Nouveau phylloxéra : José Bové réclame un embargo sur les végétaux étrangers pouvant contaminer la France

Bonjour

Répétons-nous : l’heure est grave et le grand public n’a pas encore pris la mesure de la menace qui touche le sud du Vieux Continent :  Xylella fastidiosa de la sous-espèce « pauca ». Une bactérie dont certaines souches sont responsables de maladies mortelles pour «  au moins une dizaine de plantes d’intérêt commercial ». Dont les oliviers comme on peut le voir ici en Italie. L’affaire n’a pas été véritablement traitée à la hauteur de la menace végétale et économique qu’elle représente.

Potentiellement explosif

En France le ministère de l’Agriculture, quoique conscient du danger n’a pas (encore) véritablement communiqué sur le sujet. C’est un dossier encore diplomatiquement trop brûlant pour que l’on puisse bâtir un dossier de presse. C’est aussi un sujet scientifiquement complexe, potentiellement explosif, comportant de multiples inconnues scientifiques concernant le pathogène bactérien mais aussi et surtout ses insectes vecteurs. C’est, enfin, une impasse thérapeutique : les plantes précieuses touchées (pour l’heure les oliviers mais la vigne pourrait être atteinte)  doivent être abattues et tuées. Aucune médication en vue sans parler des interdits écologiques croissants concernant les traitements phytosanitaires.

Le relatif silence médiatique ne doit pas faire illusion : l’Europe, en coulisse, est sous pression. Demain, à  Bruxelles, se tient la réunion du « Comité permanent des végétaux et des animaux » (SCoPAFF ). Paris réclamera le développement de tests diagnostiques harmonisés pour dépister au plus vite l’infection et abattre an amont. Paris réclamera aussi une harmonisation des procédures d’abattage et d’incinération – autant de mots qui ne sont pas sans rappeler l’affaire de la « vache folle ». Avec les mêmes combats bilatéraux. Cette fois ce n’est plus « Paris contre Londres » mais « Paris contre Rome » : la France interdit depuis le début de ce mois d’avril les importations de « végétaux sensibles » en provenance des pays et régions contaminées (celle des Pouilles notamment).  En France on s’inquiète pour la Corse.

Quatre plants de caféiers contaminés à Rungis

Le ministère français de l’Agriculture ne parle guère à la presse mais la chef du service chargé de la santé des végétaux a consenti à parler au Journal du Dimanche (Marie Nicot) de ce 26 avril : plus de 200 agents mobilisés… contrôle et prélèvements dans les pépinières et les exploitations agricoles…inspecteurs aux trente-deux points d’entrées des végétaux dans les ports et aéroports…

Où l’on apprend, incidemment, que le 24 avril un laboratoire de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anaes) avait diagnostiqué la bactérie pathogène dans quatre plants de caféiers importés du Honduras via les Pays-Bas avant de transiter  par le marché de Rungis. Pourquoi l’Anaes garde-t-elle le silence ? On peut ici se féliciter de la pertinence de la surveillance. On peut aussi imaginer que cette surveillance ne peut tout diagnostiquer…

La voix de Bové

Dans ce silence une voix bien connue vient de s’élever : celle du député européen et leader du monde paysan, José Bové. Il s’est emparé du dossier En visite, samedi 25 avril, sur le domaine viticole d’Antoine Arena à Patrimoniu, il a rencontré les agriculteurs et les élus de Femu a Corsica. Il a qualifié la situation de « grave » et il « appelle à la mobilisation pour faire pression sur l’Europe et les Etats ».  Il a déclaré à Corse Net Infos (Nicole Mari) que la seule issue est d’interdire toutes les entrées de végétaux, de changer radicalement le système des pépinières et de prendre des mesures immédiates et concrètes. Les propos de José Bové ne sont pas, cette fois, sans intérêts. Extraits :

« C’est une « peste végétale » parce qu’il n’y a aucun moyen de traitement, ni sur les insectes, ni sur les arbres ! A partir du moment où la bactérie atteint les arbres, la situation devient irréversible. On peut toujours tailler les branches du haut pour essayer de freiner la progression, mais, une fois que l’arbre est mort, on n’a plus d’autre choix que de le couper. C’est absolument terrifiant ! Les quatre souches de la Xylella peuvent toucher plus de 300 variétés de végétaux, des plantes ornementales jusqu’à la luzerne ! La souche, qui a été identifiée, peut infecter 39 végétaux. Avec la vigne, l’olivier, les agrumes, c’est tout le patrimoine méditerranéen qui est atteint. Du jamais vu !

