Cigarette électronique : la publication norvégienne et le pâté aux alouettes, sauce médiatique

Bonjour

Depuis quelques jours plusieurs médias font état d’une-étude-norvégienne-qui-dit-que-pour-l’entourage-la-cigarette-électronique-d’être-aussi-dangereuse-que-la-cigarette-de-tabac-pour-l’entourage.

Nicotine dans le sang

Cette publication n’est pas une étude originale mais une revue de littérature scientifique émanant de l’Institut norvégien de la santé publique. Une revue dont on peut trouver ici un résumé (pdf) en anglais. « Health risks associated with the use of electronic cigarettes – Summary in English ».

« Les niveaux de nicotine ambiants en cas d’exposition passive à l’aérosol de cigarettes électroniques peuvent déboucher sur des niveaux de nicotine dans le sang à peu près aussi élevés que chez un fumeur passif de cigarettes classiques », résument les médias francophones.

Pas d’erreur.

Le texte d’origine dit effectivement : Nicotine levels in the environment from passive exposure to aerosols from e-cigarettes can result in similar high nicotine levels in the blood of a passive smoker of regular cigarettes. This means that similar harmful nicotine-related effects can be expected for passive exposure to ecigarettes as for regular cigarettes. This means that passive exposure to aerosol from ecigarettes may act on the cardiovascular system, have stimulatory effects and contribute to addiction”

Regrets

Bien évidemment il ne s’agit ici que des cigarettes électroniques dont les liquides contiennent de la nicotine. Pour l’essentiel les auteurs norvégiens reprennent une lecture plus que prudente des hypothétiques effets négatifs de l’usage de la cigarette électronique. Une lecture en trois points, faite de conditionnels et de regrets devant le manque d’études sur le sujet.

1 La cigarette électronique pourrait être une porte d’entrée des adolescents vers l’addiction à la nicotine.

2 Rien ne permet d’affirmer qu’il n’y aurait pas quelques dangers à utiliser la cigarette électronique durant de longue période

3 La cigarette électronique semble pouvoir aider les fumeurs à abandonner le tabac et donc à réduire les risques sanitaires (notamment les risques de cancer) mais d’est là un sujet qui n’est pas assez étudié (1).

Bernard Thibault et Laurent Fabius

Dans son infinie prudence et sur la base du même raisonnement  l’Organisation mondiale de la santé  avait, en août dernier, également  mis en garde contre les dangers de l’utilisation des cigarettes électroniques dans l’espace public. Une conclusion aussitôt dénoncée par plusieurs experts indépendants au nom de l’indispensable politique de réduction des risques.

Le rapport de l’institut norvégien admet  ainsi que les cigarettes électroniques contiennent infiniment moins de substances toxiques que les cigarettes de tabac et qu’elles peuvent être utiles pour sortir de l’addiction. Mais il met aussi valoir (sur le même plan ou presque) ces cigarettes ne sont pas sans risque pour l’utilisateur et que leurs effets sur la santé à long terme sont encore largement méconnus. Ce n’est plus l’histoire du doigt et de la lune mais bien celle du pâté aux alouettes, métaphore politique chère, dit-on, à Bernard Thibault et à Laurent Fabius.

Tolérance norvégienne

Le gouvernement norvégien, qui avait commandé l’étude, réfléchit aujourd’hui à une nouvelle réglementation pour combler un certain vide, de nature juridique. « La production, l’importation et la commercialisation de cigarettes électroniques à base de nicotine sont interdites dans ce pays scandinave, rapporte Le Monde. Mais il reste possible d’en acheter sur des sites internet étrangers et, contrairement au tabac, leur utilisation dans les lieux et les transports publics est tolérée. »

« L’Agence France Presse a choisi de rendre compte de la dernière ligne du dernier paragraphe d’un rapport norvégien et crée l’inquiétude dans l’entourage des vapoteurs » observe Nathalie Dunand  (« Vapotage passif : La nicotine incriminée dans un rapport des autorités norvégiennes ») sur le site http://www.ma-cigarette.fr/

Relecture suisse

Pour Jean-François Etter, professeur de santé publique à l’Université de Genève, (et spécialiste affûté sur ce sujet) on assiste ici à une amplification de la rumeur, dangereuse en termes de santé publique. Il l’explique de manière explicite Dans une interview accordée à Paris-Match.  C’est une lecture éclairante qui vaut d’être rapportée in extenso :

Paris Match : L’institut norvégien de santé publique vient de mettre en garde contre les dangers du vapotage passif. Au même titre que le tabagisme passif, il peut affecter le système cardiovasculaire, avoir des effets stimulants et créer une dépendance chez les individus.

