Mort après un «record»: 56 verres d’alcool fort. Un «drame de la vie» dit l’avocat du bar, «Le Starter»

Bonjour

Renaud Prudhomme, 56 ans. Il avait avalé successivement 56 (petits) verres d’alcool dit « fort ». Cela s’appelle  des «shooters». Un «shooter» par année de présence sur Terre, en somme. Et en un temps éclair. C’est bien simple, Renaud avait battu le record du bar. Un bar bien connu dans le centre de Clermont-Ferrand : Le Starter, rue Sainte-Claire. Le record était battu : à inscrire sur le planchot de l’établissement. Dans certains bars c’est l’ardoise qui fait la loi. Surtout chez les Auvergnats.

Quoi qu’il en coûte

Les 56 shooters ont-ils été officialisés ? Le match a tourné vinaigre. Renaud Prudhomme est mort. C’était le 25 octobre dernier. Aujourd’hui 27 mai le patron du Starter, Gilles Crépin, était jugé par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand. Poursuivi pour «homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité et de prudence». Un tenancier ne sert pas, quoi qu’il lui en coûte, les personnes explicitement ivres dans son débit de boisson.

Les faits avaient été rappelés lors de l’audience du 4 mai dernier. A commencer par l’ivresse plus que manifeste du client. Il passait la soirée avec sa fille et des amis. Devant les dégâts il avait été raccompagné à son domicile – avant d’être pris en charge par les pompiers et le SAMU. Renaud Prudhomme, 56 ans, entre 110 et 120 kilos, mourra le lendemain au CHU de Clermont-Ferrand. On ne sait pas si une autopsie scientifique a été pratiquée, pas plus que l’on connaît les antécédents de ce patient de bar.

Clémence préfectorale

Fin octobre La Montagne revenait sur le sujet :

« Contrairement à ce que préconisait un rapport de police remis au préfet du Puy-de-Dôme jeudi matin, le bar « Le Starter », situé rue Sainte-Claire à Clermont-Ferrand, ne fera pas l’objet d’une fermeture administrative immédiate. Les services de l’Etat ont opté pour la prudence.

« Nous avons analysé la situation et estimé que nous ne pouvions plus agir sous le régime de l’urgence, justifie Thierry Suquet, le secrétaire général de la préfecture. Cette procédure doit répondre à des conditions bien précises. Elle est justifiée et inattaquable si elle permet de faire cesser un trouble existant à l’ordre public. Dans l’hypothèse où d’autres incidents graves auraient été recensés cette semaine dans le même bar, nous aurions pu agir tout de suite. Or, a priori, il n’y a pas eu de faits nouveaux. Nous allons donc opter pour une procédure classique ».

Concours alcoolisés

En clair : le bar reste sous la menace d’une fermeture dans les jours ou les semaines à venir. Dès lundi, le gérant se verra notifier les conclusions du rapport des services de police. Il aura alors la possibilité de se défendre et de faire valoir ses arguments. C’est à l’issue de ce débat contradictoire que le préfet tranchera.

« Nous sommes bien conscients que des concours alcoolisés comme ceux-là constituent une menace directe pour la santé, précise Thierry Suquet. Notre volonté est désormais de “bétonner” la procédure, mais aussi d’agir le plus vite possible ». »

Exemple inconscient

Il y a sept mois Gilles Crépin  avait servi 56 «shooters» d’alcool. Coma éthylique mortel. Aujourd’hui Gilles Crépin  a été condamné à quatre mois de prison (avec sursis) et à un an d’interdiction de servir au Starter. Gilles Crépin est défendu par Me Renaud Portejoie. Et Me Portejoie a  aussitôt annoncé son intention de faire appel de ce jugement. Il faut entendre les arguments de cet avocat. «C’est une décision guidée par l’émotion et par la volonté inconsciente de faire un exemple», a –t-il déclaré à l’AFP Me Renaud Portejoie, qui avait plaidé la relaxe.

A la barre du tribunal, le gérant du Starter avait admis avoir commis avoir commis une erreur  à propos de l’ardoise. Une erreur avec mort d’homme ? On peut émettre l’hypothèse que le concept ici revisité du record a galvanisé la future victime bien décidée, dans son ivresse, à aller tours plus loin. Une erreur, peut-être, une responsabilité certainement pas. « Il nie toute responsabilité dans ce drame», a publiquement déclaré  Me Portejoie. Selon lui Renaud Prudhomme est mort parce qu’il avait certes trop bu d’alcool («à la demande expresse de sa fille») mais aussi parce qu’il avait des «problèmes respiratoires» et qu’il a fait une «fausse route».

Certificat médical

«On ne peut pas demander à chaque client à qui l’on sert de l’alcool son certificat médical. C’est impossible», a ajouté l’avocat qui voit dans cette décision «une dérive de l’État-pénitence, qui recherche des responsabilités pour tous les drames de la vie».

Un mort qui a fait « fausse route », un Etat devenu pénitence, 56 « shooters » transmutés en « drame de la vie ». Il n’y a que les avocats pour oser cela. Les juges d’appel diront ce qu’ils retiennent de la plaidoirie de Me Portejoie. Pour l’heure, sur FaceBook, certains réclament la fermeture définitive du Starter.

A demain

Une réflexion sur “Mort après un «record»: 56 verres d’alcool fort. Un «drame de la vie» dit l’avocat du bar, «Le Starter»

  1. Et si on parlait du déni des médecins généralistes – voire leur incompétence – à traiter cette maladie ?

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