Le seul parallèle, que l’on peut faire dans la mémoire paysanne, est l’épisode du phylloxéra quand la vigne a été totalement anéantie. Là, c’est pire, vu la multiplicité des végétaux à risque ! La situation est excessivement grave. 

Blinder l’ensemble des importations

Il faut agir à plusieurs niveaux. Le premier est de mettre en place une protection européenne  pour blinder l’ensemble des importations des pays tiers de l’Europe. Il faut une protection et une vérification de tous les plants qui arrivent des pays à risques. Si un plan de caféier contaminé n’avait pas, dernièrement, été repéré à Rungis, on n’aurait pas su où il partait ! Tous les pays européens doivent prendre cette responsabilité collective. 
Ensuite, il faut agir autour de la zone des Pouilles pour empêcher que la bactérie évolue vers d’autres régions d’Italie ou soit exportée vers d’autres secteurs. La Corse est directement menacée, mais aussi la Sardaigne, la Sicile, la Grèce, la Toscane… 
Insecticides sans intérêt

 Enfermer la bactérie au niveau des Pouilles ?  C’est très difficile, d’une complexité folle ! Les insectes volent, rentrent dans les camions, les voitures… Comme ils sont polyphages, on ne sait pas, aujourd’hui, les neutraliser. Les insecticides ne servent à rien ! Les autorités italiennes ont déjà dépensé de l’argent et tenté de mettre des zones tampons, mais la bactérie avance et atteint de nouveaux foyers. L’Italie doit aller beaucoup plus loin dans la protection. 

Il faut protéger un territoire comme la Corse qui a l’avantage d’être une île. Théoriquement, ce que l’on est capable de faire sur une île comme l’Australie, qui interdit toute entrée de végétaux, peut être fait en Corse qui est une passoire ! Cette semaine encore, des vendeurs de plants d’oliviers ou d’autres végétaux, venant d’Italie, ont été repérés sur les bords des routes. Les vendeurs ont nié la provenance, mais l’administration a identifié les plants. Des gros oliviers sont arrivés, récemment, par bateau dans le port de Bastia… Aujourd’hui, la protection de la Corse n’est pas assurée ! Les autorités préfectorales doivent assumer leurs responsabilités.

Verrouiller les entrées

Il faut verrouiller les entrées ! Ne garder qu’un seul port d’entrée pour les végétaux, si on n’est pas capable de surveiller tous les ports. Et, détruire tous les végétaux qui arrivent ailleurs. Avec la saison touristique, il faudra, aussi, sur les ferries, renforcer les contrôles des importations et informer en amont les passagers qui transportent, en toute bonne foi, des plantes. Ces mesures sont une urgence absolue ! Si elles ne sont pas prises, le risque est inqualifiable ! 

Il faut bannir les pépinières à ciel ouvert ! Et opter pour des pépinières en serre à double porte où les plants seront en milieu isolé. L’idée est de reconstruire un capital végétal de substitution. Depuis l’attaque sur les orangers et une autre maladie, le Brésil, depuis 1993, a voté une loi qui interdit toute pépinière en plein air. Il faut mettre ce système en place dans tous les territoires qui possèdent ces variétés à risque, cela relève, à la fois, de la responsabilité de l’Union européenne et des Etats. Il faut agir en amont, avant que la catastrophe n’arrive ! 

Le contrôle des ports ou le blocus peut se faire, tout de suite, par un arrêté préfectoral. La France peut prendre des mesures supplémentaires, plus fortes que les premières préconisations de l’Europe. Il lui suffit de les signaler à Bruxelles. »

Où l’on  songe, une nouvelle fois, à la dynamique conflictuelle de la vache folle. Et à ce qui en résulta.

A demain

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