« 40 000 euros » de notes de taxi ! Que s’est-il passé, à cet instant, au fond de notre cerveau ?

Bonjour

Angela Sirigu est une « neuroscientifique ». Elle est aussi directrice de recherche (CNRS-université Lyon-I)). Elle tient régulièrement tribune dans le vénérable supplément Sciences/Médecine du Monde. Mme Siguru se fait une curieuse idée de sa participation à l’édification vulgarisée des foules. « Je m’abstiens en général de puiser le thème de cette chronique dans l’actualité » confesse-t-elle dans le quotidien vespéral daté du 6 mai. C’est curieux et bien dommage comme elle le démontre elle-même dans les lignes qui suivent cet aveu.

Irrésistible

« Il était difficile de résister, au vu d’un récent emballement médiatique, à l’envie d’évoquer une notion paradoxale élaborée par les anthropologues et les économistes » écrit-elle. Nous même n’avions pas résisté : « Un cas spectaculaire d’allergie aux transports publics :  40 000 euros dépensés en frais de taxi ». Nous étions alors dans la soirée du 27  avril. Mme Sirugu prenait à sa manière (sur Lemonde.fr) de l’appétit des foules citoyennes pour les fabuleuses notes de taxi de Agnès Saal, la future ancienne  PDG de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Là où nous voyions une allergie, voisine de la phobie administrative d’un éphémère ministre socialiste, la directrice de recherche du CNRS plonge dans les structures cérébrales humaines. Pas celles de la dispendieuse voyageuse mais bien dans celles de ceux et celles qui « ont éprouvé le besoin de publier un commentaire indigné, ironique ou désabusé », celles et ceux « qui se sont aussi félicités de la punition ministérielle infligée dès le lendemain ». Extrait :

Punition par tiers interposé

« Pourquoi autant de réactions sur une affaire finalement assez banale ? Ce mouvement collectif spontané illustre merveilleusement la punition par tiers interposé, dite  » altruiste  » et considérée par certains comme une des clés du succès de notre espèce, dont la survie repose largement sur les échanges sociaux. En effet, si l’évolution des sociétés humaines a pu en partie être poussée par la coopération entre individus génétiquement proches ou par une motivation utilitariste (le gain personnel), ce serait plutôt la punition altruiste qui aurait favorisé la réciprocité forte et la constitution de groupes sociaux à grande échelle. »

Suivent des considérations sur le caractère contradictoire de la coopération comme comportement émergent de la punition (la crainte de la punition agirait comme levier dissuasif d’infraction aux normes sociales – ce qui aura été inopérant chez Mme Saal). Suivent aussi des éléments de réponse issus de la « neuro-économie » et des « expériences d’échanges monétaires » (Ernst Fehr ; université de Zurich). Il faut ici plonger « au sein d’un réseau cérébral impliquant l’amygdale et l’insula antérieure qui sont associées aux affects négatifs, à l’empathie, ainsi que dans une région (le cortex cingulaire) qui joue un rôle-clé dans les processus de contrôle et de détection de conflit ». Ce n’est pas tout :

Iniquité et sérotonine

« La punition altruiste engendre quant à elle une satisfaction dont les corrélats cérébraux se traduisent par la réduction du niveau d’activité dans ces structures et l’activation d’un autre réseau situé dans les ganglions de la base et associé à la récompense. D’autres données, obtenues par l’équipe de Trevor Robbins, à l’université de Cambridge, montrent qu’une baisse provoquée du niveau de sérotonine, un messager chimique présent dans ces structures, diminue le seuil de tolérance à l’iniquité et favorise le recours à la punition altruiste. »

Mme Sirugi conclut : « Je suis certaine que, pour les commentateurs d’un soir, ça allait beaucoup mieux en le disant. » Tenons-nous le pour dit. Remercions Fleur Pellerin, ministre de la Culture qui a publiquement (et très rapidement) puni Agnès Saal. Mieux encore: n’oublions pas de payer les chauffeurs de tous nos taxis.

A demain

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