Mediator et Big Pharma : le Dr Irène Frachon n’a pas toujours été la sainte que l’on connaît

Bonjour

C’est l’entretien à lire dans Le Monde daté du 13 juin (supplément Culture & Idées). Celui accordé par le Dr Irène Frachon « la pneumologue de Brest à l’origine des révélations sur le scandale du Mediator » (1). Irène Frachon : une forme d’icône qui ne cache pas être disciple d’Albert Schweitzer. Et un entretien (propos recueillis par Emeline Cazi) qui montre que les choses sont souvent nettement plus compliquées que certains le souhaiteraient.

Celles et ceux qui ont suivi les entrelacs de l’affaire du Mediator croient généralement tout savoir du Dr Frachon. Une affaire  « qui a levé le voile sur les relations troubles entre médecins, -experts et industrie ». C’est, on le sait, une affaire éminemment complexe – une affaire dont la complexité pousse, paradoxalement, à la simplification. Une vieielle règle. Le Diable d’un côté… les novices de l’autre…. Puis la révélation …la lumière faite sur les turpitudes et les compromissions… Puis le silence…

Entretien enrichissant

Dans cet entretien éclairant Irène Frachon reprend, bien évidemment, le discours qu’elle tient haut et fort dans les médias depuis près de cinq ans. Comment pourrait-elle faire autrement ? Pour autant elle le complète, apporte des nuances, éclaire d’un jour nouveau le parcours qui a précédé ses « révélations ». Et c’est plus qu’enrichissant. Nous sortons, enfin, de la bande dessinée, du noir et blanc, de l’histoire pour rassurer les petits enfants.

Extraits :

« J’apparais comme  » très propre « , mais je ne l’ai pas toujours été. Ma chance est d’avoir été formée, dans les années 1990, à l’hôpital Foch – à Suresnes, Hauts-de-Seine – , par la professeure Isabelle Caubarrère. Dans son service, il y avait cette règle absolue : les visiteurs médicaux n’avaient pas le droit d’entrer en contact avec les étudiants ou les médecins. Il n’y avait ni petits-déjeuners ni réunions d’équipe sponsorisées par les labos. C’est elle qui les -recevait le samedi, sur rendez-vous, point. »

Dr KOL

« Entre 2000 et 2009, je suis même devenue une mini-KOL – key opinion leader – , comme on dit, une  » leader d’opinion « . Je suis spécialiste d’une maladie orpheline, l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), pour laquelle, pendant longtemps, la seule solution a été la greffe pulmonaire ou la mort. Au début des années 2000, les premiers traitements sont arrivés : des médicaments très coûteux, à unique délivrance hospitalière. Leur prescription dépendait donc des médecins experts. Comme j’étais la référente  HTAP à Brest, je suis devenue l’objet de toutes leurs attentions. »

« Les labos m’ont proposé de présenter des -topos lors de symposiums (des réunions qu’ils organisent pendant les congrès) et, un jour, je suis repartie avec un chèque de 800 euros. Mon mari, soumis dans son -métier à des règles strictes de prévention des conflits d’intérêts, m’a aussitôt dit de le déchirer. Je me souviens très bien de ce moment, et cela m’a finalement paru évident. Si j’acceptais cet argent, j’étais liée à l’industriel. -Depuis, je suis intervenue dans les congrès seulement s’il y avait un intérêt scientifique réel, et en refusant toute rémunération. »

3000 euros

« Une seule fois, lorsqu’on m’a demandé de participer à un atelier sur l’asthme. On a travaillé tout un week-end, avec une quinzaine de professeurs, dans un hôtel du sud de la France. J’ai accepté les 3 000 euros. En revanche, lorsque j’ai appris que nos travaux -allaient être publiés dans de grandes revues, j’ai insisté pour que figure l’origine de leur -financement. C’était primordial pour moi. »

C’est l’entretien à lire dans Le Monde daté du 13 juin. Le Dr Frachon y explique encore que pour le Mediator « le milieu médical est toujours dans le déni du crime et de ses conséquences », que  « la majorité des cardiologues, rhumatologues et diabétologues sont encore -derrière Servier » et, plus généralement, que ses confrères « pensent en toute bonne foi qu’ils peuvent collaborer avec les labos ».

Dénoncer l’inacceptable

Elle explique aussi que la médiatisation ne doit pas tromper : elle est plus trouillarde que résistante – au sens des héros de la Résistance. « Moi, même si je n’en ai parfois pas mené large, je n’ai jamais cru que j’allais mourir. Je me suis seulement retrouvée face à des choses inacceptables qu’il fallait dénoncer » confie-t-elle au Monde.

 « Lanceuse d’alerte », alors, ce terme bien pensant déjà dévoré par l’institution ?  « Je ne me suis pas levée un matin en me -disant que j’allais dénoncer l’industrie pharmaceutique. J’ai en réalité simplement fait mon travail, puisque la pharmacovigilance – dénoncer les effets secondaires des médicaments – est une obligation des médecins.  Le problème, c’est que beaucoup ne le font pas. »

Le Triomphe de Knock

C’est l’entretien à lire dans Le Monde. « Le problème, c’est que le monde médical fonctionne comme ça depuis des lustres. Regardez Knock, la pièce de Jules Romain (1923) : il n’a rien d’une caricature et décrit parfaitement ce qui se passe » dit encore « la pneumologue de Brest à l’origine des révélations sur le scandale du Mediator ».

Attention. Le Knock de Romains est certes une parfaite référence – mais c’est une référence dangereuse. « Knock, ou le Triomphe de la médecine ». Knock, éternel, n’a besoin ni du Mediator, ni des Laboratoires Servier. Knock, ou l’emprise à l’état pur.

A demain.

(1) Irène Frachon est l’auteure de « Mediator 150 mg : Sous-titre censuré, postface de Rony Brauman, juin 2010, éditions-dialogues.fr »

3 réflexions sur “Mediator et Big Pharma : le Dr Irène Frachon n’a pas toujours été la sainte que l’on connaît

  1. Merci de ces informations de première main qui complètent avec précision le film « La fille de Brest » (une œuvre bouleversante).Je suis consterné par les pouvoirs exorbitants de pseudo scientifiques au petit pied comme par le manque de courage de responsables politiques adeptes du mot d’ordre « pas de vague ».Il faudrait rappeler les 10 critères énoncés dans le Code Nuremberg (conditions dans lesquelles les expérimentations médicales peuvent être menées sur les sujets humains)tout comme la célèbre phrase du Pr Jean Bernard « Tout ce qui n’est pas scientifique n’est pas éthique ».Ces évidences ignorées sans doute des médecins grassement rémunérés par de puissantes firmes pharmaceutiques soulignent que cette sinistre affaire « Servier/Mediator » a un parfum d’abjection.Quid du procès au pénal de gens qu’il est très difficile de ne pas qualifier de criminels (le mobile est évident,la stratégie tout autant,le modus operandi hélas bien connu aussi) ?Cette impunité dont jouissent des gens parfaitement méprisables fait du tort à l’industrie pharmaceutique comme à la médecine.Cette impunité est indigne d’un pays de droit.A moins que le déclin du pays de Condorcet et de Buffon soit irréversible ?Nous ne pouvons nous y résoudre.

  2. Knock OK, c’est excessif. Mais votre titre ne me parait pas assez étayé par l’article. Mais effectivement, Irène me parait ignorer la science dans son complotisme échevelé. Son fait de guerre ne doit pas l’autoriser à dire n’importe quoi comme je l’ai entendu à une de ses conférence EELV à Boulogne Billancourt.

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