Les autorités de santé : «Faites-vous vacciner!». «Plus de vaccins !» disent les pharmaciens

Bonjour

C’était en octobre 2014. Marisol Touraine voulait « ouvrir la vaccination aux pharmaciens ». Pourquoi ? « Pour que plus de gens se vaccinent » avait a déclaré, déjà inoxydable,  la ministre de la Santé. C’était sur la chaîne i-télé. En mars dernier elle s’obstinait. Puis le bon sens (le « principe de réalité » des hautes sphères) s’imposa, comme il sait parfois le faire.

Maillon faible

Avril 2015 : Marisol Touraine incite les Français à avoir confiance dans la vaccination. Elle le fait à l’occasion de la « Semaine européenne » du même nom :

«  Depuis plusieurs années, on observe une baisse de la vaccination en France, comme dans l’ensemble des pays européens. La ministre marque notamment sa préoccupation face au taux de vaccination qui demeure faible parmi les personnes à risque et les personnes âgées. Dans ce contexte, Marisol Touraine  rappelle le rôle majeur de la vaccination pour se protéger et protéger les autres contre des maladies contagieuses, dont certaines sont particulièrement graves. La ministre tient à réaffirmer son engagement résolu en faveur d’une amélioration de la couverture vaccinale en France. »

La ministre de la Santé n’est pas la seule. L’Agence nationale de sécurité des médicaments est à ses côtés. Sans oublier l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Ce dernier observe même un frémissement de l’opinion française en faveur de l’immunisation : 79 % des Français (18-75 ans) se déclarent favorables à la vaccination contre 61% en 2010.

Tempo catastrophique

Seul problème : les vaccins manquent à l’appel. C’est un tempo assez catastrophique. La France, comme l’ensemble des pays européens, est confrontée à une pénurie sans précédent des principaux vaccins pédiatriques. Cette pénurie conduit l’Agence nationale de sécurité des médicaments à faire régulièrement le point sur la situation et à développer des stratégies pour pallier cette pénurie (on parle, officiellement, de «tensions d’approvisionnement» et de «ruptures de stocks»).

En pratique, cette situation génère de nombreuses incompréhensions. Lorsqu’ils ne peuvent pas délivrer les vaccins prescrits, les pharmaciens d’officine tentent, si leur stock le leur permet, de les remplacer par d’autres, plus ou moins similaires (en contactant si possible le médecin prescripteur). Lorsque ce n’est pas possible, ils conseillent à leur client de patienter ou de tenter leur chance dans une autre officine.

 Veiller au respect

La principale inquiétude des autorités sanitaires concerne les vaccins qui constituent la clef de voûte du calendrier vaccinal pédiatrique. Il faut ici faire la part entre les vaccinations qui sont obligatoires et celles qui sont simplement recommandées. Les seules vaccinations obligatoires sont celles contre la diphtérie et letétanos (primo vaccination avec rappel à 11 mois) ainsi que contre la poliomyélite (primo vaccination et rappels jusqu’à l’âge de 13 ans). Les personnes titulaires de l’autorité parentale«doivent veiller au respect de cette obligation».

Parmi les vaccinations recommandées figurent celles contre la coqueluche, la rubéole, larougeole, les oreillons, la varicelle, les infections invasives à Haemophilus influenzae Bà pneumocoqueà méningocoque C et les infections à papillomavirus humain (pour les jeunes filles entre 11 et 14 ans).

Valence coqueluche

En pratique, le choix entre l’obligation et la recommandation ne se pose pas, puisque la quasi-totalité des vaccins pédiatriques sont des vaccins «combinés»: ils contiennent plusieurs «valences», ce qui permet d’assurer la protection contre plusieurs infections et de réduire le nombre des injections et des consultations médicales. Pour l’heure, les tensions d’approvisionnement concernent plusieurs des vaccins contenant la valence «coqueluche». Il s’agit des vaccins indiqués dans la prévention conjointe de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche et de la poliomyélite: INFANRIXTETRA®  et TETRAVAC-ACELLULAIRE® (14 euros la dose).

