GPA: pour le Dr Olivennes, Onfray, Bové, Agacinski et Roudy ne sont que des «réactionnaires»

Bonjour

C’était écrit. En ouvrant ses colonnes à un tir de bazooka international contre ce nouvel esclavage qu’est le marché de la « grossesse pour autrui » (GPA) Libération ne tarderait guère à donner la parole aux partisans, intellectuels ou pas, d’une pratique qui ne leur semble nullement contraire à l’éthique. Il y eut d’abord  la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval qui, sur le site du quotidien, publia un argumentaire assez déstructuré, comme écrit en urgence, sous le coup d’une émotion non maîtrisée.

Altruismes

Dans son édition papier de ce 15 mai l’édition papier de Libé reprend ce texte, auquel il associe un entretien avec le Dr François Olivennes (propos recueillis par Virginie Ballet) et une présentation du contexte (Catherine Mallaval). Le tout s’appelle : « GPA : la parole est à la défense ».

La « défense de la GPA » ? En 2015 les  intellectuels français sont nettement moins nombreux à l’assumer  qu’il y a quelques années. Le développement du marché des « mères porteuses » dans les pays les plus défavorisés ruine les rêves d’altruisme féministe étranger à toute forme de dimension financière. Ce qui n’interdit évidemment pas les fougues du militantisme.

Féministes et altermondialistes

Libération cite ainsi « l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens  et ses consœurs, mais aussi des familles d’hétéros privées d’un utérus accueillant à qui la gestation pour autrui a permis de devenir parents ». Dans l’autre camp « des associations tel le CoRP (Collectif pour le respect de la personne, qui réunit des chercheurs et universitaires) et des personnalités aux convictions féministes, et pour certaines altermondialistes (Sylviane Agacinski, Yvette Roudy, José Bové, Michel Onfray…) ». Ils sont proches d’autres mouvements internationaux, comme celui de la journaliste et activiste féministe Kajsa Ekis Ekman) ou l’organisation américaine « Center For Bioethics and Culture ». Tous rappellent que cette pratique se fonde de manière quasi-exclusive  sur «l’exploitation des femmes les plus démunies».

Moyens et la fin

Le quotidien observe aussi, avec raison, que la dernière tribune des anti-GPA s’égare quelque peu quand elle grossit le trait sur les risques médicaux liés à la pratique.  La fin justifie-t-elle les moyens ?  Où est ici la vérité ? Libération l’a demandé au Dr François Olivennes, « spécialiste des traitements de l’infertilité » et « plus qu’agacé par cette tribune ». Ce médecin « démonte les arguments brandis »

Le Dr Olivennes ? Après avoir exercé au sein de l’hôpital public (Antoine-Béclère, Cochin) le Dr Olivennes est installé depuis 2006 en libéral,  au « centre Eylau La Muette » de Paris où il est coordonnateur du centre de fécondation in vitro.

Extraits :

« Quelque chose m’intrigue dans l’acharnement des anti-GPA en France, proportionnellement au problème que cela représente dans notre pays, où cette pratique est interdite. Il y a une sorte d’acharnement, de délire autour de la question. Des centaines de migrants meurent chaque année, et on n’interpelle pas autant le gouvernement. Si la GPA est une cause nationale, qu’on nous dise combien de gens sont réellement concernés. On est face à une frange d’intellectuels français réacs qui, inlassablement, remuent ciel et terre pour une poignée de cas. »

Les risques médicaux liés à la GPA ?

« Cette rhétorique n’a pas de fondement scientifique. C’est un tissu de mensonges et d’aberrations. On met en avant un catalogue de risques, mais qui sont liés à la grossesse, aux antécédents de la femme ou à son âge. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun risque, mais les présenter de cette manière est une arnaque. Il n’y a aucune raison que les GPA soient plus dangereuses que les autres grossesses. Les risques d’hypertension, par exemple, sont très faibles et il est important de souligner qu’un bilan préalable permet de dépister les facteurs de danger chez la femme, puis de les prendre en charge.

Ménopause avancée

Ces grossesses sont suivies, on ne parle tout de même pas de femmes qui accouchent dans la jungle. Pour ce qui est des décès, on ne peut pas dire qu’il n’y a jamais de mort de la mère en couche, mais il n’y en a pas plus que pour une grossesse normale. En quinze ans de carrière, j’ai dû voir mourir trois femmes. On parle de risques infinitésimaux. Quant à la torsion ovarienne [rotation de l’ovaire sur le cordon qui le relie à l’utérus et qui peut bloquer sa vascularisation, ndlr], la probabilité est de moins de 1%. Il faut aussi souligner que les traitements de stimulation ovarienne, pratiqués sur des centaines de femmes sur la planète dans le cadre de fécondations in vitro, sont très surveillés et n’avancent pas l’âge de la ménopause, contrairement à ce que prétendent les anti. »

Existe-t-il des études ?

Non, et c’est d’ailleurs le point faible des partisans de la GPA. Des travaux sont en cours aux Etats-Unis, mais nous n’avons pas encore de recul. Il n’existe pas de données sur le devenir des femmes porteuses et des enfants, mais pas non plus d’études qui permettent d’avancer toutes ces horreurs. La naissance avant terme des bébés nés de GPA ou les malformations, tout cela n’a jamais été prouvé scientifiquement. »

Vendre des enfants

Pour le Dr Olivennes on ne peut pas mettre « dans le même sac » les « couples homosexuels », les » pauvres femmes esclavagisées en Inde » et une forme de « GPA altruiste ». Ce spécialiste du centre « Eylau La Muette » « défend les cas de couples où les ovaires de la femme sont fonctionnels et où c’est un embryon composé des gamètes du couple qui est implanté chez la mère porteuse ». Il est choqué, en revanche, par « les pratiques mercantiles, l’exploitation, les usines à bébés ». Choqué ?

