Scandale bio-éthique : le médecin français ment, le médecin français n’est pas transparent

Bonjour

C’est nouveau : Le Parisien deale avec Medscape France. L’édition du quotidien de ce 18 avril révèle (sur abonnement) ce que l’on devrait prochainement trouver sur le site du second. Mais que l’on peut d’ores et déjà consulter ici. Le propos est le suivant:

« Tout au long de leur carrière, les médecins sont amenés à prendre des décisions parfois difficiles.

• Quelle attitude adopter face au patient en fin de vie?
• Faut-il céder aux exigences des proches?
• Doit-on révéler toutes les erreurs médicales, même les plus bénignes?
• Rompre le secret médical pour protéger autrui ?

Plus de 4000 médecins de  quarante deux pays d’Europe ont répondu à un sondage de Medscape pour connaitre leur point de vue sur diverses situations en lien avec l’éthique médicale. Ce diaporama se focalise sur les réponses des médecins français, qui parfois, dans leur choix, se démarquent de leurs homologues européens et américains »

Ne pas toujours tout dire

L’Agence France Presse nous fournit une synthèse de la synthèse que Le Parisien fait des résultats de Medscape. D’où il ressort que « les médecins ne vous/nous disent pas toujours la vérité ».  De quoi s’agit-il ? Parmi les praticiens français, 43 % disent relativiser les risques d’une intervention chirurgicale ou d’un traitement au malade. À la question faut-il donner – ou non – du placebo à leurs patients, les médecins sont partagés. Seul un tiers admet le faire, et un quart répond que « cela dépend ».

Concernant l’erreur médicale  l’écart entre la France et les États-Unis est très net. Alors que 60 % des praticiens américains estiment qu’il est inacceptable de ne rien dire, 32 % de leurs homologues français préfèrent cacher une erreur médicale si elle ne porte pas préjudice au malade. Par ailleurs, dans le cas où celle-ci nuirait au patient, les médecins français sont 16 % à avouer qu’ils continueraient à cacher la vérité, contre 3 % aux États-Unis.

Toujours selon l’enquête, les Français semblent également plus attachés au secret médical que leurs confrères américains. « 66 % des praticiens outre-Atlantique se disent prêts à rompre le secret médical s’ils estiment que l’état de santé d’un patient peut nuire, par contagion ou contamination, à autrui. En Allemagne ils sont 53 %. En France, seulement 40 % » nous révèle Medscape France.

Messager du désespoir

On peut voir là une forme de scandale. Et certains le verront. Ils rappelleront que  depuis 2002, la loi Kouchner impose la transparence aux malades. Serait-ce si simple ?  Le médecin ne doit pas être « le messager du désespoir », fait valoir au Parisien le Dr Anne-Marie Merle-Béral, psychiatre, psychanalyste, ancien membre titulaire formateur de la Société Psychanalytique de Paris et de l’Institut psychosomatique de Paris, cofondatrice du Groupe toulousain de psychanalyse.

Protestant  et argent

Pourquoi cet écart entre la France et les États-Unis où seuls 10 % des médecins cacheraient une partie de la vérité à leurs patients ? Cet écart ne surprend pas Sylvie Fainzang, anthropologue bien connue dans le champ des pratiques médicales et auteure de précieux ouvrages. Selon elle, les raisons sont simples : protestante, la culture américaine réprouve le mensonge (et les praticiens redoutent plus que tout les conséquences financières des poursuites en justice).

Douce illusion

Scandale ou illusion ? Scandale à bon marché qui repose sur l’illusion d’une relation médecin-patient équivalente à la stricte relation marchande. Ou sur la naïveté tragique dans l’espérance d’une totale transparence. Sur la croyance qu’en disant tout (à commencer par l’incertitude) tout ira mieux. Sur le refus de comprendre que le pouvoir médical peut aider. Et que l’efficacité thérapeutique emprunte, aussi, parfois, aux plis du silence. Et que la guérison peut dépasser les seules paroles de la rencontre. Le confessionnal vertical, le divan horizontal avaient quelquefois des vertus que la raison ignorait.

Roublardise et Jouvet

On peut aussi voir les choses plus simplement. Dans Le Parisien le Dr Baptiste Beaulieu (généraliste remplaçant en région toulousaine par ailleurs bien connu du Club des médecins blogueurs et de nombreux lecteurs) ne craint pas de se qualifier de roublard.  

Ce n’est pas tout. Personne ne parle plus de Balint et de ses groupes mais Le Parisien  fait aussi état de l’intérêt que pourrait apporter  une approche du théâtre dans la formation médicale initiale. C’est le cas au CHU d’Angers. C’est aussi le cas à la faculté de médecine de Montpellier – avec des comédiens de l’Ecole supérieure d’art dramatique Louis-Jouvet.

Sans aller jusqu’à Dr House on peut penser que jouer Knock ne serait pas, pour les futurs médecins, sans intérêt. Même avec le tiers payant généralisé.

A demain

2 réflexions sur “Scandale bio-éthique : le médecin français ment, le médecin français n’est pas transparent

  1. Effectivement lorsque la « vérité » est trop violente, le diagnostic trop synonyme de décès à brève échéance être le le messager du désespoir parait peu éthique … Le médecin lui-même est un simple mortel .Je n’ai jamais oublié le film de Bunuel que j’ai vu étudiante où un patient frappait le médecin qui venait de lui annoncer qu’il avait un cancer

  2. En tant que médecin, je suis confronté tous les jours à ce genre de problèmes et cela n’est jamais simple de dire la vérité au patient, car elle renvoie presque toujours à une pulsion de mort souvent inconsciente de la part de ce patient, et pas toujours conscientisée de la par des soignants. Ce sont des phrases exprimées par ces patients comme « c’est la vieillesse, docteur?  » et bien d’autres encore, qui expriment ce que, en tant qu’être humain, comme le dit Elisabeth Des, nous partageons en tant que soignants. Ce partage dit et redit au cours des consultations est une des nombreuses richesse de notre fonction de médecin.
    Dr Philippe Colin

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