Affaire Vincent Lambert : les chefs de l’Eglise catholique choisissent de ne pas partir en guerre

Bonjour

Et l’Eglise, dans tout cela ? Elle parle, aujourd’hui 8 juin, et c’est dans La Croix. Elle parle par la voix de Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Conférence des évêques de France (propos recueillis par Loup Besmond de Senneville). Et force d’observer que le drapeau blanc est levé.

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme équivalent à la mort annoncé de Vincent Lambert ?  « Nous sommes ici dans une affaire qui ne traite pas de l’euthanasie en général, mais d’une personne humaine qui s’appelle Vincent Lambert ». La Cour européenne des droits de l’homme ? Sa fonction  est de juger en droit, « pas de qualifier des faits d’un point de vue éthique ». Les juges de Strasbourg ? Ils n’ont fait que « juger de la conformité de la décision du Conseil d’État avec l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme ».

Alimentation artificielle

Ce qui retient l’attention des évêques de France alors ? Le fait que cette décision intervient au moment où le Sénat examine à nouveau le texte « Claeys-Leonetti » sur la fin de vie. « Or, les débats en cours, notamment à la commission des affaires sociales du Sénat, sur la manière de considérer l’alimentation artificielle prouvent que nous sommes là en présence d’un sujet éminemment complexe ».

Pour le reste, la généralisation de l’arrêt des soins pour des personnes se trouvant dans le même état que Vincent Lambert, « la Cour ne dit pas qu’il faut cesser les soins de toutes les personnes en état pauci-relationnel, ou ‘’d’éveil sans réponse’’. « Attention à ne pas déduire de l’arrêt de la CEDH des conséquences qui n’y sont pas, prévient Mgr Olivier Ribadeau-Dumas. Dans ce type de cas, le médecin a une responsabilité essentielle, ainsi que la famille du patient, qui est consultée par le corps médical. Cet arrêt ne livre pas de conclusions générales sur la fin de vie. »

Voix dissonantes

Pour résumer la position de l’Eglise catholique, les personnes qui, en France, sont en état végétatif chronique ou de « conscience minimale » (soit entre 1500 et 1700 personnes), ne sont pas directement concernées par la décision de la CEDH. La Croix observe toutefois qu’il existe en son sein des positions dissonantes Comme celle du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et grand utilisateur de Twitter. Celle, aussi, de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne : « Aujourd’hui en Europe, douze individus ont voté la mort d’une personne handicapée. Et demain? ».

« C’est une décision extrêmement grave, un très mauvais signal pour les personnes les plus vulnérables, qui ne sont plus conscientes d’elles-mêmes, considère ainsi le Dr Bernard Jeanblanc, à la tête d’une unité accueillant des patients en état végétatif, à Strasbourg. Certes, on ne va pas arrêter demain l’alimentation et l’hydratation des 1 500 patients dans ce cas, mais c’est une brèche et des dérives sont possibles. » Point de vue partagé, toujours dans La Croix (Marine Lamoureux) par Tugdual Derville, porte-parole de l’association Alliance Vita :

« L’arrêt de la CEDH insécurise la situation des personnes cérébro-lésées. Une société se doit de protéger les plus faibles et de rappeler que tout être humain mérite le respect. Or là, que fait-on? On envoie un message symbolique très fort, disant qu’il y a des “sous-vies” que l’on peut interrompre. Une digue vient de sauter. Si ces vies ne valent pas la peine d’être vécues, peu à peu, on ne fera plus de place à ces patients: moins de services financés, des soignants dénigrés, etc. »

Assurances médicales

A l’opposé de ces craintes, les certitudes du médecin et député (UMP, Alpes-Maritimes) Jean Leonetti :

« Toute décision d’arrêt de traitement se fait au cas par cas et l’arrêt de la CEDH ne peut en aucun cas être généralisé. À cet égard, l’arrêt du Conseil d’État du 24 juin 2014 est très clair: ‘’Pour décider d’un éventuel arrêt d’alimentation et d’hydratation artificielles d’un patient en état végétatif, écrit la haute juridiction, le médecin doit se fonder sur un ensemble d’éléments dont le poids respectif ne peut être prédéterminé et dépend des circonstances particulières et de la situation singulière propres à chaque patient.’’ Parmi eux, les données médicales ‘’analysées collégialement’’, la volonté antérieurement exprimée par le patient, l’avis de la personne de confiance, etc. »

Rassurante également le Dr Brigitte Soudrie, chef de pôle à l’Hôpital Marin de Hendaye, qui a la charge de patients lourdement handicapés ou atteints de maladies neurologiques rares :

« L’arrêt de la CEDH est une décision rassurante, car elle permet de maintenir l’équilibre indispensable entre le droit à la vie et le refus de l’acharnement thérapeutique, un équilibre au cœur de la loi de 2005. Une décision contraire aurait fait peser une menace grave, selon elle, en cautionnant l’acharnement thérapeutique. Lorsque les facultés cognitives d’un patient sont détruites et qu’il se trouve réduit à une vie biologique, le risque, en prolongeant ses traitements, c’est de créer une situation monstrueuse pour le malade lui-même et pour ses proches. Quand j’entends dire que la décision de la CEDH est une menace pour les personnes en état végétatif ou lourdement handicapées, je suis scandalisée.»

Impasses

Sans oublier la voix éclairante du Pr Louis Puybasset, responsable de l’unité de neuroréanimation chirurgicale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, membre du groupe de réflexion éthique de la société SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs).

« C’est la médecine qui crée ces états de vie végétative, ils n’existent pas dans la nature. A l’avenir, tout l’enjeu est de pouvoir pronostiquer le mieux possible et dans un délai raisonnable l’avenir neurologique des patients en réanimation, pour ne pas créer de situations d’impasse. »

Ce sera, pour aujourd’hui, le mot de la fin.

A demain

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