Spermatozoïdes humains créés in vitro : le mutisme scientifique avant la tempête éthique ?

Bonjour

C’est une « première mondiale » qui reste à prouver. Et c’est un formidable sujet journalistique dont la presse généraliste hésite encore à s’emparer. Aujourd’hui, 8 mai, c’est Le Figaro (Pauline Fréour) qui s’y risque.  Avec les précautions d’usage et sans parvenir à lever un brouillard savamment entretenu depuis Lyon.

Nous avons déjà rapporté, le 6 mai, cette étrange annonce d’une « première mondiale » auto-claironnée. Des chercheurs français de la société lyonnaise Kallistem affirment être parvenus à créer in vitro des spermatozoïdes humains matures à partir de cellules situées bien en amont dans la cascade de la genèse spermatique – et ce à partir de ponctions testiculaires. Un nouveau créneau dans le marché plus que porteur de la thérapeutique de la stérilité masculine.

Récoltes de fonds

Mais encore ? Kallistem ne répond pas aux demandes qui lui sont faites. Silence d’autant plus troublant que l’on ne dispose ici d’aucune publication scientifique, les médias contactés ne semblant utile qu’à récolter des fonds. Un service de presse extérieur à la société répond  en substance qu’il faudra ici savoir prendre son mal en patience. Une histoire de brevet.

Le Figaro est quant à lui parvenu à franchir le barrage et à joindre Isabelle Cuoc. Mme Cuoc est  la PDG de Kallistem. Et voici la réponse de la PDG : « L’équipe scientifique des Drs Marie-Hélène Perrard et Philippe Durand est la seule à avoir mis au point un bioréacteur qui permet de réaliser une spermatogénèse in vitro totale à partir de tissu testiculaire prélevé par biopsie, un processus extrêmement complexe qui prend 72 jours».

Brevet à venir

Elle annonce aussi la publication, le 23 juin, « du brevet sur le procédé ». Brevet déjà nommé Artistem® , une thérapie cellulaire qui bénéficiera aux hommes qui ont des cellules souches germinales mais qui ne produisent pas de spermatozoïdes. Soit certains enfants pré-pubères (soumis à des traitements gonado-toxiques ; opérés suite à une cryptorchidie bilatérale ; atteints de drépanocytose sévère nécessitant une greffe de moelle osseuse). Soit  les hommes adultes atteints d’une azoospermie non obstructive liée à une déficience somatique (hommes ne produisent pas de spermatozoïdes mais ‘’possédant’’ des cellules souches germinales).

« Nous avons obtenu, sur la base du prélèvement de quelques millimètres cubes de tissu testiculaire, assez de spermatozoïdes pour donner naissance à un enfant par fécondation in vitro» assure au Figaro Mme Cuoc, sans plus de précisions. Une « phase clinique » est prévue « pour 2017 » avec ces néo-spermatozoïdes utilisés spermatozoïdes pour des fécondations in vitro. Cette phase sera « précédée de tests précliniques visant à vérifier le bon état des spermatozoïdes, notamment sur le plan génétique, mais aussi épigénétique ».

Saisir le Comité d’éthique

«Nous respecterons toutes les contraintes réglementaires», insiste Isabelle Cuoc qui vise l’infertilité des 120 000 Français atteints d’azoospermie non obstructive. Quelles contraintes réglementaires ? Et qui des considérations éthiques (créer un enfant avec un spermatozoïde expérimental…) ? La ministre de la Santé va-t-elle saisir le Comité national d’éthique? Est-ce déjà fait ? Sinon pourquoi attendre ?

Les spécialistes français interrogés reconnaissent généralement  la qualité professionnelle de l’équipe « Perrard- Durand ». Le Figaro cite un travail d’experts belges et néerlandais publié dans Human Reproduction qui fait la synthèse des travaux menés sur ce thème à travers le monde chez l’animal. Les auteurs concluent en ces termes : “Before potential clinical use, the societal and ethical implications of artificial gametes should be reflected on”.

Israël Nisand

Cet appel à la prudence ne semble pas troubler Mme Cuoc :  «Nos recherches ne sont pas concurrentes. D’abord parce qu’elles s’adressent à des pathologies différentes, en l’occurrence, pour eux, des hommes n’ayant pas du tout de cellules germinales, et parce que leurs techniques n’aboutissent pas encore au stade définitif du spermatozoïde. En ce sens, le procédé Artistem® pourrait les aider à aboutir à une forme mature de gamète.»

Il y a vingt ans des allégations françaises associées une publication dans The New England Journal of Medicine n’avaient pas permis d’ouvrir un véritable débat et l’affaire couve toujours dans les milieux de la procréation médicalement assistée comme l’a montré il y a peu un précieux documentaire télévisé [« Le divorce des pères » (Olivier Lamour) de la série Duels de France 5 ] consacré à Jacques Testart et René Frydman.

Aujourd’hui c’est au Pr Israël Nisand (CHU de Strasbourg) de prendre la parole sur l’affaire Kalistem. C’est assez court : « Cela ne me pose pas de problème éthique » dit-il au Figaro. Cette forte personnalité sera-t-elle contredite ? On peut le penser. On peut aussi l’espérer.

A demain.

Une réflexion sur “Spermatozoïdes humains créés in vitro : le mutisme scientifique avant la tempête éthique ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s