Mais il s’agit aussi des vaccins indiqués dans la prévention conjointe de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de la poliomyélite et des infections invasives à Haemophilus influenzae type b (méningites, septicémies, cellulites, arthrites, épiglottites): INFANRIXQUINTA® et PENTAVAC® (26 euros la dose). Ces quatre vaccins ne sont produits que par deux multinationales: GlaxoSmithKline (GSK) et par Sanofi Pasteur MSD.

Grand dam

Un vaccin particulier n’est toutefois concerné par cette pénurie. Il s’agit de INFARIX HEXA®; un vaccin de GlaxoSmithKline, plus coûteux que les précédents (39 euros la dose) protecteur contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B, la poliomyélite et les infections à Haemophilus influenzae de type B. GSK prend bien soin de signaler précise qu’il «est disponible dans les pharmacies d’officine».  C’est en priorité ce vaccin qui est aujourd’hui proposé par les pharmaciens, au grand dam des parents qui ne veulent pas que leur enfant soit protégé contre l’hépatite virale de type B (1).

Face à cette situation de forte tension, la Direction générale de la Santé a modifié début mars la stratégie de vaccination des nourrissons, ce qui constitue un véritable bouleversement pour les pédiatres et les pharmaciens d’officine.

Cocooning

L’utilisation du vaccin coûteux INFANRIX HEXA® doit ainsi être privilégiée «pour préserver le stock de vaccins pentavalents dans des situations particulières».  Les rappels prévus à l’âge de 6 et 11-13 ans se font avec d’autres vaccins. Face à la coqueluche, la stratégie dite du  «cocooning» est toutefois maintenue (rappel des vaccination des adolescents et adultes dans l’entourage des nourrissons). Les doses disponibles des vaccins pentavalents (INFANRIXQUINTA® et PENTAVAC®) ne sont plus accessibles que dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) et les centres de vaccination.

L’autre situation critique concerne le vaccin BCG-SSI® (distribué par Sanofi Pasteur) tenu pour assurer une protection active contre la tuberculose. Ce vaccin doit être administré aux enfants «présentant un risque élevé de contracter une infection tuberculeuse».

Contingentement distributif

Là aussi, la situation de pénurie a conduit à une «distribution contingentée». Ce vaccin n’est désormais plus disponible qu’auprès des centres de PMI et des Centres de lutte antituberculeuse. Sanofi-Pasteur s’en est expliqué auprès des médecins et des pharmaciens dans un courrier daté du 12 mars. Sans toutefois préciser les raisons précises de ses «difficultés d’approvisionnement». Secret industriel oblige, aucune explication officielle n’est fournie. On fait état, en coulisse, «d’un problème de fermeture des flacons contenant les doses vaccinales». Dans la région parisienne, des responsables de ces centres expliquent être aujourd’hui confrontés à une très forte demande pour un vaccin dont l’efficacité est (depuis longtemps) fortement discutée.

La voix de Pasteur-Mérieux

Nous avons interrogé, pour Slate.fr, Philippe Juvin, pharmacien responsable de Sanofi Pasteur qui produit annuellement environ un milliard de doses vaccinales contre une vingtaine de maladies. Il explique:

 «Nous sommes désormais face à un fort accroissement de la demande mondiale concernant la vaccination contre la coqueluche, une augmentation de l’ordre de 50% en un an. Certains pays, émergents ou non, ont fait évoluer leur calendrier vaccinal  en ajoutant des doses de rappel de vaccins coquelucheux à différents âges de la vie.  En dépit de nos prévisions d’augmentation de production, cette situation s’est compliquée des difficultés rencontrées par GSK. Nous avons par ailleurs été confrontés à des problèmes d’ajustement de contrôle de qualité, problèmes en cours de règlement et qui n’ont jamais eu d’incidence sur la qualité et la sécurité de notre production. 