Jean-François Etter : Ce n’est pas du tout ce que dit le rapport en question. On est face à un phénomène sociologique qui mérite une analyse en soi : la présentation des résultats des études, leur interprétation par les agences gouvernementales et les communiqués de presse qui s’ensuivent, puis le rapport qui en est fait dans les médias.

Que dit exactement cette étude ?

Il est important de préciser que ce n’est pas une étude mais une revue de littérature scientifique.  Et elle est plutôt rassurante. Elle rapporte que le risque de cancer lié à la cigarette électronique est négligeable, et que les risques en général sont faibles. Le risque lié au vapotage passif est évoqué dans un petit paragraphe et se base sur deux études seulement, l’une grecque, l’autre espagnole.

 La première se base sur sept non-fumeurs exposés, dans des conditions de laboratoire, à de la fumée passive et à de la vapeur passive. La deuxième, se base surcinq non-fumeurs vivant avec des vapoteurs, donc exposés au vapotage passif. Les auteurs de l’étude admettent eux-mêmes que les conditions ne sont pas du tout contrôlées puisque les gens étaient chez eux : on n’est pas certain que ces vapoteurs ou leurs conjoints ne fumaient pas aussi du tabac et on ne sait pas s’ils ont été exposés par ailleurs à de la fumée sur leur période de travail (au restaurant, par exemple). On se base donc sur seulement douze  personnes, dans des conditions de laboratoire qui ne reproduisent pas forcément les conditions de vie réelle, ou dans des conditions non contrôlées, pour conclure que le vapotage passif pose des risques et pourrait même conduire à l’addiction!

Une étude allemande vient de confirmer les recherches publiées ( ici et ) sur la toxicité cellulaire. Les Allemands reconnaissent que la vapeur de la cigarette électronique est bien moins toxique pour les cellules pulmonaires que la fumée de tabac. Question de bon sens : si c’est moins toxique que le tabac pour le vapoteur actif, peut-on penser qu’il en va de même pour le vapotage passif ?

– Oui, il en va de même. Evidemment !

Depuis hier, la couverture médiatique autour de ce rapport est alarmiste. Quelles conséquences sont à craindre pour la cigarette électronique ?

– C’est le phénomène d’amplification de la rumeur que l’on observe régulièrement. On a une couverture médiatique sélective qui ne prend qu’une phrase du rapport alors que l’ensemble est plutôt rassurant. C’est un phénomène intéressant mais c’est très négatif du point de vue de la santé publique parce qu’on est en train de couler une alternative au tabac. De plus en plus de personnes croient aujourd’hui que la cigarette électronique est tout aussi dangereuse que le tabac. On constate déjà en Angleterre un tassement du nombre des utilisateurs de cigarettes électroniques. Cela a aussi un impact sur le législateur. Ce n’est pas innocent car c’est maintenant que l’on planche sur les réglementations aux Etats-Unis et en Europe.

Pourquoi assiste-t-on aujourd’hui à une diabolisation de la cigarette électronique ?

– La notion de réduction des risques est soit rejetée par principe soit incomprise. C’est un peu l’idéologie absolutiste selon laquelle il ne faut pas consommer du tout le produit (la nicotine) et qu’il n’y a pas d’autre solution. Du coup, on met tous les produits au même niveau tant qu’ils contiennent de la nicotine.

Les patchs de nicotine, eux, n’ont pas été dénigrés…

– Parce qu’ils ont été prescrits par les médecins. Là, on a un produit où il y a une notion de plaisir liée à une substance addictive, la nicotine. Beaucoup de gens ne sont pas prêts à l’accepter, bien que rien ne prouve aujourd’hui que les jeunes non-fumeurs s’initient au tabagisme en passant par la cigarette électronique. C’est un débat de société important sur la place de la nicotine dans la loi. Cela va au-delà des données scientifiques, c’est un débat philosophique. »

Foie gras truffé

On ne saurait en rester là. On peut goûter le pâté aux alouettes en respectant le cheval. On recommandera tout particulièrement celui de Pithiviers. Pendant des siècles ils ont constitué l’une des gloires de cette ville située entre la Beauce et le Gâtinais.

Le pâté d’alouette de Pithiviers réclame des échalotes, une pâte feuilletée, un peu de thym frais et du foie gras truffé.

A demain

(1)For smokers who are unable to quit smoking, it must be assumed that a full transition to ecigarettes will incur a risk reduction, particularly with regards to cancer development. Until now there have been no independent data that document how smokers as a group switch to ecigarettes. It is therefore very uncertain to what extent the use of e-cigarettes, combined with regular smoking, will lead to reduced health risks

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