Burn Out : en faire une maladie professionnelle ? Non, ce n’est pas la bonne solution

Bonjour

Four caniculaire et moulin radiophonique. Aujourd’hui Marisol Touraine est partout. Ce matin (30 juin) elle était en son ministère mais aussi, comme souvent, à France Inter.  Canicule et « Burn Out ». Casquette de ministre de la Santé, elle y a déclaré souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat avait, le 24 juin, retiré de la liste des maladies professionnelles ce qui est aussi parfois désigné comme le « syndrome d’épuisement professionnel ».

Pathologies psychiques

Les députés avaient quant à eux adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

La prise en compte de ces pathologies devait se faire via le système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles. Et ce parce que l’inscription dans le tableau des maladies professionnelles n’est pas adaptée à la spécificité et à la complexité de ces pathologies (selon l’exposé des motifs de l’amendement gouvernemental).

Usures parlementaires

Tout le monde ne partage pas cet avis : la commission des Affaires sociales de la Haute Assemblée a retiré cet amendement et les sénateurs (majorité à droite) ont rejeté des amendements de rétablissement déposés par la gauche et le gouvernement. Ce qui, on en conviendra, est assez usant. Comme le sont généralement les lectures politiques de l’infinie complexité sociétale.

« Burn Out » sonne infiniment mieux que « syndrome d’épuisement professionnel. Epuisement au travail parce que trop de travail ? Ou parce que l’on a jadis pris un plaisir infini à travailler, plaisir qui tourne désormais à vide? Esclavage capitaliste (Le Monde Diplomatique) ou assuétude aux origines plurielles ?

Effet d’aubaine

En savoir plus ? Infiniment plus ? Découvrir, sous le tapis, le workaholisme ? Il faut vous précipiter (9 euros-Que sais-je ?) sur « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  L’auteur travaille au centre de recherche sur les risques et les crises des Mines Paris Tech. On peut l’entendre ici rappeler quelques vérités dérangeantes sur Europe 1. Il ne conteste pas la souffrance mais explique pourquoi il s’oppose à ce que l’on en fasse ipso facto une maladie. Avec son immanquable cortège d’effet d’aubaine. Médicaliser (et mutualiser) la souffrance n’est pas (toujours) une bonne solution. N’en déplaise aux angélistes.

Vous découvrirez (dans ce Que sais-je ?) que ce syndrome n’a attendu ni le capitalisme, ni Karl Marx pour émerger. Elie (après avoir massacré les prêtres du dieu cananéen Baal) et Moïse (durant la traversée du désert) en souffrirent. Le célèbre Dr Tissot dresse, en Suisse, le tableau de gens de lettre mourant littéralement à leur tâche d’érudition.

Flaubert-Bovary

« La littérature regorge depuis d’exemples désormais banals, nous dit Philippe Zawieja. Citons Gustave Flaubert, sacrifiant sa vie sociale et sentimentale à sons insatiable appétit de travail. » L’auteur ne nous dit pas ce qui aurait résulté d’un Flaubert bénéficiant d’une inscription au tableau des maladies professionnelle.  Bouvard ne semble pas s’en préoccuper. Ni Pécuchet. Emma ?

Et si le « Burn Out » était, lui aussi, une dépression qui ne parvenait pas à dire son nom ?

A demain

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