Diphtérie : mort de l’enfant espagnol non vacciné. L’Ordre des médecins attaque le Pr Joyeux

Bonjour

Ne pas refermer trop tôt ses dossiers. Nous étions début juin. On apprenait qu’un enfant de six ans vivant à Olot (Catalogne) venait d’être infecté par la bactérie responsable de la diphtérie. Il avait été hospitalisé le 3 juin dans une unité de soins intensifs de l’hôpital Vall d’Hebron (Barcelone). où il se trouvait dans un état grave. Les autorités sanitaires espagnoles avaient indiqué que les parents avaient choisi délibérément de ne pas faire vacciner leur enfant, et ce en dépit des dispositifs en vigueur en Espagne qui imposent cette vaccination par ailleurs gratuite. Il s’agissait du premier cas confirmé de diphtérie diagnostiqué en Espagne depuis près de trente ans.

Asphyxie

Nous sommes fin juin et nous venons d’apprendre que cet enfant vient de mourir. Les principales manifestations, spectaculaires, de la diphtérie sont les conséquences d’une infection des voies respiratoires supérieures qui peut conduire à la paralysie du système nerveux central, du diaphragme et de la gorge, entraînant la mort par asphyxie.

Une fois le diagnostic confirmé, le traitement de la diphtérie consiste à administrer en extrême urgence un sérum «anti-diphtérique» par voie d’injection intramusculaire ainsi que des antibiotiques spécifiques. Lorsque le traitement est administré trop tard, la personne infectée peut mourir par asphyxie dans des circonstances particulièrement douloureuses. Début juin les autorités sanitaires espagnoles avaient expliqué avoir été confrontées à des difficultés étonnantes: l’impossibilité de trouver du sérum anti-diphtérique.

Dr Emile Roux

Selon plusieurs médias, le ministre espagnol de la Santé aurait dû faire appel à l’OMS et aux autorités américaines avant que cette thérapeutique soit, in fine, trouvée en Russie et convoyée par l’ambassadeur russe en Espagne. C’est la un scénario a priori peu vraisemblable compte tenu des stocks (que l’on imagine) disponibles dans différents centres européens. Interrogée début juin (en dehors de heures officielles  d’ouverture) la Cellule d’intervention biologique d’urgence (CIBU) basée à l’Institut Pasteur de Paris, rue du Dr Roux, ne nous avait ni répondu, ni recontacté. Faut-il rappeler que le sérum anti-diphtérique a été mis au point à l’Institut Pasteur de Paris par le Dr Emile Roux (1853-1933) il y a plus d’un siècle ?

C’est l’hôpital catalan de Vall d’Hebron qui vient de confirmer sur son compte Twitter la mort de l’enfant

« L’#hvhebron confirma la mort del pacient afectat de #diftèria. El nostre més sincer condol a la família »

Effets secondaires

« Le traitement du petit garçon, originaire de Olot, avait été retardé en raison de la difficulté à trouver l’antitoxine en Europe, finalement fournie par la Russie, précisent les agences de presse. Neuf enfants et un adulte de l’entourage de l’enfant ont été contaminés mais sans développer la maladie, tous étant vaccinés, selon les services de santé de Catalogne. La contamination de l’enfant que les parents avaient refusé de vacciner par peur d’effets secondaires, a relancé la polémique sur les risques des vaccins et de l’absence de vaccination. »

« Nous lançons un appel aux parents: qu’ils vaccinent leurs enfants, vient de déclarer Boi Ruiz, le responsable de la santé de la région de Catalogne, lors d’une conférence de presse. Il n’y a pas de risque zéro. Mais ce qu’on ne peut pas faire c’est utiliser le fait qu’il n’y ait pas de risque zéro pour créer une peur chez les parents vis-à-vis du vaccin. Qu’il nous arrive quelque chose comme ça dans un pays ou l’accès à la vaccination est gratuit et universel doit, en tant que société, nous faire réfléchir. »

Faire réfléchir

Cela commence, aussi, à faire réfléchir en France où les responsables sanitaires se refusent à débattre publiquement avec les nouveaux croisés du discours anti-vaccinal ; des croisés bien différents de ceux du passé. A commencer par le Pr Henri Joyeux, omniprésent sur la Toile. Une initiative vient toutefois d’être prise, que rapporte Le Figaro. La juridiction de l’Ordre des médecins vient de lancer une procédure disciplinaire contre lui. Ce « chirurgien, professeur de cancérologie » est poursuivi pour avoir lancé une pétition controversée sur les dangers de vaccins destinés aux nourrissons.

L’affaire, selon l’Ordre, est «en cours d’instruction». «Les propos du Pr Joyeux  ne se fondent sur aucune preuve scientifique, voire alignent des contre-vérités, comme l’a rappelé» l’Académie de médecine, relève l’instance ordinale. Sa pétition «Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires!», aurait déjà été signée par près de 700 000 personnes. Elle est adressée à Marisol Touraine. Le Figaro rappelle qu’en mai dernier la ministre de la Santé avait vivement dénoncé l’initiative du médecin connu selon elle pour avoir «pris des positions rétrogrades sur toute une série de sujets» et souligné que sa responsabilité serait plutôt de «rassurer, expliquer et non pas inquiéter et faire peur». Certes. Mais il inquiète et fait peur. Que va faire Mme Touraine ?

