Crash de Germanwings : la première lecture, toute militaire, des travaux médico-légaux

Bonjour

On ne connaît peut-être pas assez, en dehors des armées,  le titre « Actu santé » trimestriel d’actualités du service de santé des armées (SSA). On peut le lire ici, avec le bruit des pages feuilletées. Le prochain numéro aura pour dossier thématique Ebola : l’action du SSA depuis Bégin jusqu’en Guinée (1).

Il comporte aussi un papier d’actualité intitulé « Catastrophe aérienne de la Germanwings » (MP (R) Stéphane Malbranque IRCGN ).  C’est un style que l’on a généralement tendance à oublier :

Le plateau criminalistique

«  Dès l’annonce, le 24 mars dernier, du crash de l’A320 près de Seyne-les-Alpes (04), le Procureur de la République de Marseille confie à la Gendarmerie nationale toute la charge de l’enquête. Pour l’identification des victimes, c’est l’Unité de Gendarmerie d’Identification des Victimes de Catastrophe (UGIVC) qui est à l’œuvre. Constituée d’une quinzaine de médecins et de dentistes d’active et de réserve du SSA, tous ces légistes et experts judiciaires pour la majorité d’entre eux, opèrent dans cette unité depuis plusieurs années et sur tous les accidents collectifs à travers le monde.

Un élément précurseur, constitué d’une dizaine de personnels, est héliporté trois heures après le drame, par les Pumas de la base de Villacoublay. Il entreprend, par hélitreuillage et encordé par les « chamoniards » du P.G.H.M., une évaluation complète de la catastrophe. La mise en place du plateau criminalistique de crise (PCC) et l’arrivée de renforts permettent aux premiers corps d’être relevés dans l’après-midi puis d’être examinés avec recueils de leur ADN et de leurs empreintes et/ ou éléments dentaires, quand cela est possible.

Psychologique et physique

Durant les cinq jours suivants, l’examen de très nombreux fragments s’effectue de la même façon (treuillages puis évacuations héliportées) ce qui rend ce travail, déjà particulièrement difficile sur le plan psychologique, encore plus ardu sur le plan physique. Plus de 400 prélèvements biologiques quotidiens sont opérés pour atteindre, le 5 avril, le résultat tant attendu du 150ème  ADN différencié, après avoir accompli près de 3000 prélévements sur le 5ème  des éléments humains relevés et anatomiquement encore identifiables.

Pour autant, cette mission n’est pas finie. En effet, dans le même temps au sein du laboratoire de l’IRCGN à Pontoise est constituée une autre équipe (dite ante-mortem), chargée de recueillir toutes les données médico-odontologiques du vivant des victimes, auprès de leur famille et de leurs médecins et/ou dentistes traitants.

Autant que faire se peut

L’objectif : soutenir sans doute possible, les éléments de comparaisons afin de pouvoir affirmer les identités lors de la future commission internationale d’identification. Dès lors, les fragments de chaque corps, scellés et conservés à -20°C sous haute surveillance, pourront être réunis puis mis en bière avec tout le respect et la dignité dus à ces victimes et à leur famille. Si la mission principale de l’UGIVC réside dans l’identification la plus rapide et la plus exhaustive possible des victimes d’un accident collectif, sa motivation essentielle est d’atténuer autant que faire se peut, la douloureuse attente des familles endeuillées. »

Précision, retenue, professionnalisme. Point n’est besoin d’en dire plus, mais il est juste et bon que cela soit dit.

Toxicologie du copilote

Ce travail n’est pas fini. On indiquait il y a quelques jours, de bonne source, que les procédures d’identification des éléments corporels des cent cinquante victimes n’étaient pas entièrement parachevées. Quand cette tâche sera accomplie Brice Robin, procureur de la  République de Marseille chargé de l’enquête, réunira une commission qui validera l’ensemble du travail effectué et qui permettra de délivrer les certificats de décès. Ce n’est qu’après cette étape que les restes des victimes pourront être rendus à leurs proches.

Et ce ne sera sans doute que beaucoup plus tard que l’on connaîtra les résultats toxicologiques pratiqués sur les restes du corps d’Andreas Lubitz.

A demain

(1) L’épidémie ouest-africaine d’Ebola n’est pas terminée mais elle a totalement disparu des médias généralistes français. A noter : un colloque international sur ce thème qui se tiendra à l’Institut Pasteur de Paris, les 28 et 29 mai en présence du Pr Peter Piot, co-découvreur du virus.

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