« Prescrire » à nouveau vertement accusé, l’affaire du Motilium® va-t-elle finir sur le pré ?

Bonjour

Bernard Bégaud est pharmacologue à Bordeaux. Il ne lui déplaît pas d’écrire dans les journaux. Dans Le Monde du 10 juin il signe une tribune où il revient sur l’affaire du Motilium® (dompéridone ). C’est un sujet incontestablement intéressant que nous avons pour notre part  traité à plusieurs reprises dans les colonnes de ce blog. Le sujet pourrait aussi commencer à irriter les accusés.

Retrait immédiat

Bernard Bégaud redit dans un premier temps ce qui est connu :

1 Les médicaments contre la nausée et les vomissements fortement dosés en dompéridone ont été retirés du marché français en septembre  2014 tandis que  les formes plus faiblement dosées ont fait l’objet de restriction d’indications. Des décisions motivées par des risques de trouble du rythme cardiaque.

2 Le mensuel Prescrire a engagé un combat contre ce principe actif et réclame son retrait immédiat du marché depuis plusieurs années. Dans son numéro de février  2014, Prescrire présentait une estimation du nombre de morts subites attribuables en France en  2012 à la dompéridone.

« Il ne s’agit pas d’un décompte mais d’une modélisation statistique, précise Bernard Bégaud. La revue Prescrire avançait, sur la base d’environ trois   millions de personnes de plus de 18  ans et non atteintes d’un cancer (critères considérés par les études étrangères sur le risque lié à la dompéridone) ayant utilisé le produit en  2012, une fourchette de 25 à 120 morts subites attribuables (soit un risque de 8,3 à 40 par million de personnes traitées). Sur cette base, Prescrire estimait ‘’qu’il n’y a aucune raison de laisser la dompéridone sur le marché « . Certains experts avaient, à l’époque, soulevé le fait qu’il aurait été cohérent de faire le même calcul pour les concurrents de la dompéridone et avaient mis en doute la crédibilité de l’estimation, non validée par des experts extérieurs (principe du peer reviewing ou analyse critique par des pairs, imposée à toute revue scientifique). »

3 Requête satisfaite avec la publication de l’étude, toujours non comparative, sous une forme différente dans le numéro de mai dernier de la revue Pharmacœpidemiology and Drug Safety. L’estimation est cette fois de 231 morts attribuables en France à la dompéridone en  2012.

Parvenir à ses fins

« Sans ouvrir le débat de la validité du calcul, une telle précision, reprise telle quelle par nombre de médias français, ne peut qu’étonner » écrit encore Bernard Bégaud qui apporte une démonstration assez frappante de nature à laisser penser que les auteurs (dont le responsable de la rédaction de Prescrire) ont délibérément joué avec les chiffres et les variables pour parvenir à leurs fins démonstratives. C’est là une sortie d’autantplus étonnante qu’il semblait que l’Agence nationale de sécurité du médicament avait choisi de ne plus répondre aux attaques de l’influent Prescrire.

Extrait : «  S’agissant d’un effet cardiaque, de surcroît  » dose-dépendant « , la période à risque correspond à celle du traitement majorée du temps nécessaire pour que les concentrations sanguines de dompéridone diminuent jusqu’à perdre tout effet ; deux jours semblant ici suffisants. Les auteurs ont considéré que chaque personne traitée en France présentait un risque cardiaque augmenté durant 37 jours. Cette estimation, extrapolée à partir d’une étude menée dans la province canadienne de la Saskatchewan, paraît inexplicablement haute si l’on considère les indications et le mode d’utilisation du produit, mais aussi le fait que nombre de personnes ne consomment pas tout ce qui leur a été prescrit.

Dans son estimation initiale, Prescrire s’était fondée sur une durée moyenne de traitement de deux semaines et remarquait que 80  % des utilisateurs de dompéridone ne bénéficiaient que d’une seule prescription. Considérer 14 jours et non 37, en conservant les valeurs des autres paramètres, fait passer l’estimation du nombre de morts de 231 à 88. (…). Quelle serait la réaction des médias si un sondeur annonçait en  2015, sur la base d’un taux d’abstention observé au Canada, que le vainqueur de la prochaine élection présidentielle française l’emporterait avec 51,27  % des suffrages sans que l’on connaisse ni les scores ni les noms de ses concurrents ? »

Nausées

Voilà qui, au final et pour rester dans le champ de la courtoisie, est d’une très grande sévérité. En d’autres temps on aurait vu là un affront qui réclamait une explication sur le pré. Ces temps ne sont plus. On pourrait imaginer, désormais que, loin de ce combat stérile, les deux camps unissent leurs efforts pour résoudre la seule question qui vaille : en finir avec la surconsommation de dompéridone dans l’Hexagone. Souffrons-nous à ce point de nausées et d’envies de vomir ? Et si tel est le cas, pourquoi ?

A demain

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