Michèle Rivasi vs Marisol Touraine

Le sujet intéresse Le Figaro qui ajoute que ce médecin s’est déjà fait connaître pour ses positions controversées sur la nutrition, la pilule contraceptive, les ondes magnétiques et la méfiance envers les vaccins. Le Pr Joyeux a aussi ses soutiens. Michèle Rivasi, députée européenne Europe Écologie Les Verts interrogée par Le Figaro, prend la défense du Pr Henri Joyeux. «Je suis très surprise», reconnaît la parlementaire au sujet de la procédure disciplinaire contre le médecin. «Ce qu’il dit est légitime ; de nombreuses études corroborent son propos». Dans son message, le médecin évoque des études menées sur les dangers de l’aluminium dans les vaccins par le Pr Romain Gherardi ou le Pr François-Jérôme Authier de l’Hopital Henri-Mondor à Créteil. Des études hautement controversées.

Dans ses « tweets » l’Ordre des médecins rappelle l’importance de la vaccination: «C’est un outil capital de santé publique. Il est dangereux et totalement irresponsable d’attiser les craintes à son sujet». L’Ordre est responsable, c’est même sa raison d’être. C’est aussi une controverse dont les enjeux mériteraient mieux que des tweets, des pétitions  inquiètes et des vidéos entoilées. Que dire après la mort de ce petit garçon ?

A demain

8 réflexions sur “Diphtérie : mort de l’enfant espagnol non vacciné. L’Ordre des médecins attaque le Pr Joyeux

  1. Bonjour,
    Ma culture scientifique et médicale est, disons, « basique » (si ce n’est en tant que patiente) mais c’est toujours avec curiosité et attention que je lis les publications, qu’elles soient ou non de vulgarisation, relatives aux domaines qui m’intéressent.
    Je suis donc avec intérêt les articles que vous publiez, saluant souvent intérieurement leur liberté de pensée et leur finesse d’analyse.
    Je reste cependant perplexe devant le mépris que vous affichez vis-à-vis du Pr Joyeux. Je ne lui trouve personnellement rien de particulièrement « mystérieux » (et d’ailleurs, qu’entendez-vous par là ?).
    Il ne me semble avoir lu nulle part qu’il s’opposait à la vaccination des enfants. Seulement à la vaccination par le seul hexavalent actuellement disponible – non obligatoire – et à ses adjuvants potentiellement dangereux. Il ne fait que réclamer ce que tout citoyen devrait également exiger : un vaccin conforme aux obligations légales, dont l’innocuité, elle, a été largement documentée.
    Il me manque peut-être des références. Si c’est le cas, je vous serai reconnaissante de bien vouloir éclairer ma lanterne.
    Je reste néanmoins votre fidèle lectrice.

    • Merci pour votre commentaire. « Mépris » écrivez-vous… Pourquoi ?
      Si l’on en reste à la vaccination, j’ai écrit ceci, sur ce blog et sur Slate.fr:

      « La réémergence de la diphtérie en Espagne comme la progression de l’épidémie rougeoleuse en France coïncident avec une désorganisation totale des fabrications et des mises à disposition des vaccins dans les pharmacies d’officine par les principaux fabricants mondiaux, avec des situations sans précédent de pénurie. Cette situation, qui risque de durer plusieurs mois encore, vient compliquer les incitations officielles à suivre les recommandations vaccinales. Elle alimente aussi, sur la Toile, de nouvelles formes, assez pernicieuses, de discours anti-vaccinaux, comme celui du Pr Henri Joyeux. Un discours véhiculant quelques vérités et plusieurs mensonges auquel les autorités sanitaires françaises officielles tardent, dangereusement, à répondre. »

      Les questions soulevées (sur les adjuvants notamment mais aussi sur les recommandations vs les obligations) sont nombreuses et complexes. Nous y reviendrons.

      Bien cordialement.

      • Je vous remercie pour votre réponse… qui n’en est pas une ! Le terme « mépris » est peut-être mal choisi, mais c’est ce que je ressens en vous lisant, et en lisant ce qualificatif placé entre guillemets. En quoi le Pr Joyeux est-il « mystérieux » et en quoi tient-il un discours anti-vaccinal ? J’attends avec impatience votre retour sur les questions soulevées (et notamment celle-ci).
        Bien cordialement

      • Bonjour,
        Le professeur Joyeux est mystérieux à bien des égards. Il se dit lui-même professeur d’oncologie, de gastroentérologie et chirurgien gastrique. Très bien, qu’il se contente de parler des domaines qu’il connait, trois spécialités ont déjà de quoi occuper une vie entière si on veut devenir compétent dans toutes.
        Et son discours est anti-vaccinal parce que derrière la pétition contre le vaccin hexavalent, il stigmatise tous les vaccins contenant de l’aluminium. L’effet est encore plus pernicieux car il laisse les gens tirer les conclusions en essayant de se protéger vis-à-vis des médecins en ayant l’air de ne pas être contre tout vaccin. De plus, son discours me semble absurde, si l’aluminium pose problème dans les vaccins (le si est très hypothétique, rien a été démontré à son sujet…), pourquoi ne pas préférer réaliser un seul vaccin pour plusieurs maladies plutôt qu’un vaccin par maladie, cela diminuera la quantité d’aluminium totale reçue…
        cordialement

  2. Bonjour,

    Pourquoi n’évoque-t-on pas la petite Ayana ? Selon un article de Libération, « Dans la nuit du 5 au 6 mai, la petite fille a été prise d’une forte fièvre après avoir reçu quelques heures plus tôt, une injection de deux vaccins destinés à lutter contre la coqueluche, l’hépatite B, la polio, le tétanos et la diphtérie. » Mort pour mort…
    Je lisais jusqu’à présent vos chroniques avec beaucoup d’attention mais vos positions dans cet article-ci sont très catégoriques et me semblent bien éloignées du doute scientifique. Je serai à l’avenir plus circonspecte.
    Cordialement

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