaques recensés sur la voie publique durant cette période. Puis il les a placés sur une carte de la capitale française, capitale découpée en 2020 cases, identifiant  pour chacune la densité et le flux de la population, ainsi que les équipements urbains présents (gares, écoles, centres commerciaux, musées…)

Montparnasse

La conclusion est limpide : la densité humaine du lieu n’est pas associée au  nombre d’accidents cardiaques. En revanche une corrélation apparaît avec l’intensité du flux de population dans un lieu donné. Un exemple est frappant : dans les cinq principales gares parisiennes, les accidents cardiaques sont cinq fois plus fréquents  que dans  les musées, pourtant tout aussi fréquentés (selon les chercheurs).  « Là où la population passe, elle trépasse » ose Le Figaro. L’étude n’explicite pas les raisons de cette sur-dangerosité des gares. Mais on peut aisément supposer qu’attendre désespérément son train ou galoper pour l’attraper est plus stressant que contempler La Joconde ou songer au pied des colonnes de la cathédrale Notre-Dame. »

On pourrait aussi rappeler, avec Stendhal et Florence, la spécificité pathologique des œuvres d’art concentrées, plus psychiatrique que cardiologique. De l’eau a coulé sous les ponts de Paris ; le cœur n’est plus le siège des sentiments depuis bien longtemps.

Gare de Lyon

« Il faudrait donc renforcer la présence des défibrillateurs dans les gares plutôt que chercher à l’homogénéiser dans tous les quartiers de la capitale, plaide Éloi Marijon, premier auteur de la publication de Circulation et cardiologue à l’Hôpital européen Georges Pompidou. Et bien sûr, il faut continuer à sensibiliser le grand public à l’utilisation de ces appareils encore trop rarement utilisés en cas de problème.»

Que le Dr Marijon nous permette, un instant, de parler au nom du grand public. Et plus particulièrement au nom du grand public qui, abonné depuis quelques décennies de la SNCF, a observé la progression de l’épidémie des défibrillateurs automatiques accroché à la gauche du bar des voitures n° 4 ou 14 des myriades de TGV. Des défibrillateurs utilisables par toute personne (sic) sans attendre l’arrivée des contrôleurs. Ces défibrillateurs sont-ils utilisés ? A quelle fréquence ? Combien de vies ont-ils permis de sauver ?

Gare du Nord

Nous allons tenter de poser ces questions de santé publique au service de presse de la Société nationale des chemins de fer français. Nous lui demanderons également les raisons de ce nouveau message sanitaire, omniprésent sur la ligne (jadis à très grande vitesse) qui relie (encore) Paris à Tours (via Saint-Pierre-des-Corps) : pourquoi imposer aux contrôleurs de rappeler à une telle fréquence (et avec une telle insistance) qu’avant de descendre ils doivent attendre l’immobilisation totale de la rame – puis prendre soin de ne pas placer leurs pieds dans l’espace situé entre la rame et le marchepied – puis de prendre garde à la hauteur (variable) de l’espace situé entre le quai et le susdit marchepied.

Sans oublier le billet qui doit, comme chacun sait, avoir été plus ou moins composté.

A demain

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