 Il faut savoir que la production de vaccins coquelucheux dits “acellulaires” est à la fois longue et complexe. A la différence de la plupart des médicaments, les vaccins sont des produits biologiques, ce qui peut entraîner des variabilités dans la production et avoir des impacts notables les rendements. Ceci explique que les tests de contrôle qualité occupent une place prépondérante dans la production des vaccins. Celle du vaccin contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite dure dix-huit mois et comporte plus de cent-soixante tests de qualité.»

 L’écho de GSK

Les explications de Sanofi Pasteur sont très largement partagées par la direction médicale de GSK France. Elle aussi reconnaît être confrontée à «des tensions croissantes d’approvisionnement au niveau mondial» sur les vaccins coquelucheux «acellulaires».

«Les capacités actuelles de production mondiale des différents industriels ne permettent pas de répondre complètement à l’évolution rapide de cette demande», ajoute la firme qui ne confirme pas être confrontée à un problème spécifique de production. «Il est difficile de prévoir avec certitude une date de retour à une situation normale. Nous travaillons activement à la résolution de cette situation. Nous vous tiendrons informés dès que nous aurons plus d’éléments», ajoute la direction médicale.

Big Vaccin

Cette situation sans précédent est éclairante  à bien des égards. Elle vient notamment rappeler l’étroite dépendance des autorités sanitaires nationales vis-à-vis des  grands producteurs mondiaux de vaccins. La complexité de la fabrication et des contrôles, associée à la concentration de ces producteurs, confère à cette industrie une dimension stratégique de toute première importance, équivalente par certains aspects aux industries d’armement.

C’est le cas aujourd’hui avec la situation de pénurie comme ce fut le cas en 2009, quand cette industrie a été sollicitée, en urgence, pour lutter préventivement et à l’échelon mondial contre la pandémie grippale due au virus H1N1. C’est là une situation à très haut risque dont les dirigeants de l’Union européenne ne semblent nullement s’inquiéter.

A demain

(1) Pour des raisons non précisées l’équivalent  hexavalent de Sanofi Pasteur MSD (aujourd’hui commercialisé en Allemagne) ne l’est pas (encore) en France.

Ce texte reprend une chronique parue sur Slate.fr

4 réflexions sur “Les autorités de santé : «Faites-vous vacciner!». «Plus de vaccins !» disent les pharmaciens

  1. Bonjour,
    Merci pour ce billet mais à ma connaissance, le vaccin contre la varicelle ne fait pas partie des recommandations.
    Par ailleurs, l’information divulguée par le ministère de la santé sur les PMI est fausse, les centres de PMI n’ont pas accès à une filière spécifique de production de vaccins,
    Cordialement

      • Merci pour votre réponse et votre rapidité à répondre. Je suis sans doute insistant et veuillez m’en excuser par avance. J’ai peut-être mal compris votre formulation, mais elle laisse penser tout comme le site que vous référencez dans votre réponse que la vaccination contre la varicelle fait partie des recommandations générales. Le calendrier des recommandations vaccinales publié début 2015 et consultable sur le site du ministère de la santé précise bien qu’il ne s’agit pas d’une vaccination recommandée en population générale mais d’une recommandation particulière. Il y a tellement de confusion en ce moment autour des vaccinations que la nuance me semble importante à pointer.
        Quant à la PMI, je peux vous affirmer que bien qu’elle semble incluse dans la stratégie ministérielle, premièrement elle n’a pas été concertée, mais surtout elle n’est pas armée pour lutter contre cette pénurie. Les vaccins « quinta » ou « penta » qui ne se touvent plus en pharmacie, à l’hopital, chez les médecins généralistes ou spécialistes, ne se trouvent pas ou quasiment plus dans les centres de PMI qui ont les mêmes fournisseurs que tout le monde. Je ne sais pas ce qu’il en est en revanche des centres de vaccinations.
        Merci en tout cas pour cet échange.
        Confraternellement.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s