Combien (nous) aura coûté Vincent Lambert ? Monique Pelletier et les frontières de l’indécence

Bonjour

C’était immanquable. Nous n’imaginions pas que cela prendrait ce visage. Le Monde (daté  14 -15 juin) ouvre, une nouvelle fois, ses colonnes aux tribunes extérieures ayant la mort pour sujet. Avec l’affaire Vincent Lambert comme « accroche d’actualité ». Et une autre : le prochain examen (par les sénateurs, à compter du 16 juin) de la proposition de loi « Leonetti-Claeys »

On y retrouve, inchangé, Jean-Luc Romero qui, depuis des années ne fait que se répéter : « légaliser l’euthanasie », « légaliser l’euthanasie », « légaliser l’euthanasie ». C’est un combat à respecter, on aimerait toutefois un peu plus de diversité.  On y trouve un autre point de vue. Trop technique pour les humanistes. Et puis, en tête, celui de Monique Pelletier – un papier titré clair : « Tirons enfin les leçons de l’affaire Lambert ».

Personnalité respectée

On ne se méfie pas ; le enfin devrait pourtant inquiéter ceux et celles qui tentent, depuis des moi,s non pas à tirer déjà les leçons, mais à décrypter ce qui, via cette tragédie, s’écrit sous nos yeux.

On ne se méfie pas ; Monique Pelletier, 89 ans est une personnalité reconnue et respectée. Femme politique de droite, ancienne secrétaire d’Etat à la justice, ancienne ministre déléguée à la Condition féminine, ancienne membre du Conseil constitutionnel. Grand officier de la Légion d’honneur.

Marécages

Et puis ce papier, dans Le Monde. Mme Pelletier qualifie de « raisonnable et juste » la proposition de loi « Leonetti-Claeys ». Et elle estime que « les frontières de la décence ont été franchies » avec la récente diffusion de la vidéo montrant le visage de Vincent Lambert. Mme Pelletier fait partie de celles et ceux qui savent, avec précision et depuis toujours, où se situent les frontières séparant les terres, fermes,  de la décence des marécages de l’indécence. C’est une chance. D’autres, ici, cherchent encore… cherchent toujours…

Mme Pelletier nous dit d’où elle nous parle :

« Si je me sens autorisée à donner mon avis, c’est parce que, ayant assisté pendant de longues années mon mari totalement dépendant après un grave AVC, j’ai vécu les semaines qui ont précédé sa mort par sédation profonde en contact permanent avec les médecins et l’équipe soignante. C’est en qualité d’épouse que j’ai été associée aux questions qui se posaient. Je n’aurais pas admis que ses parents, s’ils avaient été en mesure de le faire, interviennent. Leur fils les avait quittés pour fonder sa propre famille… Ainsi va la vie. »

Estime des pairs

On pourrait s’arrêter là. Mais Mme Pelletier ne le fait pas. Elle ose. Elle nous parle d’une famille qu’elle ne connaît pas. Elle répète ce qu’elle a lu, ici ou là, sur ce que Rachel dit de ce que Vincent lui aurait dit, sur le Dr Kariger ce médecin « estimé par ses pairs » qui parle tant – sauf aux parents de son patient.  Sur tous les « comportements exemplaires » qu’elle observe – d’un seul côté de la frontière, le sien.

Et puis Mme Pelletier pose plusieurs questions. Quatre pour commencer, dont les réponses ne sont pas imprimées sur le papier du Monde mais dont on entend les réponses à leur seule lecture :

1 La mère de Vincent pense-t-elle parfois aux conséquences dramatiques sur son petit enfant, celui de Vincent et de Rachel, des propos méprisants qu’elle tient sur sa belle-fille et, plus généralement, des initiatives qu’elle prend dans cette affaire?

2 La vidéo diffusée illégalement par les partisans intégristes de la mère n’est-elle pas scandaleuse?

3 Ses avocats, mes confrères, ont-ils bien conscience du caractère  »  militant   » de leurs commentaires  ? Est-ce le rôle d’un avocat de se comporter ainsi?

4 Qu’est devenu le respect des décisions de justice qui s’impose à tous… et ce, d’autant plus lorsqu’elles émanent de très hautes juridictions?

La cinquième question

Et puis vient la cinquième question. Celle que personne n’avait encore, publiquement posée. Il fallait oser. La voici :

« Enfin, et je ne méconnais pas l’aspect subalterne de cette question, la survie artificielle sans aucun espoir d’amélioration d’un patient pendant des années a un coût dont personne ne parle. »

Comme une ombre…

Subalterne ? Pourquoi subalterne ? A dire vrai, on le voit, ce n’est pas une question. C’est pire. Mme Pelletier, son passé, son autorité, légitiment ici une question qui ouvre sur un enfer moderne : celle du coût de la « survie artificielle ». Incidemment on observera que Vincent Lambert, s’il est bien « sans espoir d’amélioration », n’est pas, lui, en « survie artificielle ».

On relit Mme Pelletier. On voit, déjà, l’économiste hospitalier… il a compté… il guide …à distance… la parole du médecin… le geste de l’infirmière… puis celui de l’aide-soignante…. On ne connaît pas précisément les frontières de Mme Pelletier… mais on perçoit comme une ombre… bien sale… bien méchante…

Est-ce cela, l’indécence ?

A demain

5 réflexions sur “Combien (nous) aura coûté Vincent Lambert ? Monique Pelletier et les frontières de l’indécence

    • Mais quand va s arreter cet acharnement thérapeutique. J ai connu la même expérience pour rien. Et combien cela coûte à la société. Même si la c.q. paye tout. C est notre argent et nos cotisations . Arrêtez ce gâchis et ces dépenses qui coûtent à tous les citoyens qui vivent pour survivre Eux.

  1. J’ai passé 21 jours dans le coma.. Quand je me suis réveillé, on m’a dit « écoutes mon petit.. La journée de soin de coma coûte 10 000 euro… La Cpam prend 65% des frais.. Tu as une bonne mutuelle ? Ah non ?? .. Ah, rien n’est gratuit, il faut payer »…

  2. Vous écrivez :  » Incidemment on observera que Vincent Lambert, s’il est bien « sans espoir d’amélioration », n’est pas, lui, en « survie artificielle ».  »

    Comment pouvez-vous affirmer de façon péremptoire qu’il « n’est pas, lui, en « survie artificielle ».  » !!!!

    Enfin, restez lucide !!!

    Cela fait 10 ans que l’état que vous qualifiez de vie de M. Lambert est totalement artificiel!!!

    Que l’on ne compte pas pour sauver une vie, c’est merveilleux.

    Et effectivement que l’on dépense des millions pour s’acharner sur un corps que la vie a en vérité quitté depuis longtemps, ça, ça constitue la véritable indécence !

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