Il reste à comprendre pourquoi le Dr Olivennes qualifie de « réacs » la « frange d’intellectuels français » qui « inlassablement » dénonce cette nouvelle forme d’esclavage. Un esclavage qui voit des femmes pauvres louer leur corps pour donner la vie à des enfants vendus avant de naître.

A demain

6 réflexions sur “GPA: pour le Dr Olivennes, Onfray, Bové, Agacinski et Roudy ne sont que des «réactionnaires»

  1. tout d’abord le dr olivennes c’est Francois et non Denis!!
    Je les traite de reacs car ils contestent a une femme le choix d’aider une autre femme de façon altruiste. Cela existe, j’en ai rencontré! Ces « intello » souvent de gauche entendent reglementer la vie des autres au pretexte que leur sens moral serait la verité unique de maniere fascisante. Une femme adulte peut, libre et informée, decider d’aider un couple a procrer. Qu’y a t il de si choquant? Qu’ils aillent combattre en Inde. En France cette pratique est marginale. Quelques dizaines de couples au maximum. Mobilisons nous pour des causes prioritaires au lieu de cette occupation mediatique incessante qui semble surtout motivée par un gout a l’autopromotion.

    • Merci pour votre commentaire. Il mériterait d’assez longs développements. Un mot toutefois: veut-on « réglementer la vie des autres » quand on ne fait que réclamer l’application, dans son pays,de la loi qui y prévaut ? Est-ce être « réac » que de combattre ce que l’on perçoit comme une nouvelle pratique esclavagiste ?
      Cordialement

    • « Ces « intello » souvent de gauche entendent reglementer la vie des autres »;

      Et la GPA, n’est-ce pas une manière de réglementer la vie du futur enfant? Lire l’excellent article d’Anne Schaub (GPA, préjudice de taille pour le bébé..

      • Bien sur que si vous avez parfaitement raison.
        La GPA et toutes ses pratiques seront les nouvelles règles de vie, des lois qui viendront gérer, régler la vie de nos petits enfants.
        Ce sera trop tard pour parlementer et ne pas accepter ces pratiques.
        Elles seront gérées par la finance internationale… comme est géré actuellement la vie des gens de nos sociétés riches et pauvres.
        Bonne journée

  2. Vous écrivez : « La « défense de la GPA » ? En 2015 les intellectuels français sont nettement moins nombreux à l’assumer qu’il y a quelques années. Le développement du marché des « mères porteuses » dans les pays les plus défavorisés ruine les rêves d’altruisme féministe étranger à toute forme de dimension financière. Ce qui n’interdit évidemment pas les fougues du militantisme. »

    Ces deux informations m’ont tout l’impression de ne reposer sur rien.

    Pour les intellectuels pro-GPA qui seraient peu-nombreux :
    http://www.liberation.fr/societe/2014/12/16/gestation-pour-autrui-2-000-enfants-sans-etat-civil-reconnu_1164970

    Et puis qualifier les anti-GPA d’intellectuels de gauche, c’est un double mensonge. Nombre des signataires sont issus d’organisation religieuses et/ou militent contre toute forme d’AMP, de contraception, d’avortement ou même encore contre l’éducation sexuelle à l’école. Cette pétition est d’ailleurs initialisée par le CBC qui est financé par la fondation Ramsey, un milliardaire chrétien fondamentaliste. Pas vraiment à gauche tout ça…

    Quant au développement de la GPA dans les pays les plus défavorisés, pouvez-vous nous fournir des éléments factuels qui démontreraient qu’ils occultent la croissance continue de la GPA aux USA, au Canada ou en Angleterre attestées par les chiffres des registres de l’AMP ou des jugements en parenté ? Car avec les lois très restrictives mises en place en Inde ou en Thaïlande par exemple, c’est exactement le phénomène inverse de votre affirmation auquel on assiste. La lecture de quelques faits divers ne suffit pas pour avoir une vision exhaustive du phénomène de la GPA.

  3. Et si les intellectuels ne voulaient tout simplement pas donner de l’importance à ce que vous appelez un tir de bazooka mais qui n’est un qu’un brûlot peu crédible contre l’assistance à la médicale à la procréation ? Car écrire un article pour faire une critique de cet appel, ce serai une forme de reconnaissance ou encore se mettre sur le même plan. Or il n’échappera à personne que les 160 signataires ont mis leur nom au bas d’un texte incantatoire sans aucune démonstration ni preuve. Et dont les affirmations apocalyptiques ne visent pas que la GPA mais toutes les techniques d’AMP. Et pas un professionnel du monde médical ne l’a signé, y compris ceux qui étaient pourtant habitués à associer leur nom à toutes les tribunes possibles pour critiquer la GPA comme les Pr Frydman ou Debré par exemple. N’est-ce pas significatif ? Ce tir de bazooka se saborde lui-même sans qu’il soit nécessaire de pointer ses faiblesses.

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