Dépakine® et Mediator®: un expert mis en examen est-il, encore et toujours, un expert ?

Bonjour

Bernard Rouveix est-il abonné au Figaro ? Dans son édition datée du 25 mai ce quotidien lui consacre (sous la signature de Anne Jouan) un papier dont les médias ont parfois le secret.

« Le TGI de Paris vient de désigner Bernard Rouveix, mis en cause en 2013 dans l’affaire Mediator pour prise illégale d’intérêt. Il sera en charge de l’expertise de deux enfants nés handicapés après que leur mère a pris de la Dépakine pendant ses grossesses » peut-on lire aujourd’hui. Il y a quelques jours le même Figaro s’intéressait à la Dépakine ®.Une affaire de plainte déposée auprès du procureur de la République par une famille  dont les deux enfants (nés en 1999 et en 2002) souffrent de malformations. Leur mère, souffrant d’épilepsie depuis l’âge de 6 ans prend comme traitement du valproate de sodium (Dépakine ®) commercialisé par le goupe Sanofi.

Le Figaro :

« Pendant ses deux grossesses, elle a pris ce médicament, sans que jamais le corps médical ne lui parle des effets secondaires. Les deux enfants sont nés avec un spina bifida occulta (…). Ce n’est qu’en 2009 que Mme X.  a compris le lien entre les handicaps de ses enfants et la prise de son antiépileptique durant sa grossesse. Le lien a été confirmé par un généticien deux ans plus tard. Ayant le sentiment ‘’d’assister à un viol dans le métro sans que personne n’intervienne’’, elle décide de créer l’Apesac, une association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant. Née en 2011, l’association revendique aujourd’hui 300  membres représentant 500 enfants touchés. »

Comment passe-t-on ici de la Dépakine® au Médiator® ? Par l’intermédiaire de Bernard Rouveix qui, selon Le Figaro, a été désigné comme expert le 12 mai dernier par le tribunal de grande instance de Parisdans le cadre d’une expertise civile concernant la Dépakine ®. C’est notamment à lui que reviendra la mission d’expertiser les deux enfants handicapés après que leur mère a pris de la Dépakine pendant ses grossesses. « Or ce dernier a été mis en examen le 17 juillet 2013 dans l’affaire du Mediator pour prise illégale d’intérêts » rappelle  le quotidien.

Portrait d’une sommité

Le Figaro brosse un portrait de Bernard Rouveix, 69 ans, une sommité:

« Professeur de pharmacologie, ancien directeur à Bichat et professeur à Cochin. ‘’J’ai formé 40.000 médecins au bon usage du médicament’’, dit-il crânement aux juges d’instruction en 2013. Parallèlement, il a exercé à l’Agence du médicament (ex-Afssaps), comme membre de la commission de la publicité puis comme suppléant à la commission d’autorisation de mise sur le marché  jusqu’en 2010. Il a siégé à la Haute Autorité de Santé comme rapporteur à la commission de la transparence. Il est toujours expert auprès de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam).

Association humanitaire

En 2000, il rencontre Marlène May Garnier, une ancienne salariée de Servier qui a créé Cris, une entreprise de conseil pour l’industrie pharmaceutique. Entre 2004 et 2008, il facture plus de 66.000 euros dont 27.548 euros pour des prestations sur le Mediator et le Locabiotal de Servier. Mais ce n’est pas tout. En 2007, Cris lui demande, ‘’vu que j’avais assisté aux débats à l’Afssaps sur le sujet’’ (sic), son avis sur le Mediator. Il fait ce travail ‘’avec d’autant plus d’intérêt que j’ai été témoin pendant dix ans de tous les discours de ce qu’il se passait à la commission d’autorisation de mise sur le marché’’. (…) Selon les enquêteurs, ses relations avec l’industrie pharmaceutique l’ont aussi aidé à financer Kinkeliba, une association humanitaire qui intervient en Afrique et dont il a participé à la création. Servier a versé 30.000 euros sur quatre ans à Kinkeliba. Aux policiers qui lui font remarquer que cette aide est arrivée après sa note sur le Mediator, Bernard Rouveix répond: ‘’Cela n’a rien à voir’’ ». Nous ne sommes plus dans le même registre.

Le miracle et l’enquête

La question soulevée n’est pas sans intérêt : la justice peut-elle commettre comme expert un expert qu’elle vient de mettre en examen dans le même champ de compétence ? A partir de quelles frontières la présomption d’innocence ne joue-t-elle plus ? Où l’on retrouve l’expert, le célèbre expert, sur le grill médiatique.

Celles et ceux que ces questions intéressent prendront connaissance, avec grand intérêt, de la préface d’un ouvrage par ailleurs redoutablement passionnant édité par le Presses Universitaires de France.  La préface est signée de Robert Damien, professeur émérite au département de philosophie de l’Université Paris Ouest. Elle est consacrée à l’expert, cet « hybride en situation instable ». L’ouvrage est de Laetitia Ogorzelec-Guinchard et a pour titre «  Le miracle et l’enquête. Les guérisons inexpliquées à l’épreuve de la médecine ». Nous sommes ici à Lourdes.

Que fera M. Rouveix ?

A demain

Une réflexion sur “Dépakine® et Mediator®: un expert mis en examen est-il, encore et toujours, un expert ?

  1. En effet ! voilà 6 mois que je me pose exactement cette question…  » un expert mis en examen par la justice est-il encore un vrai expert ? est -il encore neutre et impartial, crédible ? dès lors que de grandes zones d’ombre apparaissent concernant ces rapports avec les laboratoires pharmaceutique misent en cause ? quelle crédibilité accorder aux rapports d’expertise établis par celui-ci ? quelle confiance enfin accorder à l’ONIAM et aux CRCI qui continuent de le mandater pour des missions d’expertise ? Très sincèrement, pour avoir tester ce recours…. aucune !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s