Suicides et antidépresseurs : après la sortie du Pr Bernard Debré, les psychiatres remettent les pendules à l’heure

Bonjour

Le Pr Bernard Debré répondra-t-il  présent à ce qui apparaît bel et bien comme une session de Formation Médicale Continue organisée expressément à son attention ? Le Pr Debré, spécialiste d’urologie est diplômé de médecine aéronautique et spatiale depuis 1981 et récent pourfendeur des excès marchands de Big Pharma (« Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux », avec le Pr Philippe Even).

Le 27 mars dernier, au lendemain du crash de l’Airbus de la Germanwings il évoquait (avant l’heure) la responsabilité des antidépresseurs qu’aurait consommés Andreas Lubitz. On retrouvera ici l’entretien qu’il avait accordé au site Le Point.fr (Louise Cunéo). Des propos résumant ce qu’il écrivait sur son propre site.

« Les volontés suicidaires d’un dépressif sont souvent inhibées par sa pathologie. Dans certains cas, lorsqu’il est traité par un antidépresseur, il peut arriver qu’il soit désinhibé par les médicaments. La volonté suicidaire, qu’il n’arrivait pas à exprimer avant son traitement, peut alors se déclencher grâce à cette désinhibition médicamenteuse. Cette situation est connue pour beaucoup d’antidépresseurs, notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, comme le Prozac ou le Seroplex. Il est démontré que lorsqu’on est soigné par ces médicaments pour une dépression, il y a une multiplication importante des crimes et des suicides. »

Sans tendresse

Il aura, au final, fallu moins de deux semaines pour que de sérieux correctifs soient apportés. D’abord par un collectif de responsables d’institutions psychiatriques (1). Aujourd’hui par le Pr Pierre Thomas (CHRU de Lille) président du Collège national des universitaires de psychiatrie. Le Pr Thomas répond à son tour aux questions du site Le Point.fr. Ce n’est pas un détail : c’est une réponse claire au Pr Bernard Debré, là précisément où il s’était exprimé.  Et cette réponse n’est pas tendre.

« Les antidépresseurs responsables de suicides ? Ce ne sont pas les antidépresseurs qui provoquent les suicides, mais la dépression, souligne le Pr Thomas. Il y a en France un décès par suicide toutes les trois heures. Et beaucoup pourraient être évités, et ce en identifiant mieux la dépression et en évitant la stigmatisation ou la diabolisation de la prise en charge, des patients, des psychiatres, des médicaments et en diffusant une information juste étayée par les études scientifiques. Il faut à tout prix éviter les idées reçues sur ce sujet.

« Un rapport de la FDA fondé sur les résultats de vingt-cinq essais de la firme restés secrets montrait deux fois plus de tentatives et d’idées suicidaires sous médicaments » faisait valoir Bernard Debré

La leçon du Pr Thomas :

« En 2004, la FDA américaine  a émis un avertissement, une « black box », informant médecins et patients du risque accru d’actes suicidaires chez les enfants et les adolescents.  Cet avertissement a induit une méfiance à l’égard de ces médicaments, entraînant une baisse de la prise d’antidépresseurs et, malheureusement, une hausse du nombre de suicides. Ce sont les plus vulnérables qui font les frais des idées reçues, parfois partagées par les proches, qui peuvent voir d’un mauvais oeil la prise de ces médicaments controversés.

La FDA est revenue sur cette « black box » en 2007, après les pressions de la communauté scientifique internationale. De nombreuses études, qu’elles soient américaines, scandinaves, britanniques et françaises, ont montré qu’il existe une corrélation entre prescription d’antidépresseurs et baisse du taux de suicides. Nous disposons de données solides permettant de l’affirmer.

La dépression tue beaucoup plus que les antidépresseurs. L’effet décrit dans la « black box » de 2004 peut être parfois observé en tout début de traitement, mais il diminue vite avec le temps, et on peut surtout prescrire un traitement associé pour éviter ces effets. Il est, en revanche, indispensable qu’un médecin suive l’évolution de la dépression. Il en va des antidépresseurs comme des autres médicaments : dès qu’il y a une prise en charge, il existe des précautions à prendre, et une balance bénéfice/risque qui est très favorable dans le cas des antidépresseurs. »

Andreas Lubitz 

Pour le représentant universitaire des psychiatres aucun doute n’est permis : le traitement médicamenteux de la dépression constitue l’une des meilleures pistes de prévention du suicide. Les antidépresseurs ont une réelle efficacité, et des progrès considérables ont en plus été faits concernant leurs effets indésirables. Ces médicaments sont sous-prescrits : seules 30 % des personnes souffrant de dépression reçoivent un traitement adéquat.

L’ancien chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin de Paris partage-t-il ce constat ? Porte-t-il un nouveau diagnostic sur Andreas Lubitz ?

 (1) Il s’agit du CNUP (Collège National des Universitaires de Psychiatrie) présidé par le Pr Pierre Thomas, de l’AFTAD (Association Française des Troubles Anxieux et de la Dépression) présidée par le Pr Antoine Pelissolo, du CNQSP (Collège National pour la Qualité des Soins en Psychiatrie) présidé par le Dr Maurice Bensoussan, le Dr Sylvie Péron et le Pr Emmanuelle Corruble, du  CNPP (Conseil National Professionnel de Psychiatrie) présidé par le Dr Jean-Jacques Laboutière et du GEPS (Groupement d’Études et de Prévention du Suicide) présidé par le Pr Michel Walter.

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