Les déserts médicaux et la jungle des plates-formes informatiques de rendez-vous médical

Bonjour

Le Dr Jean-Bernard Rottier a 60 ans. Il exerce la profession d’ophtalmologue au Mans, préfecture de la Sarthe (1). Ils sont trente-quatre dans cet état, si l’on en croit les pages Jaunes. L’ancienne capitale du Maine et du Perche compte environ 140 000 habitants. Et le département (beaucoup de bois et forêts) environ 560 000.

Radiographie départementale

En 2012, la Sarthe comptait 7 065 professionnels de santé, dont 4 222 infirmiers et infirmières, 682 médecins généralistes, 603 médecins spécialistes, 471 pharmaciens, 390 kinésithérapeutes et 231 chirurgiens dentistes (source Insee). Soit  82 généralistes, 62 spécialistes et 66 infirmiers diplômés d’État pour 100 000 habitants, chiffre en dessous des moyennes régionales et nationales (Insee). Pour autant la Sarthe présente un niveau de mortalité générale comparable à la moyenne régionale.

Le département de la Sarthe compte aussi plus d’une dizaine d’hôpitaux et de cliniques répartis sur l’ensemble du territoire. Le principal établissement est le centre hospitalier du Mans   (le plus important centre hospitalier non-universitaire de France avec une capacité de 1 700 lits ; 21 salles de blocs opératoires). Situé à proximité de la rocade sud-est du Mans, le Pôle Santé Sud regroupe depuis 2008 le Centre médico-chirurgical du Mans (CMCM) et la célèbre clinique du Tertre Rouge. Neuf ophtalmologues au Centre hospitalier. Quinze au Pôle-Santé Sud.

Deux ans d’attente

Le Dr Jean-Bernard Rottier : « Je n’ai pas de place avant le 7 janvier 2016. Et encore, vous auriez de la chance que je vous prenne. La plupart ed mes confrères de la Sarthe ne prennent plus de nouveaux patients. » En moyenne le délai d’attente sarthois est de neuf mois. Dans le sud du département (Château-du Loir) on raconte que l’ophtalmologue, désormais seul, fixe ses rendez-vous à vingt-quatre mois…

Comprendre ? « C’est mécanique. Le résultat de la réduction du numerus clausus dans les années 1990. En France 600 ophtalmologues de plus de 65 travaillent encore pour limiter les effets de cette pénurie. De 40 ophtalmologues dans la Sarthe on sera bientôt à une vingtaine.» Qui est responsable du numerus clausus des années 90 ? Comment remercie-t-on les plus de 65 ans de ne pas partir à la retraite ? On ne le saura pas.

Soixante consultations par jour

Au Mans le Dr Rottier en est à « 50-60 consultations par jour ». De 8 heures à 19 heures. Avec deux orthoptistes « qui font tous les examens » (coût : 15 000 euros par mois en salaires…). Parcours accéléré pour les patients connus du cabinet qui ne veulent qu’une ordonnance de renouvellement de lunettes. Selon l’ophtalmologue manceau la situation va empirer. Paris doit s’attendre au pire : 800 départs dans les dix ans contre vingt jeunes formés par an.

Et pendant ce temps on voir grandir, s’élargir et prospérer dans toutes les villes de France d’immenses espaces translucides : les opticiens sont là, tranquilles.

A demain

(1) Le cas du Dr Rottier illustre, dans Le Parisien/Aujourd’hui en France un ensemble consacré aux délais d’attente chez les médecins spécialistes : « Les vrais chiffres des délais d’attente ; une étude exclusive révèle qu’il est possible de décrocher rapidement une consultation chez un spécialistes. Grâce à Internet les patients ont accès à l’agenda de milliers de médecins. » Les vrais chiffres sont ceux de la « plate-forme en ligne de rendez-vous médical Keldoc » (sic).

Selon certaines informations les médecins souhaitant apparaître sur cette plate-forme française doivent payer environ 200 euros par mois. KelDoc a été créée il y a peu par Edouardo Ronzano. Avec  KelDoc  le médecin n’a plus à gérer son agenda « qui se remplit tout seul au gré des prises de rendez-vous des internautes ». Sans parler de la « fenêtre supplémentaire pouvant leur amener des patients ». Une fenêtre que Le Parisien va aider à ouvrir un peu plus. Au risque d’irriter les concurrents : Doctolib, Mon docteur, Rendezvous facile, Sansrdv etc.

3 réflexions sur “Les déserts médicaux et la jungle des plates-formes informatiques de rendez-vous médical

  1. Une solution, parmi d’autres sans doute, est de pouvoir accéder plus facilement aux orthoptistes, qui font un parfait diagnostic optique et peuvent faire des préconisations de correction que le médecin traitant transcrit sur une ordonnance pour remboursement.
    Les ophtalmologues s’occuperaient alors des pathologies plus complexes et des problématiques ophtalmologiques que leur adresseraient les orthoptistes. Cette pratique a été la mienne à Besançon dans le cadre d’une Maison de Santé Pluridisciplinaire. Elle l’est toujours aujourd’hui, à la satisfaction totale des patients qui disposent ainsi d’un professionnel qui prend son temps. Dans le cas présenté, 60 patients sur 11 heures de travail, ça fait 11 minutes par consultation, sans aucun temps de pause. Je veux bien que l’on appelle cela de la médecine, mais c’est une médecine d’abattage…qui n’est pas à l’abri d’erreurs.
    Le problème serait plutôt la résistance des ophtalmologues à cette procédure qui leur ferait perdre une partie de leur patientèle et donc un manque à gagner.
    Le corporatisme n’est jamais très loin des problèmes (réels) en médecine et ailleurs.

  2. https://medispo.fr/ Solutions en partage d’organisation…met à disposition gratuitement de tous les praticiens allodocteur.fr, qui permet à tout internaute de PRENDRE (si le PS utilise l’agenda allodocteur) ou DEMANDER un Rdv (donc mandater allodocteur.fr auprès d’un médecin qui ne connaît pas allodocteur.fr). et ce partout en France.

    Cas particulier de nos utilisateurs Ophtalmo avec ou sans orthoptistes : au lieu de payer une secrétaire à faire patienter de longues minutes des patients auxquels elle annoncera une mauvaise nouvelle, celle-ci se contente,au calme, de remplir l’agenda pour les patients en face à face, d’accepter ou refuser les rdv internautes qui reçoivent une notification immédiate, de contrôler que les relances automatiques ont bien atteint les patients . D’où une disponibilité plus grande pour la prise en charge des urgences vraies ou fausses. Une vie sans sonnerie de téléphone …sans attente angoissante pour le patient… Presque du service public…

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