Cigarette électronique et cancer : la réponse du berger Addiction à la bergère Nouvelle Angleterre

Bonjour

En janvier dernier les médias s’enflammaient : une nouvelle étude accablait la cigarette électronique accusée d’être « cancéreuse ». Réalisée par des chercheurs de l’Université d’Etat de Portland » elle avait été publiée dans la dernière édition du New England Journal of Medicine (NEJM). A la vérité il s’agissait d’une simple « correspondance » adressée à la prestigieuse revue – un courrier qui n’a pas le rang d’une publication.  Cette lettre était titrée « Hidden Formaldehyde in E-Cigarette Aerosols ». On la trouvera ici. Elle avait aussitôt été médiatisée par l’université où travaillent les auteurs, comme on peut le voir ici.

Petits voltages

Le formaldéhyde, donc – une question aussi vieille que la cigarette électronique. Les six signataires de Portland  avaient été fortement repris dans les médias d’information générale. Ils  expliquaient  que dans certains cas la combustion des e-liquides des e-cigarettes peut produire du formaldéhyde. Ils nous disaient aussi que selon leurs travaux cette substance ne se forme pas lorsque la cigarette électronique fonctionne à faible voltage (3,3 volts). Que le formaldéhyde  apparaît lorsque le e-liquide est chauffé à une puissance plus importante (5 volts). A cette puissance, le taux de formaldéhyde fabriqué est alors largement plus élevé (de cinq à quinze fois) que ceux trouvés avec la combustion des cigarettes conventionnelles.

 Steak carbonisé

« Il semble qu’ils ont testé du dry puffing, des bouffées sans liquides, qu’aucun vapoteur n’inhale, nous avait pour sa part expliqué le Pr Jean-François Etter (université de Genève),expert international du sujet.  Comme dit mon collègue  Konstantinos Farsalinos, c’est comme carboniser un steak et ensuite tester s’il y a des substances cancérigènes. Mais personne ne mangera jamais ce steak. »

Quatre mois plus tard c’est, précisément, à Konstantinos Farsalinos  de reprendre le la scientifique. Il vient de publier ses derniers résultats dans « Addiction ». Et il confirme que les cigarettes électroniques ne produisent des aldéhydes cancérigènes que lors des « dry puff », soit lorsque la quantité restante de liquide est insuffisante pour alimenter l’atomiseur.

Atomiseur

« Ce phénomène peut survenir quand le réservoir est vide, ou lorsqu’un atomiseur trop puissant vaporise plus de liquide que n’en contient la mèche de la cigarette. Faute de liquide, la température de l’atomiseur peut alors monter jusqu’à 300 °C, ce qui augmente le dégagement d’aldéhydes » précise Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). Les chercheurs ont comparé deux dispositifs, dont l’un était modifié pour rendre impossible l’apparition de bouffées sèches (double mèche évitant la surchauffe). Des « vapoteurs expérimentés », procédaient à des aspirations de quatre secondes avec des atomiseurs de puissances variables (6,5 W, 7,5 W, 9 W et 10 W). Les vapoteurs ont signalé des bouffées sèches à 9 et 10 W avec la cigarette à simple mèche, et n’en ont connu aucune avec le dispositif à double mèche. »

Peu vraisemblable

Le Quotidien ajoute que l’analyse montrait qu’en temps normal, les vapeurs du dispositif à simple mèche (dispositif du commerce) contenaient moins d’aldéhydes que celles du dispositif à double mèche et seulement à des puissances de 6,5 W et 7,5 W (jusqu’à 3,7 µg de formaldéhyde, 0,8 µg d’acétaldéhyde et 1,3 µg d’acroléine toutes les dix aspirations). Dans le dispositif à double mèche, des quantités d’aldéhydes étaient repérables quelle que soit la puissance utilisée : jusqu’à 11,3 µg de formaldéhyde, 4,5 µg d’acétaldéhyde et 1,0 µg d’acroléine toutes les dix aspirations. « Toutes ces quantités sont inférieures à celles relevées dans la fumée de cigarette, précisent les auteurs. Les cigarettes électroniques ne produisent de hauts niveaux d’aldéhydes que lors des bouffées sèches. Lors d’une utilisation normale, les émissions restent minimales, y compris avec les dispositifs de nouvelle génération. »

Les auteurs d’Addiction estiment peu vraisemblable  qu’une exposition à des hauts niveaux d’aldéhyde pendant les courtes périodes de bouffées sèches ait un impact significatif sur la santé.

Que fait l’Inserm ?

Aldéhyde et formaldéhyde… bouffées sèches… simple et double mèches…  concentrations d’acétaldéhyde… acroléine toutes les dix aspirations…  Faut-il vraiment se passionner pour tant et tant de détails techniques ? Bien évidemment. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette révolution des volutes que de voir celles et ceux qui cherchent à se libérer du tabac décortiquer l’outil de leur affranchissement. Et l’intérêt est d’autant plus grand que tout ceci se fait dans le plus grand désintérêt des organismes officiels.

Il faudra bien un jour que l’Inserm réponde à la question : qu’aura-t-il fait, in fine, sur ce qui apparaît comme l’un des principaux sujets de santé publique de notre époque. D’ailleurs pourquoi attendre : la question est ici posée. Nous la transférons, ce 22 mai 2015, au service de presse de cet Institut en charge de la santé et de la recherche médicale.  Dossier à surveiller désormais sur ce blog, comme jadis le lait sur le feu.

A demain

2 réflexions sur “Cigarette électronique et cancer : la réponse du berger Addiction à la bergère Nouvelle Angleterre

  1. Merci pour cette lecture précise et commentée, moins ardue pour le commun des vapoteurs.

    A propos « d’autorités de santé », maintenant que chacune des allégations de santé (PG/VG, nicotine, métaux, arômes effectivement utilisés, augmentation du tabagisme) largement médiatisée sont avérées erronées, à la fois par les faits et la science exercée avec compétence, où sont les campagnes de promotion de la cigarette électronique par ces autorités ? Où sont les articles d’excuse et de promotion par chacune des associations et organismes de prévention ou de lutte contre le tabagisme qui se sont fait l’écho de ces dangers imaginaires et par là-même de fausses informations de santé au public ? Où est la note de l’INRS indiquant aux entreprises que ses préconisations sont erronées et que l’affirmation d’une responsabilité de l’employeur nécessitant son interdiction sur le lieu de travail est totalement infondée et doit donc être revue au plus vite ?

    Chaque fumeur qui continue, reprend ou commence à fumer sans être parfaitement conscient et donc informé que la cigarette électronique est une alternative ne présentant pas les dangers du tabac est de la responsabilité de ces autorités… Le projet de loi de santé puis l’application de la TPD si elles sont passées en loi mettront directement l’état dans une position de responsabilité à cet égard… à moins que le paquet neutre ne soit couvert d’une publicité pour la cigarette électronique ?

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