Inceste et octuple infanticide: l’auteure exprime « des vérités successives et contradictoires »

Bonjour

Quel procès couvrir ? Celui de Nanterre où un célèbre psychanalyste de Neuilly-sur-Seine est accusé de perversité (Il aurait violé l’une de ses jeunes patientes). Aller à Douai pour la cour d’assises du Nord ? Dominique Cottrez, ancienne aide-soignante de 51 ans, souffrant depuis longtemps d’obésité et reconnaît avoir tué huit de ses nouveau-nés ?

Grand-père

Il fallait y être, hier 29 juin, pour l’un de ces coups de théâtre dont la justice est moins avare que l’on croit : l’accusée a avoué. Non pas son octuple infanticide. Avoué l’impensable : un mensonge de petite fille devenue mère. Non, elle n’a été violée par son père, n’a jamais  noué de relation incestueuse avec lui. Coup de théâtre au carré : elle a avoué l’issue d’un interrogatoire musclé de Me Frank Berton. Or Me Berton est son avocat.

« Vous allez vous réveiller. Vos filles sont là. (…) Pouvez-vous jurer sur leur tête que votre père vous a violée ?

–  Non, non ! (l’accusée fond en larmes, provoquant une clameur de surprise dans la salle d’audience). »

Démolir sa défense

La présidente de la cour d’assises du Nord décide alors de suspendre l’audience, dans la confusion générale.La clarification est survenue plus tard, pendant le témoignage d’une experte psychologue, – témoignage interrompu par la demande d’explications des avocats, puis par celle de la cour. L’AFP rapporte en ces termes :

« ‘’Vous avez à deux reprises dit non’’, dit la présidente d’une voix posée. « Non je n’ai pas été violée par mon père », répond Mme Cottrez, alors calmée. « Il ne vous a pas touchée? » « Non jamais ». « Ni enfant, ni adulte? » « Non je n’ai jamais eu de relations avec lui », déclare Dominique Cottrez d’une voix faible mais ferme.

En quelques minutes, l’accusée a ainsi démoli l’un des axes principaux de sa propre défense, l’un des motifs avancés, dans ce dossier complexe, pour expliquer comment une mère avait pu étrangler et stocker dans le secret huit de ses nouveaux-nés de 1989 au début des années 2000 à Villers-au-Tertre (Nord). »

La grange et le mouton

Dominique Cottrez avait évoqué des viols et une relation incestueuse en 2011 auprès des enquêteurs. Elle avait ainsi formulé une explication : tuer ces bébés de peur qu’ils ne soient les fruits d’unions incestueuses. Racine à l’ombre des corons.  Au procès, elle avait réitéré ces propos. Dans la grange de la ferme familiale, alors qu’elle était âgée de huit ans, « mon père s’est assis à côté de moi. Il m’a poussée un petit peu, il a commencé à mettre ses mains sur mon corps. Le buste, les jambes, sur les parties sexuelles », avait-elle raconté aux jurés. « A l’âge de 12 ans, il s’est couché sur moi. Je ne sais pas vraiment s’il y a eu pénétration mais j’ai senti quelque chose », avait-elle poursuivi, la voix étouffée par les sanglots. Quatre mois après la naissance de sa première fille, Emeline, en 1987, « je me suis rapprochée de lui [son père]. C’est là que j’ai… eu des relations sexuelles » avec lui. « Je me sentais seule ».

Elle dira encore que son père lui avait promis, contre son silence, de lui offrir un mouton. Un mouton contre un « petit secret ». Que diront les psychanalystes ? Où chercher dans le DSM-5 ?

Un brave homme

« Les aveux à venir de pure affabulation opéraient comme un retour de bâton qui devrait considérablement fragiliser sa position en vue du verdict jeudi, elle qui encourt la perpétuité » souligne l’AFP. Retour de bâton ?

Les avocats des associations d’aide à l’enfance constituées partie civile, ainsi que l’avocat général Eric Vaillant, avaient déjà émis des doutes. « Votre papa c’est quelqu’un qui est toujours apparu comme un brave homme aux yeux des autres », avait lancé Eric Vaillant. Il avait ajouté : « Si vous avez inventé, il est en train de se retourner dans sa tombe: « ma fille préférée, ma chouchoute est en train de dire à tout le monde… « . »Si vous êtes enferrée dans le mensonge, ça va être compliqué d’en sortir, mais il n’est jamais trop tard ».»

Revenir de chez le coiffeur

L’une des vertus de l’avocat général, défenseur de la société, est de savoir parler aux accusés. Et maintenant ? Quelques éléments, déjà longuement évoqués, restent à exploiter par la défense: le « complexe de l’obésité », le « traumatisme du premier accouchement » ainsi (surtout diront certains) « l’indifférence pour la vie du foyer de son époux Pierre-Marie Cottrez ». L’indifférence du mari est un concept souvent revisité. « Vous savez, monsieur le président, c’était le genre d’homme a ne pas se rendre compte que sa femme était allée chez le coiffeur » avait-on entendu il y a quelques années lors du procès d’une autre femme poursuivie pour avoir tué (puis congelé) plusieurs de ses nouveau-nés.

A Douai, l’accusée est-elle un monstre ? Si oui, celles et ceux qui rendent la justice au nom du peuple français sont-ils habilités à condamner des monstres ? Et, si oui, les condamner à quoi, puisque les têtes ne sont plus tranchées ? A la perpétuité ? Mais les monstres n’y sont-ils pas, déjà, condamnés ?

Perplexité

A compter de ce mardi 30 juin ce sont les experts psychiatriques qui sont attendus. Ainsi que les filles de Dominique Cottrez. Ces dernières, en fin de journée, étaient en pleurs. Elles entouraient leur mère. Pour la consoler. A Douai l’un des experts psychiatres a fait une confidence, rapportée par Le Parisien : « Mme Cottrez a des vérités successives et contradictoires, dit le Dr Michel Dubec. On lui demande avec force telle chose, elle dira oui. On lui demande avec force le contraire, elle dira oui aussi. » Le Dr Dubec confesse être perplexe. Nous ne le sommes pas moins.

A demain

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